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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 17:23

CHARLEY VARRICK (2)Si le polar des années 70 devait être synthétisé en un seul film, ce serait probablement « TUEZ CHARLEY VARRICK ! ». Le scénario d’une grande virtuosité sous des dehors de CHARLEY VARRICK (1)thriller ‘hard boiled’, le dialogue acéré, la mise en scène auCHARLEY VARRICK (4) cordeau de Don Siegel, la misogynie effrayante, l’apologie décomplexée de l’individualisme, tout est réuni pour un film qu’on peut regarder 40 ans après sans la moindre nostalgie, avec la même excitation qu’à sa sortie.

En fait, la grande idée de Siegel réside dans le casting de son personnage principal. N'importe qui aurait donné ce rôle d’ancien aviateur acrobatique, de dur à cuire devenu braqueur de banques à Clint Eastwood (auquel il est d'ailleurs CHARLEY VARRICKadressé un petit clin d’œil amical) ou Steve McQueen. Le film aurait probablement très bien fonctionné aussi. Mais penser à Walter Matthau, acteur de comédie spécialisé dans les râleurs blasés, tient du pur génie.

Varrick n’a rien d’un héros. C'est un type banal, un gagne-petit sans envergure mais qui agit en professionnel. Quand sa femme est tuée dans un hold-up, il ne s'arrête que CHARLEY VARRICK (3)quelques secondes pour assister à son agonie puis… la fait brûler avec sa voiture. Quand un complice se montre gourmand, il n’hésite pas à le sacrifier sans état d’âme et assiste de loin à sa mise à mort sans intervenir. Pris entre le FBI, la mafia, des intermédiaires délateurs, un tueur sans pitié, Varrick va passer entre les gouttes avec la maestria d’un champion d’échecs. À se demander ce qu'il faisait avant d’être aviateur !

C'est la personnalité opaque et fascinante de Matthau qui cimente tout le film, lui donne un poids d’humanité et de mystère. À la manière de « MR MAJESTYK », c'est un ‘working class hero’, un débrouillard qui n’a peur de rien. Il évolue dans son univers qui est celui de l’Amérique rurale, avec ses villages de mobil homes, ses petites villes endormies. La seule fierté de Varrick, c'est d’inscrire sur sa carte de visite : « Le dernier des indépendants ». Quelques mots qui le résument entièrement.

Siegel a fait un travail d’orfèvre sur les seconds rôles, tous ciselés jusqu'au moindre figurant : Joe Don Baker est formidable en ‘hitman’ texan au physique de gorille mais tiré à CHARLEY VARRICK (5)quatre épingles et parlant un langage châtié. À un Noir qui l’a insulté et qu'il vient de mettre KO, il dit « Je permets à peu de gens de me parler sur ce ton. Quelques caucasiens… Mais absolument aucun nègre ». Quand il veut coucher avec une femme et qu'il sent un soupçon de résistance, une bonne baffe règle le problème. C'est l’excellente Sheree North qui se prend d'ailleurs la dite-baffe avec grâce. Andy Robinson, le ‘Scorpio’ de « L’INSPECTEUR HARRY » est parfait en voyou imbécile et John Vernon crève l’écran en banquier aussi élégant et classieux qu'il est pourri.

Musiqué – cela va pratiquement sans dire ! – par Lalo Schifrin, tourné sans chichi, « TUEZ CHARLEY VARRICK ! » est un polar exemplaire, qui n’a pas pris une ride, même s’il est profondément enraciné dans son époque. Ou peut-être grâce à cela ?

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 07:34

SOB (1)« S.O.B. » (Standard Operational Bullshit) n’est peut-être pas le meilleur film de Blake Edwards, mais c'est certainement son plus intimement personnel. À l’approche de la soixantaine, le réalisateur s’en prend violemment à Hollywood avec une virulence et un fiel déconcertants, se vautre sansSOB (5) aucune retenue dans un humour revanchard et souvent ‘réac’ et parle sans faux-SOBsemblants de sa tentation du suicide. À priori rien de bien comique, donc. À part que l’humour aigre du scénario, son agressivité, sa méchanceté ricanante finissent quand SOB (2)même par faire rire et qu’on sent que les auteurs savent vraiment de quoi ils parlent.

