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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 12:09

IMPITOYABLE (1)« IMPITOYABLE » est un des quelques incontestables chefs-d’œuvre réalisés par Clint Eastwood et peut faire figure de « dernier western ». Dans sa filmo, mais également au sein du genre lui-même. La démarche des auteurs est fascinante : en ranimant un vieux IMPITOYABLEtueur rangé des voitures, en le lançant dans une dernière chasse à l'homme, ils mettent à nu les rouages des légendes westerniennes, les démythifient jusqu'au point de non-retour et utilisent une des grandes icônes du western (Eastwood, donc) pour en dévoiler l’envers dans toute sa misère humaine.

Munny n’est pas un ‘homme sans nom’ abstrait, ni un Josey Wales humanisé, ni même un ‘Preacher’ fantomatique : c'estIMPITOYABLE (2) un pauvre type, un ivrogne qui a massacré aveuglément hommes, femmes et enfants pendant des années, avant de prendre sa retraite et de devenir un père de famille sentencieux, à peine capable d’élever quelques porcs. Quand un jeune « fan » lui parle des grandes années héroïques, Munny lui avoue qu'il était tellement imbibé de whisky, qu'il ne se souvient de rien. « Il n’a jamais existé, le bon vieux temps », disait Beauregard dans « MON NOM EST PERSONNE ». À sa façon, Clint ne dit rien d’autre. Et quand il s’agit d’abattre un homme, cela n’a rien de spectaculaire : le pauvre type est en train de déféquer aux latrines et son agonie est interminable. En quelques séquences, Eastwood semble vouloir balayer des décennies hollywoodiennes (et même italiennes) de héros-bidon, de cavalcades inventées de toutes pièces, d’exploits magnifiés. L'Ouest, le vrai, IMPITOYABLE (3)nous dit-il, était un cloaque boueux peuplé de brutes imbéciles et sanguinaires qui s’entretuaient pour quelques dollars. Voilà tout.

Pour enfoncer le clou, « IMPITOYABLE » met en scène un reporter collant aux basques d’un pistolero (Richard Harris), pour inventer sa légende. Comme Ned Buntline dans « BUFFALO BILL & LES INDIENS ». Le binoclard passera d’un « héros » à l’autre et devra écouter les horreurs du shérif Gene Hackman, qui lui, ne se berce pas d’illusions. Ce qu'il raconte est sordide, mais c'est la stricte vérité. Mais qui a envie de l’entendre ?

« IMPITOYABLE » est un très grand film, qui déploie ses thèmes avec finesse et sans aucune concession. Le final, sous la pluie battante, le baroud d’honneur de Munny revenu d’entre les morts, n’a même pas le souffle d’antan. Le vieux ‘gunfighter’ retombe dans ses pires travers et massacre ses ennemis sans gloire ni panache. Il a bien sûr l’excuse de venger son vieil ami (Morgan Freeman), mais sa violence est plus inquiétante qu’admirable. Et son départ dans la tempête est absolument pathétique. De toute façon, le déclenchement de l’aventure, la prostituée défigurée par un soûlard, n’était-il pas une excuse du même genre ?

IMPITOYABLE (4)

Le grand Clint a définitivement réglé ses comptes avec le Far West dans « IMPITOYABLE » avant de passer à l’ultime phase de sa longue carrière. Comment rêver plus belle et intelligente conclusion ? Après lui, le déluge... 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 18:42

LAST MOHICANS (1)Le Blu-ray du « DERNIER DES MOHICANS » est sorti aux U.S.A. et il reprend le montage initial préféré des fans. Il y a peut-être quelques micro-modifs mais elles sont LAST MOHICANSindiscernables. Ce « definitive cut » est donc le montage d’origine. Et tant mieux ! Pour ce qui est de l’apport HD, il est plus qu’évident dans le long passage au fort William Henry, qui se passe entièrement de nuit et était parfois indiscernable en DVD. Les séquences en paraissent moins longues. Pour le reste, la photo de Dante Spinetti n’a jamais été plus resplendissante.LAST MOHICANS (4)

Chef-d’œuvre de Michael Mann, cette adaptation de Fenimore Cooper est un somptueux poème lyrique, mêlant un romantisme échevelé à une sauvagerie inouïe lors des scènes de combat. C'est sensuel, sanglant, émouvant, haletant et le dernier quart-d’heure est une étourdissante leçon de pur cinéma, quasi-muette. Chaque mouvement du corps, chaque battement de cil, froissement d’étoffe, chaque échange de regard, participe d’un véritable ballet. Il faut avoir vu comment Jodhi May, l’adolescente anglaise traumatisée décide d’échapper à ses geôliers indiens en se jetant dans le vide. En une seconde, son regard change. Son visage se modifie : la fillette ingrate se mue en femme indomptée, maîtresse de son destin. Vraiment du grand cinéma !

