Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 08:58

Négligé, voire méprisé par la critique à sa sortie en 1971 pour ses excès de violence, « L'HOMME DE LA LOI » est un film qui, contre toute attente, a gagné sa réputation avec les années et est à présent considéré comme un western important et probablement le meilleur film de son réalisateur, le décrié britannique Michael Winner qui s’est essentiellement fait connaître par ses films avec Charles Bronson. D'ailleurs (simple hasard ?) le personnage qu'incarne ici Lee J. Cobb se nomme... Bronson !

Sur un sujet des plus éculés : un shérif vient arrêter une bande de cowboys responsables de la mort d’un vieillard, lors d’une fiesta dans la ville voisine, Winner brosse le portrait ambigu du héros de l'Ouest, réduit à sa seule fonction, et d’une ère en train de s’achever. Car comme le dit clairement le titre, « L'HOMME DE LA LOI » tourne autour du personnage de Jered Maddox, vieille gloire du Far West qui accomplit peut-être là son ultime mission. Maddox est un chasseur d’hommes, un tueur obstiné et sans cœur, qui n’existe que par les armes et la légitimité que lui donne son étoile. Les gens qui l’ont aimé (Joseph Wiseman devenu infirme à cause de lui, Sheree North, ex-amour de sa vie), voient clair en lui, et éprouvent pour Maddox un mélange de tendresse et de répugnance. Car l'homme est un anachronisme vivant, et les ennemis qu'il se choisit, ne sont que de pauvres fermiers, des cowboys imbéciles, qui ont simplement bu un coup de trop. Mais cela ne stoppe pas la machine à tuer qu’est Maddox. Véritable « Terminator » de l'Ouest, il remplira sa mission coûte que coûte, même si pour cela, il doit perdre définitivement son âme en abattant des adversaires qui n’ont aucune chance contre lui.

C'est un des meilleurs rôles de Burt Lancaster, fermé à double tour sur son personnage, qui parvient à laisser percer des vestiges d’humanité sous son masque figé. Physiquement épaissi, il laisse deviner son âge lorsqu’il ôte son uniforme de justicier et apparaît en caleçon. Soudain, Maddox n’est plus qu’un pauvre type solitaire, un peu attendrissant, qui joue de la flûte tout seul dans sa chambre d’hôtel. Face à lui, le shérif de la ville, Robert Ryan a abdiqué depuis longtemps. S’il ressemblait jadis à Maddox, il est aujourd'hui un pleutre aux ordres du boss de la région, et fait tout pour éviter la bagarre. C'est précisément à lui, que Maddox refuse à tout prix de ressembler, et c'est pour cela qu'il ne baissera pas sa garde. Quand il voudra enfin le faire, il sera trop tard.

La démystification du héros de western est ici étonnamment profonde, quasi eastwoodienne, et ce malgré la réalisation grossière et démodée de Winner, qui multiplie les effets de zoom, les contre-plongées dramatiques.

Lee J. Cobb tient un rôle passionnant qui aurait normalement dû se réduire à un « bad guy » traditionnel. Mais il n’est ici qu’un vieil homme, prêt à tous les arrangements, qui a vu trop de violence pour en désirer encore. Sa relation avec son bras droit, Albert Salmi est des plus ambiguës (on dirait un vieux couple), et sa fin est dévastatrice. Les seconds rôles sont également bien dessinés : Sheree North, mûrissante, à la fois forte et pathétique, Robert Duvall en fermier courageux, le jeune Richard Jordan, le seul qui parvienne à émouvoir Maddox, et surtout Joseph Wiseman (photo à droite), dans un rôle mystérieux de « chœur antique » au regard qui juge. Quant aux habitants de la ville, ils sont décrits sans exception, comme une bande de lâches, de tireurs embusqués, de cloportes fielleux. L'Américain nouveau en quelque sorte, semble dire le film...

La conclusion de « L'HOMME DE LA LOI », véritable carnage dans la grand-rue, est une des plus violentes vue de mémoire d’amateur de western, des plus impitoyables. Et l’ultime coup de feu, que Maddox tire dans le dos d’un homme désarmé qui s’enfuit, clôt définitivement le parcours du « lawman », qui renonce là à tout espoir de rédemption.

Une fois encore, regrettons qu’un réalisateur plus rigoureux voire plus neutre, comme Richard Fleischer par exemple, n’ait pas dirigé ce film, car entre des mains plus expertes, « L'HOMME DE LA LOI » aurait pu devenir un véritable classique. C'est aujourd'hui un « cult-movie » et ce n’est déjà pas si mal…

LAWMANsuite

 

À NOTER : le film est sorti en zone 1 dans sa version U.S. légèrement édulcorée, et en zone 2 dans sa version « européenne », avec quelques giclures de sang en plus, et une séquence de lit, re-filmée de façon plus explicite. Hélas, aucune des deux versions ne propose une copie décente ou restaurée.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

lemmy 20/05/2016 03:37

Le dvd sorti par Sidonis est de très bonne tenue. Et le film est glaçant, ce qui est encore augmenté par les nombreuses brèches que le personnage de Lancaster laissent paraître. Le casting est de premier ordre.

Je crois que la fin alternative (ou la fin étendue) dont tu parles quelque part, où Lancaster est abattu serait moins forte que la fin originelle.

Fred Jay Walk 20/05/2016 16:58

Oui, c’est bien que Maddox s’en sorte. Plus seul que jamais...

lemmy 31/12/2010 12:30


Zut. Pour une fois que j'ai un zone 1, c'est une version édulcorée.


Présentation

  • : Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • : News, photos, critiques films et DVD, avis et commentaires sur le cinéma populaire, ses stars, ses mythes, mais aussi sur les séries TV et quelques à-côtés.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens