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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:27

FLINGUEUR (2)« Cela parlait à l’origine de deux homosexuels, un tueur de la mafia et un jeune apprenti qui devient son ami intime, apprend tout de lui et finit par le tuer. L’élément homosexuel fut éliminé. Si Charlie avait su qu'il y en avait un, il n’aurait pas fait le film. Ce n’était pas un FLINGUEURlibéral », écrit le réalisateur Michael Winner dans ses mémoires « WINNER TAKES ALL ».

« LE FLINGUEUR » demeure un des meilleurs films de Charles Bronson en tête d’affiche. Un thriller cérébral et pervers, situé dans un univers totalement irréaliste de mafiosi esthètes, d’assassins amateurs de musique classique, collectionneurs de gravures de Jérôme Bosch et pratiquant le FLINGUEUR (3)karaté. Arthur Bishop est un des rôles les plus archétypiques de l’acteur : un tueur à gages affilié à la mafia de L.A., un vieux ‘pro’ méticuleux et solitaire, vivant en marge de la société et qui exécute sans ciller jusqu'à son plus vieil ami incarné par Keenan Wynn. L’autre facette de cet ange de la mort affûté comme une lame, c'est qu'il est insomniaque, se bourre de pilules et stresse parfois tellement, qu'il perd connaissance dans des lieux publics.

L’intérêt du film vient de la relation bizarre s’établissant entre Bishop et un jeune homme sans scrupule qu'il va former pour en faire son assistant. Malgré ce que disait Winner, le FLINGUEUR (1) sous-texte gay n’a pas totalement disparu et demeure bien présent en filigrane, même s’il est implicite. Le choix même de Jan-Michael Vincent sorte de top model blond et musculeux laisse planer une flagrante ambiguïté. Surtout quand le jeune homme vient s’installer sous le même toit que son mentor.

Le film est une succession de morceaux de bravoure, de  « contrats » spectaculaires avec poursuites et fusillades ad hoc, mais l’ambiance crépusculaire, la musique sourde et stressante, finissent par créer un style très singulier, à la limite de l’onirisme.

Jill Ireland n’apparaît que dans une séquence, en prostituée qui écrit des lettres d’amour enflammées à Bishop afin de l’exciter et demande un bonus financier, pour la difficulté de l’exercice ! Un moment d’un total cynisme, qui fait d’abord sourire avant de laisser sur un vrai malaise. Malaise que l’on retrouve dans la comparaison entre les deux générations d’assassins : si Bishop est un homme cultivé et s’efforçant de justifier son choix de vie par de grandes théories (« Tout le monde tue… L’Armée, le Gouvernement… »), Steve ne prend pas cette peine. Il adore tuer et voir souffrir, point final. Signe des temps qui changent. Pas forcément pour le mieux...

FLINGUEUR (4)

« LE FLINGUEUR » est une œuvre à part, à peine abîmée par le manque de rigueur de Winner, qui une fois encore abuse du zoom et d’effets de montage épileptiques. Mais le matériau est tellement original, que le film n’a pratiquement pas vieilli et se laisse encore regarder avec la même fascination qu'il y a quarante ans.

 

SECONDE VISION :

 

L’avantage de certains remakes calamiteux comme « LE FLINGUEUR » avec Jason Statham, c'est qu'ils donnent envie de vérifier qu’on n’avait pas enjolivé l’original dans nos souvenirs. FLINGUEURbis (2)Bonne nouvelle : concernant « LE FLINGUEUR » de Michael Winner, ce n’est pas le cas du tout ! Il s’est même bonifié avec les années. Le style voyant du réalisateur, son montage ultra-cut, sont plus d’actualité que jamais. « Vivre en dehors », c'est le credo d’Arthur Bishop, un tueur à gages au service de la mafia de L.A. En dehors de la société, du système et même du Milieu. Avoir ses propres Tables de la Loi et être seul. Jusqu'à la névrose, jusqu'à la neurasthénie. Jusqu'à tomber dans les pommes au moindre stress.

Car pour être une machine à tuer, Bishop n’en est pas moins un être humain et le scénario de Lewis John Carlino laisse filtrer de petites indications sur son passé. Ainsi l’anecdote racontée par Keenan Wynn en dit long sur l’enfance malmenée du futur tueur. Et sa non-relation avec les femmes fait froidFLINGUEURbis (1) dans le dos : il paie une call-girl non pas pour des gâteries perverses, mais pour lui écrire des lettres d’amour !

D'ailleurs, le sujet du film est malgré tout une love story. Un peu déviée bien sûr, un tantinet sous-terraine, mais la rencontre entre Bishop et le jeune Steve est filmée comme un coup de foudre. La première chose qu’on voie du garçon sont… ses fesses moulées dans un jeans. Et le premier regard que Bishop pose sur lui est plus qu’ambigu. Le fait que ce soit Charles Bronson qui tienne le rôle rend les choses encore plus confuses et perturbantes. Winner utilise magnifiquement le physique particulier de l’acteur, son visage ridé de vieil Apache et son corps d’athlète, sa voix monocorde dénuée de sentiment, son sourire triste. Comme Walker dans « LE POINT DE NON-RETOUR », Bishop est un mort-vivant, un technicien qui a perdu son âme depuis longtemps et qui n’existe plus qu’à travers son art. Car tuer est bel et bien un art pour lui. Il l’exerce en orfèvre, goûtant davantage le processus que l’acte lui-même. En ce sens, le premier quart-d’heure du film est éblouissant : quinze minutes complètement muettes décrivant l’exécution d’un « contrat » par le menu. À faire réviser le jugement de ceux qui persistent à considérer que toute l’œuvre de Winner est à jeter à la poubelle.

