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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 18:33

POINT BLANK (4)Datant de plus de 40 ans, « LE POINT DE NON-RETOUR » a redéfini toute une esthétique de polar urbain et marqué les esprits au point que son influence se fait encorePOINT BLANK (1) ressentir aujourd'hui. Montage « éclaté », dialogue minimaliste, cadrages biscornus, psychologie quasi-nulle, BO décalée, ce POINT BLANK (5)thriller adapté d’un roman de Richard Stark est tourné comme un film d’auteur expérimental, alternant les morceaux de bravoure attendus (bagarres bien saignantes, érotisme brutal, fusillades) avec des moments contemplatifs, frôlant parfois même l’absurde. « Vous êtes un mauvais homme ! » dit un mafioso à Walker qui vient pour le tuer. « Quelqu’un d’extrêmement négatif ! ».

En fait de négatif, Walker est plutôt… un homme mort. Un revenant. D'ailleurs, le scénario évoque curieusement « LE CIEL PEUT ATTENDRE » de Lubitsch. Comme si Walker avait la permission de revenir de l’au-delà pour régler ses comptes. Il est suivi et épaulé par un « Mr Jordan » de circonstance, en la personne du mystérieux Keenan Wynn et à la fin, retournera au royaume des ombres.

POINT BLANK

À bien y regarder, tout le film qui alterne flash-backs, flash-forwards, pourrait n’être que le fantasme de Walker agonisant dans la cellule d’Alcatraz d’où il ne serait jamais reparti. « Au fond, tu es vraiment mort à Alcatraz », lui assène sa belle-sœur. C'est toute la richesse dePOINT BLANK (3) ce film que de pouvoir être lu de différentes façons, sans qu’aucune ne soit plus évidente qu’une autre.

Visiblement fasciné par sa vedette, John Boorman filme Lee Marvin sous toutes les coutures, tel un fauve traqué aux réflexes imprévisibles, évoluant dans une jungle de béton, d’acier et de palmiers. Le L.A. du « POINT DE NON-RETOUR » est un désert inhumain, dépeuplé, dont les habitants ne sont que de furtives silhouettes sans âme. Et il faut dire que le grand Lee est à son sommet : impassible, minéral, taillé dans le granit, il vide son barillet sur un lit vide, fracasse des bouteilles dans la figure de ses ennemis et se bat salement, comme un voyou. Son Walker n’est ni un héros, ni un antihéros, c'est un concept. À l’image de tout le film. Un méchant concept rancunier avec un gros flingue, animé par une seule idée : récupérer ses 93.000 dollars. À ses côtés, Angie Dickinson est à la hauteur. La scène où elle frappe Marvin de toutes ses POINT BLANK (2)forces, jusqu'à épuisement est indélébile. Grand couple iconique !

Boorman n’a pas vraiment signé un film sur l'homme face au « système » comme « ÉCHEC À L’ORGANISATION » par exemple (également d'après Richard Stark), car son ‘Walker’ n’est pas réellement un homme. Il n’a pas de prénom, pas d’émotion, peu de passé et aucun avenir. Le réalisateur anglais a signé un rêve de polar, un cauchemar poisseux et déliquescent qui s’achève là où il a commencé : dans un pénitencier désert, plein de fantômes, d’où – et c'est de plus en plus clair au cours du film – Walker est resté seul, à agoniser et à imaginer une vengeance impossible. Enfin… Peut-être.

En un mot comme en cent, un chef-d’œuvre.

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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commentaires

Dino Barran 02/06/2013 11:38

Des choux et des couleuvres...
J'ai un collègue d'une trentaine d'années qui n'apprécie les films qu'au travers des explosions qu'on y voit. Autant dire qu'il est inutile de lui demander d'apprécier les mêmes films que moi.

Fred Jay Walk 02/06/2013 12:14



Tout se respecte, Dino.