LAST MOHICANS (3)

Daniel Day-Lewis et Madeleine Stowe forment instantanément un couple mythique du 7ème Art, digne des classiques de l’Âge d’Or hollywoodien. Leur face à face dans la caverne sous LAST MOHICANS (2)la cascade, est un pur moment de passion, qui parvient – on ne sait par quel miracle – à ne jamais tomber dans le kitsch. C'est la force du scénario, de ne pas négliger les personnages au profit du spectacle. Tous ont plusieurs dimensions, jusqu'à l’officier Duncan, au visage porcin qui saura finir en héros. Mais celui qui vole la vedette à tout ce beau monde, c'est l’extraordinaire Wes Studi qui compose un des ‘méchants’ les plus terrifiants vus sur un écran. Monstre froid, mû par une haine incandescente, l’acteur fait preuve d’une animalité et d’une présence incomparables. Son affrontement final avec Chingachgook, bref et brutal laisse pantois.

On pourrait encore parler de la sublime BO, de la direction artistique, du montage. Mais « LE DERNIER DES MOHICANS » est un film d’images. Et la meilleure façon d’en parler, c'est encore de le revoir…

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 11:37

LIBERTY V. (2)« L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » est un film qui a toujours perturbé les amoureux du cinéma de John Ford. C'est du pur Ford, bien sûr, du concentré de Ford, LIBERTY V. (1)même. Mais esthétiquement, le vieux réalisateur abandonne son goût des belles images pour une photo plate et sans relief, quasi-télévisuelle. Il ne s’attarde pas sur des broutilles telles que le maquillage de ses stars, qu’on voit à l’âge de 30 ans puis de 70, alors qu'ils en avaient presque 60, il oublie de faire du spectacle « grand public » pour laisser la vedette au dialogue. Bref, il semble négliger ses propres préceptes, comme s’il n’avait plus de temps à perdre en enjolivures.LIBERTY V.

C'est un film sur la vieillesse, sur le 20ème siècle qui arrive à grand pas et écrase tout sur son passage, à commencer par les mythes. C'est aussi un film sur l’usurpation et le mensonge. Oui, « L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » est un film très triste. Et très beau, malgré tout.

Il est arrivé à John Wayne de mourir dans ses westerns, à la fin du film (« LE DERNIER DES GÉANTS ») ou même avant la fin (« LES COWBOYS »). Ici, il meurt avant… le début ! Et ce qu’on voit d’abord de lui, c'est un cercueil de bois misérable à l’intérieur duquel gît un corps auquel on a ôté les bottes. Le grand dur à cuire, l’icône du vieil Ouest est mort comme n'importe qui, oublié de tous. L’avocaillon qui semblait si démuni, trente ans plus tôt, lui a survécu et il est même devenu sénateur. Sans oublier qu'il a épousé la femme qu’aimait le « Duke » et qu'il n’a jamais pu avoir. Et c'est lui qui raconte l’histoire en flash-back. Du moins, sa version…

LIBERTY V. (4)

Les temps ont changé. Ford l’a compris. Et il n’aime clairement pas ces changements. La pauvreté des décors, le schématisme exagéré des personnages, l’ambiance confinée presque claustrophobique du film, tout tend à laisser la sensation d’un épilogue. L'Ouest de légende en partie inventé par Ford n’est plus qu’un souvenir. Les rochers de Monument Valley sont loin à présent. Les drames se jouent dans les rues d’une ville sinistre et LIBERTY V. (3)l'homme qui gagne le duel n’est pas forcément celui qu’on croit. Doniphon/Wayne n’a plus sa place dans ce monde-là, comme « papy » n’avait alors plus sa place à Hollywood.

Wayne et James Stewart sont (trop ?) idéalement castés, même s’ils sont beaucoup trop âgés pour leurs rôles. Mais cela participe presque de l’ambiance théâtrale du film : ils ont l’air d’être grimés à la truelle, comme pour la scène. Face à eux, Lee Marvin est époustouflant dans un numéro de cabotinage en « maximum overdrive ». Son Liberty Valance est vêtu comme les ‘villains’ des vieux films muets, les mains bagouzées, l’œil torve, à l’extrême limite de la parodie. Les fidèles de Ford comme Andy Devine, Woody Strode, John Carradine, Vera Miles et beaucoup d’autres viennent compléter l’arrière-plan. Lee Van Cleef apparaît brièvement en bras-droit de Valance, annonçant inconsciemment l’arrivée de la relève du western, qui allait venir d’Italie deux ans plus tard. Mais ceci est une autre histoire.

Œuvre majeure, lugubre et cafardeuse, « L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » avec ses formules à l’emporte-pièce, sa petite musique triste, n’a pas fini de fasciner.

Ford devait encore tourner quelques films, mais celui-ci est incontestablement son testament de cinéaste.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 11:46

TALL T (2)« L'HOMME DE L’ARIZONA » écrit par Burt Kennedy d'après un roman d'Elmore Leonard, démarre comme un banal western de série, avec le vieillissant Randolph Scott dans un personnage un peu gauche et ‘plouc’ à la Gary Cooper TALL T (1)et des seconds rôles cliché du genre comme le vieux muletier. Mais à l'arrivée au relais deTALL T2 diligence, le film décolle brusquement et se transforme en tragédie âpre et dépouillée, dans le cadre écrasant d'un désert de rocs stériles et arides. Comme si le réalisateur avait voulu appâter le public et le piéger insidieusement dans un film beaucoup moins ludique que ne le promettaient les premières minutes.

À l’instar de Lee Marvin dans « 7 HOMMES À ABATTRE », c'est le méchant, Richard Boone qui devient alors le cœur du film. ‘Méchant’ tout relatif d'ailleurs, puisqu'il épargne le héros TALL T (3)sans raison particulière, méprise visiblement la sauvagerie de ses acolytes et se montre même attentionné avec son otage. L'élégance rugueuse de l'acteur, sa façon de rire, sa voix cultivée, en font un personnage inattendu et ambigu qui aurait pu en d'autres circonstances, devenir un type bien. Pendant tout le film, il recherche une complicité avec Scott, un lien, que celui-ci lui refuse obstinément. Le contraste entre Boone et son bras droit Henry Silva, plus inquiétant que jamais en pistolero ‘racaille’ imbécile et sadique, est également passionnant. On a les amis qu’on mérite !

Les protagonistes sont joués par Randolph Scott, plus souriant que d’habitude et la mûrissante Maureen O'Sullivan  (la Jane sexy des premiers « TARZAN » de Weissmuller) en vieille fille malheureuse que personne n'épargne (« Cessez de pleurnicher », lui dit Brennan « ça ne sert à rien »). Boone lui, va jusqu'à lui trouver un « physique ingrat » !

TALL T (4)

Comme toujours chez Boetticher, les cadrages sont splendides, les silhouettes se détachent du paysage avec grâce. La violence est très crue pour l'époque : une tête explosée à bout-portant d'un coup de fusil, un homme aveuglé par une balle au visage et même un enfant abattu (hors du champ de la caméra, mais tout de même !) et jeté au fond d'un puits.

Comme « 7 HOMMES À ABATTRE » et « LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » les autres chefs-d’œuvre du réalisateur, « L'HOMME DE L’ARIZONA » est un film quasi parfait qui ne fait vraiment pas son demi-siècle.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 18:28

DARLING CLEMENTINE (2)La légende de Wyatt Earp et du duel à OK-Corral a depuis si longtemps supplanté la réalité, que John Ford n’a eu qu’à reprendre quelques évènements, les remodeler selon sa DARLING CLEMENTINE (1)sensibilité, leur donner une logique, pour que « LA POURSUITE INFERNALE » fasse définitivement oublier ce faits-divers somme toute banal et le transcende en une geste de l'Ouest de proportion mythologique.DARLING CLEMENTINE

Avant toute chose, le film est le portrait d’un homme. Mais un Homme avec un ‘H’ majuscule : un honnête homme, humble, sûr de lui, proche de sa famille, courageux et calme. Earp est jeune, mais il a la sagesse d’un patriarche et comme son père probablement, aime à se balancer sur un rocking chair en regardant sa ville s’éveiller. Il aime aussi aller chez le barbier et se faire beau. Le seul moment où on le voit démuni, c'est devant un sentiment qu'il ignorait jusqu'ici : l’amour. « Mac… » demande-t-il au vieux barman, « As-tu déjà été amoureux ? », « J'ai été barman toute ma vie », répond Mac dans une des plus jolies répliques du film.

