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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 08:19

« IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » est un pur objet cinématographique et ne pouvait exister que par ce média.

Grand pourfendeur de la réalisation « télévisuelle » qu'il exécrait violemment, Sergio Leone a signé avec ce film qui demeure son chef-d’œuvre, un véritable manifeste. Car si au premier regard, il ressemble à une fresque immense, « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » n’est qu’une minuscule anecdote, déjà vue et revue, à laquelle une mise en scène somptueuse et hypertrophiée donne des allures d’épopée.

Car au fond, de quoi s’agit-il ? D’un tueur au service des chemins de fer, massacrant une famille, et rattrapé par une de ses anciennes victimes qui l’accule au duel. Des mésaventures d'une prostituée rangée des voitures... Rien de plus. Un scénario alambiqué en forme deIL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST suite puzzle, qui emprunte sciemment à des classiques comme « JOHNNY GUITARE », transcendé par une mise en images amplifiant le moindre échange de regards, développant une attente jusqu'à l’exaspération, faisant du moindre dialogue un morceau de bravoure et filmant les visages métamorphosés par un savant maquillage comme s’ils étaient des rocs du Grand Canyon.

L’œuvre de Sergio Leone après avoir été raillée et méprisée, fait aujourd'hui l’objet d’innombrables analyses et ouvrages, mais le seul de ses cinq westerns qui semble garder une part de son mystère, reste « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ». Il y a une grande part d’irrationnel dans ce film-monstre, des choses inexplicables et inexpliquées : pourquoi Harmonica met-il aussi longtemps pour assouvir sa vengeance par exemple ? À vrai dire, cela n’a pas grande importance, car « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » est une sorte de monument élevé au cinéma en général et au western en particulier. En choisissant Henry Fonda dans un rôle d’ordure sadique, Leone lui fait accomplir des gestes entrés dans la légende (la façon qu'il a de faucher la béquille d’un infirme d’un coup de pied, comme dans « L'HOMME AUX COLTS D’OR »), renforçant cette volonté de rendre hommage. La présence de Claudia Cardinale renvoie quant à elle à l’œuvre de Visconti, tant il est vrai que « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » évoque plus d’une fois « LE GUÉPARD », par ses mouvements de caméra, sa lenteur extrême, sa folle ambition.

Et comme il avait sorti Clint Eastwood de l’anonymat, Leone – toujours Pygmalion – réinvente Charles Bronson, acteur de second plan, apparemment condamné aux petits rôles, en lui offrant un rôle convoité par les plus grandes stars américaines.


Le formidable pari qu’a tenté Sergio Leone, fut donc de prouver que finalement, le scénario n’a que peu d’importance et que seule comptait réellement la « vision » d’un réalisateur. Trois tueurs attendent un train, pour abattre l'homme qui va en descendre ? Leone en fait un court-métrage de dix minutes et transforme l’immobilité et l’ennui des trois sbires en grand spectacle. Le héros affronte en duel son Némésis ? L’affrontement devient un interminable ballet dont chaque pas, chaque regard, chaque son est chorégraphié jusqu'à l’abstraction. De même, le réalisateur parvient à inverser l’utilisation de la musique de film : habituellement, celle-ci sert d’accompagnement aux images, de toile de fond sonore, dans « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », ce sont les images qui semblent illustrer l’extraordinaire partition d’Ennio Morricone, qui devient l’âme du film.

Comme la plupart des œuvres de Leone, le film n’a jamais cessé de souffrir entre les mains des censeurs. Aux U.S.A. il est sorti gravement mutilé de 20 minutes, en France ont toujours circulé des copies incluant ou pas certains plans et enfin est récemment sorti en Italie, le « director’s cut » de Leone, subtilement différent de celui qui semblait être gravé dans le marbre, partout ailleurs dans le monde.


« IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » est donc un film en perpétuel devenir, qui à l’instar d’autres chefs-d’œuvre comme « PAT GARRETT & BILLY THE KID », ou dans le domaine de la SF « TERMINATOR 2 – LE JUGEMENT DERNIER », n’atteindront probablement jamais leur forme définitive. Tant mieux ?

Nous reviendrons bien sûr, sur « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ». Pas le choix…

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commentaires

VAL 03/12/2011 00:01

Je n'ai qu'un seul et unique regret concernant ce sublime film : ne pas avoir eue l'occasion de l'avoir vu sur grand écran...peut-être un jour, qui sait...

Fred Jay Walk 03/12/2011 06:36



Il est vrai que concernant ce film en particulier, ça change tout.



VAL 13/11/2011 15:33


Je voudrais raconter un souvenir d'enfance : je devait avoir 6 ou 7 ans, et mon frère me fait écouter "l'homme à l'harmonica"...je me revois encore assise, tétanisée dès les premières notes qui
s'élèvent du vieux "Tepaz", partagée entre la peur et la fascination. C'était ma première incurtion dans l'univers de Sergio Leone, par l'intermèdiaire de Morricone. Depuis, dès que j'entends ce
long souffle poignant, j'ai un frisson...


valcogne 28/08/2011 17:46


"Il était une fois dans l'ouest " repasse prochainement à la télé. N'hésitez pas à le revoir. C'est "Le" western épique, historique, poudreux, ocre, habité par une vraie femme et des hommes qui
disent d'eux mêmes qu'ils sont "d'une très vieile race", universelle. On entend les colts, on sent le bois des constructions, on devine l'essor de l'Amérique. Et, en plus, il y a une histoire! Par
les temps qui courent, ce n'est pas à dédaigner.


Fred Jay Walk 28/08/2011 17:50



Bien dit !



Lyne 28/08/2011 14:56


Sans doute mon film préféré...


claude 04/01/2010 16:02


Charles Bronson n'était pas à son coup d'essai avec un harmonica : il en joue déjà dans Vera Cruz avec Gary Cooper.
A noter que dans Vera Cruz, Bronson joue de l'harmonica à la demande pour créer une ambiance festive alors que dans Il Etait Une Fois dans l'Ouest, il choisit totalement le moment où il utilise
l'harmonica, et en fait un instrument rhétorique, parlant "quand il ferait mieux de jouer" et en jouant "quand il devrait parler", comme le souligne Le Cheyenne .


Fred Jay Walk 04/01/2010 16:13


WWW a consacré un article à Bronson/Buchinsky/Pittsburgh et son harmonica, il y a quelque temps.
Mais tu as raison : le même acteur, le même instrument, le même genre, mais... Pas le même impact.


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