Je me souviens de l'air effaré et plein de compassion (teinté de mépris) d'une connaissance, quand j'avais un jour émis des réserves sur le "QUERELLE" de Fassbinder. Il y a des incompatibilités irréparables...



Simon95 02/06/2013 10:06

Des années que j'attendais pour voir ce film. Enfin ce dimanche 2 juin, sur TCM, j'ai l'occasion de voir ce film "culte". Quelle déception ! Je m'attendais à un superbe polar, dans les règles de
l'art. Je me retrouve avec un film, sans queue ni tête, avec une intrigue dont on en comprend rien. J'ai coupé au bout de 20 minutes. C'est dire...

Fred Jay Walk 02/06/2013 10:55



Boorman ne respecte justement pas du tout les "règles de l'art". Son film est plus un regard (européen qui plus est) sur le polar, qu'un véritable polar classique.


Personnellement, j'adore ce film pour ce qu'il est : un film d'auteur en avance sur son temps. Rien à voir en fait avec "A BOUT
PORTANT" duquel on le rapproche souvent (à cause de Marvin ?), qui est un authentique film noir dans la tradition U.S.



Dino Barran 01/01/2013 18:49

Retour de Walker/Parker d'ici quelques semaines sous les traits de... Jason Statham.
Adaptation d'un des derniers bouquins de la série (par Richard Stark) : FLASHFIRE. Aux manettes : l'inattendu Taylor Hackford.
La b.a. est excessivement testostéronée pour mon goût. Mais bon, le coup est à tenter néanmoins.

Fred Jay Walk 02/01/2013 21:43



Mmmmmmmmmmouais.....



lemmy 26/04/2011 10:55


J'aurais bien voulu savoir ce qu'elle entendait par fin ratée, mais alors qu'elle s'apprête à dire pourquoi, elle est coupée par un tiers présent lors de l'entretien qui dit qu'il a aimé le remake,
"Payback".

Pour celle de "Duel dans le Pacifique", on lui a imposé une fin, celle qu'on voit partout, la guerrière, affreusement torchée, et imposé des séquences guerrières, si je me souviens bien. Vivement
une vraie version...


lemmy 25/04/2011 22:42


Un entretien tout récent d'Angie Dickinson : http://www.aintitcool.com/node/49388 dans lequel elle parle de Rio Bravo, de Fuller, de Point Blank et de Payback...

Je l'ai mis ici car j'ai été intrigué par ce qu'elle dit sur Point Blank (l'intervieweur se fait même dédicacer une photo de ce film par l'actrice, ce qu'il montre fièrement dans son article), cad
que pour elle la fin était totalement ratée, qu'elle s'éloignait totalement du script d'origine...


Fred Jay Walk 25/04/2011 23:16



Boorman a souvent du mal avec ses fins. Voir celle tronquée de "DUEL DANS LE PACIFIQUE".



lemmy 04/04/2011 16:12


A l'aune de tout ça, je sens que je vais le revoir... Il y a des films qui sont fait pour être revus, qu'on ne saisit qu'après plusieurs visions, d'autres non...


Dino Barran 03/04/2011 11:37


Long entretien avec John Boorman diffusé hier sur CinéCinéma.
Sur LE POINT DE NON RETOUR, son idée est la suivante : l'objectif que poursuit Walker n'est ni la vengeance, ni l'argent. En réalité il cherche à revenir à la vie.
Boorman explique qu'il a été marqué par ce que lui avait raconté Marvin à propos de son passage chez les Marines qui l'avait traumatisé au point de le "déshumaniser".
Cette idée de retour à la vie présente dans POINT BLANK (qui est totalement cohérente avec l'idée de fantôme) correspond à la vision qu'avait Boorman sur Marvin.
Au passage il balance une vacherie à Gibson pour son remake de 1999, indiquant qu'il a dû récupérer sur un trottoir le premier scénario de POINT BLANK, que Marvin avait balancé par la fenêtre
tellement il était mauvais.


Fred Jay Walk 03/04/2011 11:42



Logique, oui. Et Boorman a parfaitement fait passer le message dans son film.