Le scénario se concentre sur le comportement de Wyatt Earp, sur ses réactions, quitte à délaisser complètement l’intrigue, autrement dit l’enquête pour confondre les Clanton. Ce qui intéresse Ford, c'est de fantasmer cet homme de l'Ouest, tel qu'il n’a certainement jamais existé, mais que tout le monde aurait rêvé d’avoir comme aïeul. Le choix d’Henry Fonda est un des atouts principaux du réalisateur. Digne, simple, un peu raide, l’acteur investit son personnage, le rendant à la fois extrêmement humain et quasi-métaphorique. Toute la séquence deDARLING CLEMENTINE (3) l’inauguration de l’Église, la marche de Earp au bras de la jolie Clementine et leur danse sur le plancher de bois, serre inexplicablement la gorge par sa pudeur et l’espoir qu'il porte. Un morceau de cinéma apparemment anodin, mais qui pourrait symboliser toute l’œuvre de John Ford.

L’épais Victor Mature est un curieux choix pour incarner le maladif Holliday, mais il s’en sort très bien. Au sein d’un cast d’ensemble formidable, c'est Walter Brennan qui étonne le plus en chef de clan faussement gâteux, fourbe et cruel. Un splendide contremploi !

Il faudrait tout citer dans « LA POURSUITE INFERNALE » (quel curieux titre français, tout de même !), de la photo en clairs-obscurs parfois proche du ‘film noir’, aux cadrages impeccables, en passant par la richesse laconique du dialogue (« M’ame… I sure like that name… Clementine »).

C'est évidemment un chef-d’œuvre du western, mais surtout du cinéma tout court. Et pour paraphraser l’affiche de « JUGE ET HORS-LA-LOI » : « Si ça ne s’est pas passé comme ça… Eh bien, ça aurait dû ! ».

DARLING CLEMENTINE (4)

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 18:12

DJANGOTourné deux ans après « POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS », « DJANGO » est le premier ‘spaghetti western’ qui vienne sur le tapis quand on mentionne le genre. Leone mis DJANGO (5)à part, bien évidemment.

L'Ouest de Sergio Corbucci n’a rien à voir avec le modèle américain et moins encore avec le Mexique hispanique de Leone. C'est un cloaque boueux et grisâtre, où l’on patauge dans la gadoue, où la déco des saloons évoque un théâtreDJANGO (1) de Guignol poussiéreux, où les prostituées semblent échappées d’un film de Fellini. L’Étranger qui arrive en ville de retour de la guerre, n’a pas le charme juvénile d’un Ringo. C'est une sorte de croque-mort taciturne, traînant un cercueil derrière lui, circulant à pieds (une grande première !) et semblant poursuivre une vengeance aux origines des plus floues.

Django se retrouve entre deux feux : des révolutionnaires mexicains qu'il tente de blouser et une sorte de KKK local à cagoule rouge-sang. S’il tire les ficelles pendant quelque temps, DJANGO (2)il sera finalement submergé et finira vainqueur, mais fracassé, mutilé, probablement infirme à vie. Car « DJANGO » est un film sinistre et masochiste, qui englue lentement comme cette mare de sables mouvants qui engloutit le butin de notre héros malchanceux. Tous les personnages sont répugnants et les rares qui ne le sont pas, ne sont pas suffisamment développés pour qu’on s’y attache. On suit donc le film avec une fascination teintée d’indifférence, comme on contemple passivement les bribes d’un cauchemar fangeux.

Dans le rôle de sa vie, le très jeune Franco Nero fait merveille, allant au bout de son martyr avec une sorte de délectation morbide. À ses côtés, des seconds rôles sans grand reliefDJANGO (4) hormis la très troublante Loredana Nusciak qui joue la prostituée « sang-mêlé », comme en état de somnambulisme ajoutant encore à la sensation de rêve éveillé.

