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Même s’il se présente sous la forme d’une série B horrifique canadienne à budget réduit, interprété par des acteurs inconnus ou en perte de vitesse, « CHROMOSOME 3 » (non, non… Ce titre français n’a rien à voir avec le contenu du film !) est un pur Cronenberg.
Peut-être même le premier qui mérite ce label. Il contient en embryon tout l’univers obsessionnel et malsain du réalisateur et parvient à transcender – et ce n’était pas gagné d’avance ! – un matériau
scénaristique complètement abracadabrantesque.
Oliver Reed, d’une retenue très inhabituelle, joue un psychiatre-gourou qui parvient à extirper les névroses de ses patients en faisant s’exprimer leurs corps. Cela peut se traduire par ses pustules, voire des cancers. Voire pire encore… Car Samantha Eggar a poussé la réussite du procédé un peu loin, en générant des enfants-monstres « nés de sa rage », en véritable « reine des abeilles » monstrueuse et insatiable.
Oui, c'est totalement délirant, mais comme c'est un grand cinéaste (en devenir) qui est aux manettes, c'est également fascinant et jamais grotesque.
On reconnaît la façon de filmer du futur auteur de « LA MOUCHE » : linéaire, frontale, sans le moindre chichi esthétisant. Seule compte l’histoire et celle-ci est tellement tordue, tellement démente, qu'il n’est nul besoin d’en rajouter au filmage. On reste scotché par ce maelström de dinguerie qui, parce qu'il garde le cap de sa propre logique, ne dérape jamais dans le n'importe quoi.
Eggar est hallucinante dans ses monologues en gros-plan, créant un véritable malaise par ses seules expressions faciales. Sa dernière scène est tout bonnement anthologique.
En passant sur l’aspect un peu fauché des décors, sur des seconds rôles pas toujours géniaux, « CHROMOSOME 3 » est une formidable introduction à l’univers malade et intoxiquant de son auteur. Indispensable, autrement dit.