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Quand au début du film, le chef Sitting Bull arrive au « Buffalo Bill Wild West Show » accompagné de son interprète, tout le monde pense que le chef légendaire est le géant au
visage impassible. Raté ! C'est le nabot ratatiné qu’on remarque à peine. Quand s’achève « BUFFALO BILL & LES INDIENS », Sitting Bull est mort et c'est l’interprète qui joue son rôle pendant le show. Parce qu’au fond il ressemblait davantage à l’im
age qu’on se fait d’un grand chef indien que le vrai chef.
Tout le propos de Robert Altman tient dans ces deux séquences apparemment anodines mais d’une profondeur insondable. Film sur le showbiz, sur le star system, sur les mythes du western, sur les mensonges autour desquels s’est bâtie l’Amérique, « BUFFALO BILL & LES INDIENS » est du pur Altman : scénario déstructuré, dialogues improvisés qui se chevauchent en permanence, personnages qui se croisent sans cesse sans vraiment se rencontrer… Cela peut dérouter, mais en l’occurrence, c'est un film incisif, d’une lucidité implacable. Ainsi, Bill Cody lui-même symbolise toutes les stars du
monde. Paul Newman se délecte à composer ce mythomane inepte, égotique et inculte (dès sa première rencontre avec les Indiens, il ne comprend pas le mot « incarcération »), dont tout le charisme tient dans sa perruque. Une courageuse mise en abyme qui écorne cruellement la caste des superstars dont Newman lui-même faisait alors partie.
Autour de lui, Geraldine Chaplin est une Annie Oakley idéale, Harvey Keitel est inattendu en neveu fayot et Burt Lancaster apparaît sporadiquement dans le rôle du reporter qui a « inventé Buffalo Bill ».
Il faut apprécier le style délibérément bordélique d’Altman, le ton bouffon de son dialogue, ses digressions incessantes, ses changements de ton, pour entrer pleinement dans l’univers de ce film. Sans jamais sortir de l’enceinte de ce cirque qui symbolise si bien l’Amérique telle qu'elle aime à se réinventer, « BUFFALO BILL & LES INDIENS » a quelques moments de grandeur, comme cet ultime face à face entre Cody et le fantôme de Sitting Bull, avant que le héros de pacotille n’aille vaincre son avatar emplumé devant son public conquis d’avance. On ne va pas encore une fois citer la fameuse phrase de Ford sur la réalité et la légende, mais… c'est bien de cela qu'il s’agit.