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18 ans après son « BRONCO APACHE », Robert Aldrich reprend les bases du scénario, inverse les points de vue, et raconte une histoire parallèle avec beaucoup plus de maturité.
« FUREUR APACHE », c'est l’histoire du raid dérisoire d’un Apache échappé de sa réserve avec quelques guerriers, qui viole, tue et brûle pendant plusieurs jours, avec l’Armée à ses trousses.
Mais si Massaï était un personnage héroïque, un rebelle admirable, Ulzana est un assassin sanguinaire. Pour autant, Aldrich ne le juge pas : « Haïr un Apache, ce serait comme détester le désert parce qu’on n’y trouve pas d’eau », dit le vieux scout. « J'ai déjà peur d’eux, ça me suffit ».
Collant à la stratégie militaire d’une escouade menée par un lieutenant inexpérimenté, accompagné du scout McIntosh (Burt Lancaster) et de son pisteur apache Ke-Ni-Tay, Aldrich signe un film aussi âpre et sec que les rocs de l’Arizona, d’une violence souvent atroce mais jamais gratuite. Le parcours psychologique du lieutenant, fils de pasteur, qui tente d’abord de comprendre les Indiens, puis se met à les détester, est le plus intéressant. Mais le véritable héros du film est Ke-Ni-Tay, le renégat calme et lucide, qui a choisi le côté du plus fort sans renier ses racines. Tout l’inverse du Hondo de « BRONCO APACHE », qui était décrit comme un traître odieux.
Le traitement que fait Aldrich de la violence et des tortures, rapproche son film de « LA BATAILLE DE LA VALLÉE DU DIABLE » auquel il fait souvent penser. Mais « FUREUR APACHE » est plus dépouillé, plus maîtrisé, et le réalisateur ne cède jamais au mauvais goût, son péché mignon.

Quelques images sont indélébiles, comme ce plan du soldat qui se suicide pour échapper aux Apaches, et dont la bouche ouverte laisse échapper de la fumée. Ou encore cette queue de chien enfoncée dans la bouche d’un fermier brûlé vif.
McIntosh est un des plus beaux rôles de Burt Lancaster. Fatigué, boucané, sans illusion mais sans aigreur, il est un dinosaure, à l’instar de ceux qu'il traque. Aucune haine en lui, aucune colère, même lorsqu’il est témoin d’atrocités. Cela fait longtemps qu'il a compris. D'ailleurs, quand il voit des soldats s’acharner sur un cadavre d’Indien, cela ne le surprend pas non plus. Sobre, au seuil de la vieillesse, Lancaster est tout simplement magnifique, bouclant après « VALDEZ » et « L'HOMME DE LA LOI » un beau tryptique westernien. Son vieux complice réalisateur lui offre peut-être les plus beaux gros-plans de sa carrière.
« FUREUR APACHE » est un grand film viscéral et asséché de tout pathos hollywoodien, de tout parti-pris, et très certainement le chef-d’œuvre de Robert Aldrich, tous genres confondus.