FLINGUEURbis

Parfaitement rythmé – excepté une poursuite à moto infernalement longue et ennuyeuse (héritage de « BULLITT ? »), dialogué à minima, d’un cynisme glaçant, « LE FLINGUEUR » reste ludique, intrigant, captivant de bout en bout. Et l’approche « existentielle » adoptée par l’auteur et accentuée par la BO exceptionnelle en font quarante ans après, un véritable classique du polar noir. Merci donc aux copistes de nous avoir poussés à revoir ce petit chef-d’œuvre qu’on peut redécouvrir en Blu-ray dans une belle édition allemande.

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commentaires

Evy 19/12/2014 09:37

Merci ! il va falloir que je le revoie ^^

Evy 19/12/2014 08:29

Sans spoiler, on est bien d'accord pour le coup que l'acte de Steve à la fin est totalement gratuit ?

Fred Jay Walk 19/12/2014 08:39



Pas du tout ! Le syndicat lui a commandé le meurtre de Bishop. Steve a même reçu un dossier chez lui. C'est sur ce dossier que tombe Bishop, qui parce qu'il est probablement suicidaire (et déçu
par Steve ?), laisse tout de même Steve l'accompagner à Naples.


Tout en préparant sa vengeance... 



Evy 17/12/2014 22:19

Quel film, mais quel film !!! Dommage pour le titre français idiotement racoleur, le titre original était tellement plus... implacable ! Que de niveaux de lectures, la relation entre ces deux
hommes, la vision des bêtes sauvages toujours prisonnières (le guépard, l'orque, les oiseaux), le "jugement dernier" (pas de hasard) monstrueux de Jérôme Bosch qui revient comme un leitmotiw, le
regard triste et froid de Bronson... La scène d'ouverture est anthologique. Et la musique de Jerry Fielding... Un sans faute.

Fred Jay Walk 17/12/2014 22:35



Oui, grand film qui s'améliore avec les années...



Patrick 19/10/2011 13:18


C'est surtout la dernière demi-heure que j'ai aimé dans ce film, j'ai trouvé le début assez lent et peu prenant.


Fred Jay Walk 19/10/2011 13:35



Les goûts et les couleurs...



VAL 19/10/2011 11:33


Non,PAS Chuck Norris !!! Si quelqu'un veut un jour me soumettre à la torture, il n'a qu'a me forcer à regarder l'intégrale de "Walker"...Je ne pourrait pas le supporter.
Alors si ce Statham est du même accabit, je comprend pourquoi il n'est pas apprécié sur ce blog.


PAT 05/09/2015 19:47

Je l'a revu et cette fois-ci avec grand plaisir, j'étais passé à côté lors de ma 1ère vision.

VAL 18/10/2011 11:12


J'ai revu ce film il n'y a pas longtemps, alléchée par sa critique parue sur "CinéWest Station".
C'est vrai que certains dialogues sont ambigüs...C'est effectivement un film qui n'a pas vieillit et qui restera "moderne". Vous pensez que le remake deviendra un classique ? Je ne l'ai pas vu,
personnellement, mais j'y jetterais sans doute un oeil un jour.
Quand à l'opposition Bishop-Steve McKenna, elle est simple : Steve est tout simplement un psychopathe, alors que Bishop est un "ouvrier" du crime.


Fred Jay Walk 18/10/2011 11:24



Le remake ? Je l'ai déjà oublié. Je pense qu'il se confondra avec tous les autres nanars de Statham dans une bouillie filmique.


Ce serait comme si on tentait de différencier aujourd'hui tous les films de Chuck Norris. Bonne chance !



lemmy 27/06/2010 19:22


Oh oui, scène archétypale et d'une virilité tangente. Ah ces naïves années 80.

J'avais un ami qui était fan de Rambo et qui aimait aller dans la forêt avec un arc et des flèches à qui j'avais pseudo explicité cette pseudo théorie et que j'avais presque fait pleurer.


lemmy 27/06/2010 19:10


Faut quand même le dire : Beaucoup de films de genre peuvent avoir d'un certain point de vue un sous-texte latent. Des mecs musclés, huilés, qui se battent entre eux... non mais voyons...


Fred Jay Walk 27/06/2010 19:12



Comme les retrouvailles de Schwarzie et Carl Weathers dans "PREDATOR" ?



lemmy 27/06/2010 19:08


Si le thème avait été mis trop en avant, cela aurait nui au tout. Du moins ça aurait un film différent et... sans Bronson.

Je ne pense pas que le remake va s'aventurer dans ces eaux.


lemmy 26/06/2010 11:45


Exactement, un film troublant et marquant.

Quant au sous-texte, il valait mieux ne pas trop l'expliciter à Bronson (Imaginez la tête de Bronson si Winner lui expliquait ça) à l'aune de Charlon Heston dans "Ben-Hur" et de Charles dans ses
pubs "Mandom"...


Fred Jay Walk 27/06/2010 18:57



En tout cas, c'est édifiant de voir comme le VRAI thème d'une histoire, même s'il est enterré, maquillé, escamoté, finit malgré tout par ressortir.



Corey 25/06/2010 22:41


Le chef-d'oeuvre de Bronson ? Peut-être. En tout cas, le film le plus "Melvillien" de Winner, avec une premier 1/4 d'heure magistral, et une fin… glaçante, que tu as bien fait de ne pas
dévoiler, pour le coup !


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