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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 16:42

Un an après « LA FEMME AU PORTRAIT », Fritz Lang semble avoir voulu en faire une sorte de remake drolatique : il réemploie le même trio d’acteurs, trouve un sujet thématiquement RUE ROUGE (1)proche, mais le développe cette fois avec une liberté de ton et un cynisme enjoué qui l’éloignent du pur ‘film noir’ et en font une sorte de variation sur le genre.

« LA RUE ROUGE » met en place un engrenage criminel dont on comprend assez vite les tenants et aboutissants. Mais Lang parvient à surprendre et à dérouter en n’hésitant jamais à plonger dans le rocambolesque le plus total : le pauvre caissier peintre du dimanche (Edward G. Robinson) s’avère être un génie méconnu, ses toiles signées par une fille vulgaire et inculte (Joan Bennett) se vendent à prix d’or. Quant au défunt premier mari de sa virago d’épouse, il revient d’entre les morts dans un rebondissement digne du plus décomplexé des vaudevilles. Et alors qu’on pense avoir compris l’esprit du film, la dernière partie sombre dans le mélodrame plus noir que noir, avec l’exécution d’un innocent et la déchéance du protagoniste devenu à moitié fou.

C'est dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde à la vision de « LA RUE ROUGE », qui manie l’humour noir avec maestria et s’amuse des codes du genre avec une virtuosité jamais prise en défaut. Robinson, vieilli par le maquillage, est excellent en pauvre type faible et médiocre, balloté par la vie. Dan Duryea est formidable en infâme petite frappe, à moitié proxo, véritable parasite sans foi ni loi. Mais c'est Joan Bennett qui leur pique la vedette : elle crève l’écran en garce paresseuse et languide, aussi sexy qu'elle est bête. À l’opposé de son rôle dans le film précédent : quelle belle actrice méconnue !

RUE ROUGE

À voir donc, pour les surprises qu'il réserve, pour le culot de sa narration et l’humour pince-sans-rire qui – comme quoi il faut se méfier des a priori – ne semblait pas être la qualité première de Fritz Lang.

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 08:40

Quel drôle de film que « LA FEMME AU PORTRAIT » ! Avec ses faux-airs de production anglaise, il nous entraîne dans un suspense bâti sur le principe de l’engrenage : fasciné par une toile dans une vitrine, représentant une belle femme, le professeur en criminologie FEMME PORTRAIT (1)Edward G. Robinson tombe nez à nez avec celle-ci, un soir où il a un peu trop bu. Joan Bennett l’invite chez elle et alors que la soirée prend une tournure intime, l’amant de la jeune femme surgit et Robinson doit le tuer en état de légitime défense. Au lieu d’appeler la police, il décide de se débarrasser du corps. À partir de là, tout va de mal en pis.

On suit avec une fascination mêlée d’agacement les pérégrinations de ce suspect lamentable : Robinson accumule les gaffes, les lapsus, les maladresses, les oublis, comme s’il cherchait à se faire prendre. La nuit du meurtre est détaillée avec soin par Fritz Lang, jusqu'à l’exaspération. Alors qu’on souhaiterait des ellipses et des fondus-enchaînés pour en finir, le réalisateur détaille avec une sadique minutie le parcours du combattant de son assassin-amateur. Et c'est très crispant ! Et donc amusant et accrocheur.

Avec son physique replet, son visage tourmenté, son regard enfiévré, Edward G. Robinson occupe l’essentiel du métrage avec une roublardise enthousiaste. Face à lui, la très belle et sensuelle Bennett est idéalement castée et Dan Duryea joue une de ces fripouilles visqueuses dont il avait le secret.

FEMME PORTRAIT

Alors qu’on s’enfonce irrémédiablement dans une machine à broyer, « LA FEMME AU PORTRAIT » nous offre subitement un épilogue tout à fait inattendu et en même temps parfaitement logique. C'est une cerise sur le gâteau qui nous abandonne sur une impression joyeuse et malicieuse, sans laisser sur la frustration d’une « chute » gratuite ou facile. Une jolie variation sur le ‘film noir’. 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 07:30

CONFLICTOn peut aisément confondre « LA MORT N’ÉTAIT PAS AU RENDEZ-VOUS » et « LA SECONDE Mme CARROLLS » tourné deux ans plus tard, car les deux films offrent à Humphrey Bogart à peu près le même rôle d’assassin d’épouse et pour faire bonne mesure, la même partenaire : Alexis Smith. La seule – mais importante – différence, est que ce film-CONFLICT (1)là est entièrement écrit du point de vue du meurtrier, alors que le suivant sera vu à travers les yeux de sa nouvelle épouse.