En cherchant la petite bête, on pourra déplorer quelques coups de zoom superflus et une chanson en Anglais un peu ringarde, mais « DJANGO » est et demeure un film-culte, que beaucoup tentèrent d’imiter, en ne parvenant qu’à singer ses défauts.

Sergio Corbucci ne retrouvera sa « petite musique » que pour « LE GRAND SILENCE » d’une tonalité similaire, mais hormis une ou deux réussites occasionnelles, ne surpassa jamais ce film-phare indémodable.

À noter que « DJANGO » vient de sortir en Blu-ray aux U.S.A. chez ‘Blue Underground’, dans une copie si nette qu'elle gomme les quatre décennies passées depuis le tournage du film. Une merveille.

DJANGO (3)

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:36

WARLOCK (2)Au-delà de son affiche de rêve, « L'HOMME AUX COLTS D’OR » (pour une fois, le titre français surpasse l’original) fait partie de l’élite du western américain des années 50, de ces WARLOCK (1)films miraculeux qui non seulement supportent le passage des ans, mais paraissent en profiter.WARLOCK (5)

Le scénario d’une rigueur et d’une intelligence rares, traite de pouvoir, de légalité, de rédemption et aussi – surtout – d’amour fou. Que cet « amour » soit partagé entre deux hommes ne change rien à l’affaire. Parallèlement au parcours de Richard Widmark, petit voyou mal dans ses pompes qui se métamorphose sous nos yeux en un « lawman » sûr de lui, habité par sa mission, prêt à donner sa vie pour son étoile, les véritables protagonistes du film sont Henry Fonda et Anthony Quinn.

Le premier magistral en ‘marshal’ autoproclamé, en fait un simple mercenaire allant de ville WARLOCK (4)en ville pour rétablir l’ordre à coups de revolvers, et le second jouant son co-équipier boiteux, manipulateur, en adoration devant son ami. Le couple est étrange dès les premières images, leur relation ambiguë, faite de non-dits et de zones d’ombre. Alors qu’on imagine jusqu'à la fin que cet « amour » est unilatéral, on comprend quand Fonda pète un câble après avoir tué Quinn, qu'il n’en était rien. Après cela, il n’est même plus capable d’envisager un avenir avec la jeune femme tombée amoureuse de lui et quand il quitte la ville, c'est vêtu de noir, comme un veuf.
WARLOCK (3)
Et après avoir jeté ses colts à crosse d’or, symboles de sa gloire passée.

« L'HOMME AUX COLTS D’OR » est un western d’une complexité inouïe, dont chaque WARLOCKprotagoniste arrive avec son lourd bagage de péchés, dans un sillage de mort dont il peine à s’extirper. Pour Fonda, c'est une sorte de retour au rôle de Wyatt Earp mais débarrassé du regard chaleureux et humaniste de Ford. Clay Blaisdell est un tueur froid, narcissique, qu’un vieux fond de dignité sauve de l’ignominie totale. Quinn lui, ne cherche même pas à masquer sa vraie nature, celle d’un ‘freak’ dépravé qui ne vit que par procuration, constamment ébloui par le demi-Dieu qui l’honore de son amitié. Même Dorothy Malone apparaît en « veuve noire » obsédée par la vengeance, aux confins de la folie.

C'est un film noir, violent, sanglant parfois, jamais sentimental, le CinémaScope est magistralement utilisé par Edward Dmytryk qui signe là son chef-d’œuvre.
WARLOCK (6)

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 17:44

RIDE LONESOME (3)Condensé du talent singulier de Budd Boetticher, « LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » est une épure de western, une leçon de cinéma où l’image en dit plus long RIDE LONESOMEque le dialogue. 

Le scénario entre immédiatement dans le vif du sujet, sans le moindre préliminaire, la plus modeste tentative de psychologie : des hommes minuscules dans une immense contrée désertique s’affrontent autour d’une prime, d’une femme, même si au fond rien n’est aussi simple.RIDE LONESOME (4)

La belle veuve croit que Randolph Scott et Pernell Roberts se disputent le hors-la-loi James Best pour une poignée de dollars comme « des chiens autour d’un os » ? Elle se trompe : Scott suit un plan machiavélique pour venger sa femme et Roberts ne cherche que l’amnistie lui ouvrant les portes d’une vie nouvelle. On imagine le tueur Lee Van Cleef comme une bête sauvage assoiffée de sang ? Non. Il est prêt à sacrifier sa vie pour sauver son frère et demande à Scott de ne pas l’obliger à le tuer. Chez Boetticher – et son scénariste Burt KennedyRIDE LONESOME (5)simplicité ne rime pas forcément avec débilité.