Quant à "PAYBACK", il est sévère. Le film a ses qualités, même si je suis assez allergique à Gibson, ses grimaces et son
masochisme.



Dino Barran 02/04/2011 11:08


Revu POINT BLANK à la lumière de ton analyse, cher Fred.
Il y a d'autres traits de mise en scène qui militent en faveur de l'idée du fantôme :
Lynne, qui lui confesse ses fautes et ses angoisses comme si elle se parlait à elle-même, alors qu'il est assis à côté d'elle... Curieusement proche du SIXIÈME SENS.
Angie, qui lui dit à plusieurs reprises qu'il est fini, qu'il est mort; affirmation reprise également par Brewster.
Et au moment où Reese, tombe du balcon, ce drap qui vient brièvement recouvrir Walker !
Remarquable roman, bonne adaptation, mise en scène originale et elliptique, excellente interprétation. Une leçon de cinéma.


Fred Jay Walk 02/04/2011 11:27



Bien vu.


J'adore cette scène où Lynne répond à des questions que Walker ne pose pas. Il n'est à ce moment-là qu'un ectoplasme. Un souvenir...



lemmy 14/02/2011 02:11


Je viens de voir "A bout portant"... Voir un tel film ne donne pas envie de voir après-coup autre chose... Glacial et tragique. Marvin est un serpent métaphysique. Un film qui veut montrer qu'on
court en aveugle automate après son enfance, tout est jeu vain. Le dernier geste de Marvin dans le film est éloquent, d'ailleurs, et je me rends compte après cette vision, ce geste est repris
(sciemment et en hommage ?) par Eastwood dans son "Mystic river" dans sa séquence finale.


Fred Jay Walk 14/02/2011 07:58



Eh oui, cet index pointé... Inoubliable... Fondateur de mythe...


Je vais m'atteler bientôt à revoir "THE KILLERS".



Dino Barran 10/02/2011 21:27


Analyse très intéressante et qui donne envie de re-revoir cet excellent film.
Comme tu l'indiques, la présence de Keenan Wynn, intrigante et incongrue, donne une dimension supplémentaire à l'histoire. Une question Fred : voit-on Walker tuer de ses mains une seule personne
dans ce film ? Cela aurait-il une signification ?
Que dire de plus ? Que POINT BLANK après les DOUZE SALOPARDS consacra l'accession de Marvin au vedettariat.
Et si sur ta lancée tu nous chroniquais A BOUT PORTANT ?


Fred Jay Walk 10/02/2011 21:54



Non, je ne crois pas qu'il tue qui que ce soit lui-même. Mal Reese tombe accidentellement du balcon... Et Walker se débrouille pour que les autres s'entretuent. Ce qui renforce la théorie du
fantôme qui n'a pas vraiment prise sur le réel. Il agit comme un remords insidueux.


"A BOUT PORTANT", oui... Il faudra bien y revenir aussi ! La naissance du "personage Lee Marvin" au cinéma.



lemmy 10/02/2011 19:10


100% d'accord avec toi. Probablement mon dernier vrai grand choc cinéma (vu qu'en dvd malheureusement). Et ce genre de choc n'est pas si fréquent ("Hana-Bi"). Je ne peux effacer de ma mémoire le
début où les pas de Marvin continuent de résonner de manière obsédante (Cela me rappelle l'extraordinaire bande annonce de "Serious man" des frères Coen). Et Angie...

On est loin du quasi-remake "Payback" (mais à revoir celui-là).


Fred Jay Walk 10/02/2011 19:44



Leone avait repris le principe du bruit des pas de Walker avec son téléphone qui n'arrêtait pas de sonner de scène en scène dans "IL ETAIT UNE
FOIS EN AMERIQUE". Aussi réussi.


J'aime bien "PAYBACK", même si je ne suis pas fan de Gibson. Et bizarrement, je préfère la 1ère version au director's cut sorti
plus tard. Une fois n'est pas coutume.



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