Drôle d’idée d'ailleurs, d’imaginer ‘Bogie’ dans cet emploi de bourgeois malmené par sa mégère de femme. À l’aise dans son rôle archétypique d’aventurier misanthrope, cynique et sentimental, l’acteur n’était pas le roi de la composition et il paraît souvent mal à l'aise en époux amer, calculateur qui tue sa femme pour convoler avec la jeune sœur de celle-ci. Quand la morte revient le hanter, Bogie panique : est-ce un fantôme ? Est-elle toujours vivante ? Est-il le jouet d’une machination ? Il ne faut pas être un grand spécialiste du polar pour deviner le fin mot de l’histoire et la « chute » tombe complètement à plat. Se peut-il que quelqu’un ait été surpris en 1945 ? Dans ce cas, on était bien naïf, en 1945 !

Soigneusement réalisé, le film ne passionne guère. Surtout, nous l’avons dit, parce que Bogart n’est pas tout à fait lui-même. Malgré son imper mastic et son chapeau habituels, il se contente d’écarquiller les yeux à intervalles réguliers, de crisper les mâchoires pour transmettre les angoisses de son personnage. Mais tout cela semble artificiel et forcé. On le préfère définitivement en ‘privé’ ou en patron de boîte de nuit marocaine ! À ses côtés, dominant un casting extrêmement faible, on retrouve un de ses partenaires familiers, le « fat man » Sidney Greenstreet, qui cabotine aimablement dans un rôle absurde de psychanalyste amateur de roses.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 07:53

Littéralement sorti de nulle part, vendu comme un vulgaire DTV avec flic, serial killer et blonde sulfureuse, une ‘tagline’ qui tue et un titre français tenant du pur n'importe quoi, « TRAQUÉS » n’a rien pour attirer le chaland. Enfin, si… La présence de Russell Crowe au générique intrigue tout de même. On ne le savait pas (encore) obligé de tourner des séries B alimentaires…

Un coup d’œil plus attentif nous apprend que le réalisateur a fait ses armes dans un suspense médiiocre avec De Niro et a tourné des épisodes de séries TV à la mode. En fait, contre toute attente, « TRAQUÉS » n’a rien d’un DTVTRAQUES d’action. C'est une sorte de ‘road movie’ existentiel, dans lequel l’auteur s’amuse à prendre des archétypes du polar pour les tordre et les retourner : Crowe joue un flic, oui. Mais un semi-retraité complètement lessivé et dépressif, dont la femme végète dans un coma dépassé et qui colle aux basques d’un tueur presque par désœuvrement. Jon Foster n’a rien d’un tueur en série de cinéma : c'est un jeune psychopathe placide et plutôt séduisant, incapable de résister à ses pulsions homicides. Mais celle qui vaut qu’on voie absolument ce film, c'est Sophie Traub, une inconnue saisissante, incarnant une « pauvre fille » à la fois ravissante et ingrate, lumineuse et instable, qui s’accroche au tueur, en espérant qu'il lui donnera un jour le « baiser de la mort ». Magnifique numéro d’équilibriste, qui culmine à la fin dans une scène au milieu d’un lac. On entendra sûrement reparler de l’étonnante Sophie. On retrouve avec plaisir Laura Dern dans un second rôle de tante inquiète.

Bien filmé, sans aucun effet ostentatoire, monté avec fluidité, d’une lenteur délibérée et parfaitement maîtrisée, « TRAQUÉS » sans être un grand film, parvient à happer le spectateur dans son rythme de mauvais rêve et à l’emmener sans brutalité jusqu'à son dénouement inévitable. À voir donc, en oubliant son regrettable ‘packaging’. Pour l’admirateur découragé de Russell Crowe, c'est un véritable souffle d’air frais, au milieu de ses dernières prestations bouffies : l’acteur n’a pas été aussi bon et concerné depuis bien longtemps. À découvrir.

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 08:15

On avait plutôt bien aimé le précédent film du réalisateur et l’affiche de « UN FLIC POUR CIBLE » (arrrghhh ! Ces titres français…) incitait à la plus grande curiosité.

Reprenant exactement les mêmes principes narratifs, c'est-à-dire les allers-retours passé-présent, la présence du quartier du Queens comme toile de fond, le protagoniste hanté par un FLIC CIBLEpéché mortel, etc., Dito Montiel ne fait que se répéter et la maladresse de son casting rend son film à peu près inefficace : les rôles principaux, Channing Tatum et Katie Holmes sont insuffisants, les contremplois sont incompréhensibles : le comique Tracey Morgan (« 30 ROCK ») en débile mental et… Juliette Binoche en journaliste new-yorkaise (?) et les ‘guests’ de prestige que sont – excusez du peu ! – Ray Liotta et Al Pacino, ont déjà joué ces rôles-là des dizaines de fois. Le second surtout, n’est pas crédible une seconde en flic fatigué, tout bêtement parce qu'il ressemble trop à… Al Pacino. Problème des acteurs qui passent un certain stade de renommée et deviennent des légendes de leur vivant.

Pourtant, le ‘pitch’ est intéressant et même accrocheur, les flash-backs sont parfois intenses. Tellement d'ailleurs, que les retours au présent en deviennent décevants et creux en comparaison. Mais la réalisation est maladroite, la technique hasardeuse (trop de caméra bougée, trop de plans flous) et le scénario explore trop de pistes qu'il ne mène jamais jusqu'au bout (la maladie de la petite fille). Drôle de film donc que « UN FLIC POUR CIBLE » (décidément, on dirait vraiment un titre de DTV pour Dolph Lundgren !), qui promet beaucoup plus qu'il le ne tient et gère mal son mélange de recherche d’authenticité et de star system à outrance. C'était déjà le problème de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS LE QUEENS », il est ici accentué.

Pas mauvais à proprement parler donc, surtout si on se réfère aux flash-backs très réussis, mais trop souvent à côté de la plaque.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 09:00

Réalisateur de deux honorables 007, des deux ‘Zorro’ avec Banderas, Martin Campbell signe avec « HORS DE CONTRÔLE » l’adaptation d’une minisérie anglaise qu'il réalisa en 1985. Et à vrai dire, c'est bien là tout le problème : le long-métrage semble dater de cette période !EDGE

Il est des films dont la mayonnaise ne prend pas. Trop d’infos, trop de blablas, un suspense inexistant, une émotion frelatée, des clichés à chaque détour de plan. « HORS DE CONTRÔLE » est un polar inerte, sans la moindre étincelle de vie, à l’image de la prestation de Mel Gibson. Subitement vieilli, éteint, l’acteur refait laborieusement ce qu'il faisait déjà il y a vingt ans sans y croire une seconde. La magie a disparu et on ne peut s’empêcher de penser à Burt Reynolds qui avait connu la même disgrâce bien avant Gibson. Deux acteurs charismatiques de films d’action, des n°1 du box-office qui, du jour au lendemain, voient leur carrière se transformer en long accident industriel. Pourquoi ce désamour ? Souvent pour des raisons extra-cinématographiques. Toujours est-il que le masque ridé, figé de l’acteur, semble émerger des brumes du passé et n’aide certes pas à adhérer au film. Qu'ils semblent loin ‘Mad Max’ et ‘Martin Riggs’ !

Un flic voit sa fille assassinée sous ses yeux. Il enquête et plonge dans un univers de fabricants d’armes, d’industriels véreux, de ripoux de tous bords. Le sujet en vaut un autre, mais le scénario est scolaire, le montage abrupt et trop elliptique, les fusillades tombent comme des cheveux sur la soupe, comme des passages obligés placés là pour réveiller le spectateur de temps en temps. Vraiment rien à sauver de ce fossile sur pellicule, pas même l’excellent Ray Winstone qui se traîne dans un rôle incompréhensible de nettoyeur british.

Il paraît que Gibson a récemment tourné « GET THE GRINGO », qui pourrait effacer la triste impression de ses dernières tentatives de comeback. Espérons !

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 09:26

C'est vrai, « KILLING FIELDS » n’a rien de très engageant et ressemblerait même à un vulgaire DTV : c'est signé par une « fille de » (Michael Mann, en l’occurrence), c'est soi-disant « inspiré de faits réels », c'est une énième enquête sur les crimes d’un serial killer en Louisiane. Pas mal de raisons de fuir ventre à terre, autrement dit. Pourtant, sans être un KILLINGchef-d’œuvre ni même une révélation, ce polar chic et esthétisant possède des qualités qui méritent l’attention.

D’abord un cast magnifique : on retrouve les grands de demain que sont la petite Chloë Moretz, l’hyperactive Jessica Chastain sous-utilisée dans un rôle de fliquette dure à cuire, les excellents Jeffrey Dean Morgan et Sam Worthington formant un tandem de flics original, ainsi que la toujours formidable Sheryl Lee en junkie ravagée, qui semble apporter un peu de l’univers de David Lynch dans son sillage. Dommage que deux des héros de la série « BROTHERHOOD », Annabeth Gish et Jason Clarke n’aient que des quasi-figurations, ils méritent beaucoup mieux. Tous ces comédiens chevronnés prêtent leurs visages à des personnages étranges, décalés, qu’on devine plutôt qu’on ne comprend.

L’autre force de « KILLING FIELDS » est une atmosphère à couper au couteau : une photo sublime, une bonne utilisation du CinémaScope, des cadrages bizarroïdes, dérangeants, où on sent parfois l’influence paternelle, tout comme dans une fusillade en pleine ville, d'ailleurs, qui renvoie instantanément à « HEAT ».

C'est d’avantage grâce au soin apporté au détail et à la plastique de l’image, qu’on s’intéresse à ce film, plutôt qu’à un scénario rabâché, vu et revu dans n'importe quelle série télé. Et aussi au personnage de flic new-yorkais exilé dans le Sud, incarné par l’intéressant Jeffrey Dean Morgan, un homme torturé et profondément religieux, confronté au Mal.

À ne pas jeter aux orties donc, ce polar prenant qui aurait vraiment mérité un scénario aussi soigné que sa mise en images. Mais dans l’ensemble, une plutôt bonne surprise.

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 16:17

GOLDENNEEDLES (2)« L’AVENTURIÈRE DE HONGKONG » est un curieux métissage entre les bandes d'aventures GOLDENNEEDLES (1)exotiques comme en tournait jadis Bogart et les films de baston hongkongais. À la barre, le réalisateur de « OPÉRATION DRAGON » qui retrouve Jim Kelly (et sa coupe afro) de ce précédent opus et remplace Bruce Lee par un Joe Don Baker en net surpoids.

Le scénario tient du plus total n'importe quoi : c'est une chasse au trésor entre Hongkong et L.A. avec pour enjeu une statuette antique piquée d’aiguilles d’acupuncture capables de redonner vigueur sexuelle aux vieillards les plus cacochymes (sic !). DeGOLDENNEEDLES (3) vilains trafiquants chinois sont sur le coup, un milliardaire yankee aussi, incarné par Burgess Meredith en roue-libre qui se croit encore en train de jouer le Pingouin dans la série « BATMAN ». Elizabeth Ashley sert d’entremetteuse et engage le baroudeur exilé Baker pour l’assister.

Après, ce ne sont que poursuites interminables servant de dépliant touristique pour la ville mythique, bagarres moyennement réglées et séquences de comédie pachydermiques. Et pourtant, malgré tout cela, le film demeure sympathique par son manque de complexe et de rigueur : on sent vraiment pendant 90 minutes la bande de copains partis faire la foire à l’Étranger et accessoirement, ramener un semblant de film à la maison pour justifier leurs GOLDENNEEDLESdéfraiements. Le tout est enrobé d’une BO primesautière de Lalo Schifrin, lui aussi en vacances.

Si Miss Ashley – qui n’a jamais été une reine de beauté – est un drôle de choix pour jouer cette femme fatale sans scrupule, Baker paraît s’amuser beaucoup et assure lui-même les cascades. Avec de meilleurs films à son palmarès, on se dit qu’avec son évidente présence physique, il aurait pu faire une bien plus belle carrière de ‘tough guy’ dans les années 70. Ici, il joue un rôle à la Bogart à la manière morose et détachée d’un Brando de série B.

Il faut avoir vu l’incroyable séquence – manifestement improvisée – où après avoir folâtré dans une chambre d’hôtel, Ashley demande à Baker complètement nu (mais heureusement hors-champs !) de tourner sur lui-même, avant de déclarer, extatique : « You’re beautiful ! ». Anthologique.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 09:27

KEEPER (2)Le personnage central de « LA FLAMME SACRÉE » est un héros national américain, un « grand homme », un modèle idolâtré par les foules, une sorte d’Abraham Lincoln du 20ème siècle. Ce surhomme meurt pourtant dès la première minute du film et c'est KEEPER (1)l’enquête que va mener un journaliste pour écrire sa biographie que l’on va suivre.