Rarement CinémaScope aura été utilisé avec autant de maestria que dans ce film dont chaque plan, chaque cadrage est une fête pour l’œil. L’unique gros-plan est celui de Van Cleef parlant de son vieil ennemi, tout le reste du film est tourné en plans très larges, valorisant le désert et les rochers. Au milieu, les hommes ne sont que de dérisoires insectes agités de passions insignifiantes.

Bien sûr quelques menus détails ont vieilli, comme ces trop longues séquences nocturnes tournées en « nuit américaines », les dialogues au coin du feu peuvent sembler redondants et les échanges machistes des deux copains matant Karen Steele à distance sont un peu lourdingues. Mais ce n’est rien comparé à la beauté fulgurante du dernier quart dominé par cet arbre « aux pendus », sorte de croix païenne littéralement hantée par tous les morts qui y furent accrochés.

RIDE LONESOME (1)
Le dernier plan de grue, sur l’arbre enflammé emportant ses secrets, est un des plus magnifiques de mémoires d’amateur de western.

Scott qui parle d’une voix étrangement monocorde comme un robot (ou un mort-vivant ?) est parfaitement utilisé, Lee Van Cleef apparaît dans trois séquences mais se montre remarquable de subtilité et James Coburn débutant, est très inhabituel en ‘sidekick’ un brin demeuré et rigolard. Karen Steele est… Wow !

Le fan de Sergio Leone pourra s’amuser à dénombrer les nombreuses influences du maître italien : le méchant appelé Frank (sans nom de famille) joué par le futur ‘Sentenza’, la pendaison au milieu de nulle part, la réplique « Vous faites du bon café » que Cheyenne répètera telle quelle à Jill dix ans plus tard dans « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », etc.

Le genre de film quasi-parfait qu’on ne se lasse jamais de revoir…
RIDE LONESOME (2)

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 19:24

ULZANA RAID (1)
18 ans après son « BRONCO APACHE », Robert Aldrich reprend les bases du scénario, inverse les points de vue, et raconte une histoire parallèle avec beaucoup plus de maturité. ULZANA RAID« FUREUR APACHE », c'est l’histoire du raid dérisoire d’un Apache échappé de sa réserve avec quelques guerriers, qui viole, tue et brûle pendant plusieurs jours, avec l’Armée à ses trousses.

Mais si Massaï était un personnage héroïque, un rebelle admirable, Ulzana est un assassin sanguinaire. Pour autant, Aldrich ne le juge pas : « Haïr un Apache, ce serait comme détester le désert parce qu’on n’y trouve pas d’eau », dit le vieux scout. « J'ai déjà peur d’eux, ça me suffit ».ULZANA RAID (3)

Collant à la stratégie militaire d’une escouade menée par un lieutenant inexpérimenté, accompagné du scout McIntosh (Burt Lancaster) et de son pisteur apache Ke-Ni-Tay, Aldrich signe un film aussi âpre et sec que les rocs de l’Arizona, d’une violence souvent atroce mais jamais gratuite. Le parcours psychologique du lieutenant, fils de pasteur, qui tente d’abord de comprendre les Indiens, puis se met à les détester, est le plus intéressant. Mais le véritable héros du film est Ke-Ni-Tay, le renégat calme et lucide, qui a choisi le côté du plus fort sans renier ses racines. Tout l’inverse du Hondo de « BRONCO APACHE », qui était décrit comme un traître odieux.

Le traitement que fait Aldrich de la violence et des tortures, rapproche son film de « LA BATAILLE DE LA VALLÉE DU DIABLE » auquel il fait souvent penser. Mais « FUREUR APACHE » est plus dépouillé, plus maîtrisé, et le réalisateur ne cède jamais au mauvais goût, son péché mignon.
ULZANA RAID (2)
Quelques images sont indélébiles, comme ce plan du soldat qui se suicide pour échapper aux Apaches, et dont la bouche ouverte laisse échapper de la fumée. Ou encore cette queue de chien enfoncée dans la bouche d’un fermier brûlé vif.