Tourné en pleine WW2, « LA FLAMME SACRÉE » est un curieux mélodrame qui va puiser son imagerie dans la littérature anglaise du style Daphné DuMaurier, qui emprunte au ‘whodunit’, voire au fantastique, pour s’achever en pamphlet anti-fasciste tout à fait étonnant. Que raconte finalement George Cukor ? Que la « bête immonde » peut nicher n'importe où, qu'il faut se méfier des icônes, ne jamais déifier un homme quel qu'il soit et ne pas être dupe des trop belles légendes. Ce discours éminemment politique est enrobé d’une atmosphère particulière accentuée par le tournage en studio. Les décors sont superbes, baroques et renvoient aux contes de fées (la maison deKEEPER la vieille mère du héros) et la photo est tout simplement sublime. Chaque gros-plan de Katharine Hepburn, qui joue la veuve ambiguë, ressemble à un portrait des studios Harcourt !

Le tandem Hepburn-Spencer Tracy est donc reformé ici, quelques semaines après « LA FEMME DE L’ANNÉE », dans un tout autre emploi : elle en héroïne tourmentée, entourée de mystère, presque fantomatique, lui en reporter de guerre usé et désenchanté, obsédé par la vérité. Quelle qu'elle soit. Des rôles pas très incarnés, presque symboliques où leur personnalité demeure en retrait. Ils sont très bien entourés d’excellents seconds rôles comme Margaret Wycherly en semi-démente, le tout jeune Forrest Tucker jouant parfaitement les fausses-pistes ou le toujours délectable Donald Meek en patron d’hôtel.

Le scénario n’est pas exempt de défauts. En fait le mystère ne tient que parce que les protagonistes tiennent leur langue et l’histoire piétine à plusieurs endroits, mais en décrivant de façon romanesque le schéma qui crée des Hitler, « LA FLAMME SACRÉE » mérite le respect.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 16:00

12 H GARE (2)« MIDI, GARE CENTRALE » est un excellent suspense, sec et sans digression, qui entre immédiatement dans le vif de son sujet et ne perd pas de temps en intrigues secondaires ou en respirations superflues.

Témoin d’un kidnapping, une jeune femme prévient la police de la gare centrale de Chicago. Ceux-ci vont filer les malfaiteurs et tenter de déjouer leurs plans sans mettre la vie 12 H GARE (1)de l’otage en danger. Sur cette trame simple, Rudolph Maté maintient une formidable tension pendant 1 H 20, ne relâche jamais la pression et parvient à caractériser ses personnages dans l’action. Les décors naturels sont très bien exploités et la fin dans les couloirs du métro plongés dans la pénombre, est encore très stressante. À peine pourra-t-on tiquer un peu sur les policiers qui semblent tous avoir dépassé – et de beaucoup ! – l’âge de la retraite et sur le personnage de l’otage aveugle, dont la seule fonction est de pleurer et de hurler de façon stridente. On est presque soulagé quand le kidnappeur lui envoie des baffes pour la calmer !

Celui-ci étant incarné par Lyle Bettger, spécialiste des ‘bad guys’ brutaux et inhumains, le film en bénéficie énormément, car on sait d’emblée qu'il n’y a aucune pitié ou fair-play à attendre de ce type-là. Face à lui, William Holden joue le flic, mais il se fait littéralement bouffer par ce vieux briscard de Barry Fitzgerald avec sa tête de lutin irlandais, qui campe un commissaire rusé et blanchi sous le harnais. Holden, avec son style sobre et effacé, n’avait aucune chance ! Parmi les seconds rôles, on reconnaît Jan Sterling qui apparaît dans trois ou quatre séquences en girl friend de Bettger. Elle a une belle scène d’agonie à l’hôpital, d’un total réalisme.

12 H GARE

Chapeau bas donc, à un thriller en noir & blanc datant de plus de 60 ans et qui parvient encore à tenir en haleine, sans qu’on ait à faire d’effort ou à faire preuve d’indulgence. Un bon film, c'est un bon film…

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