McIntosh est un des plus beaux rôles de Burt Lancaster. Fatigué, boucané, sans illusion mais sans aigreur, il est un dinosaure, à l’instar de ceux qu'il traque. Aucune haine en lui, aucune colère, même lorsqu’il est témoin d’atrocités. Cela fait longtemps qu'il a compris. D'ailleurs, quand il voit des soldats s’acharner sur un cadavre d’Indien, cela ne le surprend pas non plus. Sobre, au seuil de la vieillesse, Lancaster est tout simplement magnifique, bouclant après « VALDEZ » et « L'HOMME DE LA LOI » un beau tryptique westernien. Son vieux complice réalisateur lui offre peut-être les plus beaux gros-plans de sa carrière.

« FUREUR APACHE » est un grand film viscéral et asséché de tout pathos hollywoodien, de tout parti-pris, et très certainement le chef-d’œuvre de Robert Aldrich, tous genres confondus.
ULZANA RAID (4)

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 19:35

GUN HILL (2)
John Sturges a signé des westerns plus riches en péripéties, plus prestigieux, plus spectaculaires, mais « 
LE DERNIER TRAIN DE GUN HILL » est certainement le mieux scénarisé, le plus mature dans son déroulement, le plus irréprochable à tous niveaux. Plus GUN HILLqu’un western d'ailleurs, c'est une tragédie antique, et le fait que le salon de Belden ou la chambre d’hôtel de Morgan évoquent des mini-scènes de théâtre, n’est pas dû au hasard.

Sturges conte l’affrontement de deux anciens amis, deux machos virils et sûrs de leur puissance. Tous deux veufs, tousGUN HILL (3) deux pères d’un garçon. À part que celui de l’un vient de violer et de tuer la femme de l’autre. D’amis, les deux « mensch » deviennent ennemis mortels, et – comme dans « 3 :10 POUR YUMA » – c'est l’arrivée d’un train qui scellera leur destinée.

Dans ce film sec, épuré, hypnotique, dénué de tout sentimentalisme ou héroïsme, tout le monde a raison et tout le monde a tort. On est d’abord en empathie avec l’un, parce qu'il ne peut laisser cet assassinat impuni, puis avec l’autre parce qu'il ne peut laisser tuer son propre fils, aussi indéfendable soit-il.

GUN HILL (5)
Kirk Douglas a rarement été mieux dirigé qu’ici : sobre, tendu comme une corde à piano, le visage déformé par une moue de dégoût et de haine permanente, il compose un héros aussi admirable qu’inquiétant, indifférent à son sort. Face à lui, même s’ils n’ont que deux vraies scènes ensemble, Anthony Quinn est tout aussi formidable : despote violent, qui GUN HILL (4)envoie sa fiancée à l’hôpital, meneur d’hommes rude et insensible, son seul talon d’Achille est ce fils indigne, pleutre, dont il ne sait que faire. C'est Earl Holliman qui incarne celui-ci, avec talent. La seule femme est Carolyn Jones, dans son meilleur rôle, celui d’une fille de saloon qui « n’a jamais été seule depuis qu'elle a douze ans », habituée à la bêtise et la brutalité des hommes, mais prête à craquer pour le premier macho qui passe. On reconnaît de bons seconds rôles comme Brad Dexter, Val Avery ou Brian G. Hutton (futur réalisateur de « QUAND LES AIGLES ATTAQUENT »).

Pour reprendre une phrase d’accroche célèbre, à l’issue de cette journée à Gun Hill, « il neGUN HILL (1) pourra en rester qu’un », et si l’issue n’est guère surprenante, le survivant repartira fracassé, honteux, mort intérieurement.

« LE DERNIER TRAIN DE GUN HILL » n’a jamais fait partie des classiques de l’âge d’or du western, ce qui paraît un peu injuste. C'est un grand western sous-estimé, qui gagne en profondeur à chaque re-vision, et pourrait bien être le meilleur film du réalisateur avec « UN HOMME EST PASSÉ » où, là aussi, le protagoniste arrivait, puis repartait en train, après un séjour bref, mais  dévastateur. Car la vengeance est parfois un plat qui se mange chaud, mais qui de toute façon, se mange amer.

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