Le film commence par l’infarctus d’un quidam qui fait son jogging sur la plage de Malibu. Il meurt et son cadavre va laisser tout le monde indifférent pendant des jours, être emporté par les vagues, ramené sur la plage et ponctuer ainsi le film d’une symbolique sans ambiguïté.

Le héros de « S.O.B. » est un producteur (Richard Mulligan) au bout du rouleau, dont le ‘musical’ s’est planté au box-office. Alors en pleine dépression, hébété d’antidépresseurs, il a une idée géniale : le re-tourner en porno ! Et utiliser l’image de sa femme (Julie Andrews, SOB (3)Mme Blake Edwards à la ville), idole des petits enfants, pour la dénuder. Edwards assume la vertigineuse mise en abyme, tire tous azimuts, ne fait pas mouche à chaque fois et ses discours sur la décadence du cinéma sont plutôt embarrassants. Reste qu'il est à son meilleur dans la description des parasites hollywoodiens : Robert Webber fabuleux en attaché de presse couard et incontinent qui s’oublie à chaque émotion forte, Robert Preston en médecin dangereux, Robert Vaughn en ‘mogul’ faisant l’amour en guêpière, sont des silhouettes joliment croquées. En réalisateur revenu de tout, William Holden expose flegmatiquement sa méthode de suicide : à coups de whisky quotidien.

Certaines séquences sont très réussies : la ‘party’ où Mulligan trouve sa grande idée avant de se faire vomir sur la tête par Webber, le cadavre du même Mulligan (oui, le héros meurt au beau milieu du film !) dérobé par ses amis qui organisent un poker avec lui (anecdote piquée à Raoul Walsh et Errol Flynn), le fameux numéro où « Mary Poppins » rebaptisée Peter Pan, complètement stoned expose ses nénés…

Mais « S.O.B. » pâtit aussi de son ton satirique trop systématique, de sa galerie de râclures écœurantes (malaise qu’on retrouvera dans « THE PLAYER », autre film sur Hollywood) qu’on a du mal à suivre pendant deux heures et d’une vision parfois dépassée du cinéma qu’on ressent dans quelques réflexions amères qui trahissent l’âge du réalisateur et ses angoisses existentielles.

SOB (4)

Parmi les seconds rôles, on aperçoit Shelley Winters en agent lesbienne, la toute jeune Rosanna Arquette en groupie bien roulée, Larry Hagman en va-chercher et Loretta Swit en ‘columnist’ tête-à-claques.

« S.O.B. » est un film foisonnant, bordélique, un peu bourratif, difficile à aimer par son acidité et son amertume, mais qui provoque quelques francs éclats de rire. Blake Edwards avait visiblement tant à dire sur son métier, qu'il en a parfois oublié le public. Mais même si ce n’est pas son chef-d’œuvre, cela restera certainement son œuvre la plus cathartique.

 

À NOTER : le film sortit en France après « VICTOR/ VICTORIA » alors qu'il fut tourné avant. L’affiche remplaça la tête du taureau du poster U.S. par un visage de Larry Hagman, pour profiter du succès de « DALLAS », alors que celui-ci n’a qu’un rôle secondaire peu mémorable.

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 20:31

ROBIN MARIAN (3)Depuis les années 70, le mythe Robin des Bois a été passé à toutes les sauces. Il a pris le brushing de Kevin Costner et la trogne de Russell Crowe, il a même été un renard de ROBIN MARIAN (1)cartoon, un héros de télé. Aussi se rend-on mal compte aujourd'hui de la surprise que fut en 1975 l’apparition sur les écrans d’un Robin grisonnant, crasseux, cul-nu sous sa robe et pas très futé. C'est pourtant le portrait qu’en brosse RichardROBIN MARIAN (6) Lester dans « LA ROSE ET LA FLÈCHE », sous les traits d’un Sean Connery « déglamourisé » au possible.

L’action commence après les croisades, des années après les hauts-faits de Robin. Il revient fatigué, ruiné, perclus, désillusionné surtout. À son retour, il retrouve ses anciens compagnons devenus des semi-clochards, sa Marian adorée (Audrey Hepburn) entrée dans les ordres. Et le shérif de Nottingham qui veut toujours sa peau. Ne serait-ce que par habitude.

Tourné en Espagne pour un budget minuscule, « LA ROSE ET LA FLÈCHE » est un petit chef-d’œuvre inespéré où cohabitent l’ironie et l’émotion sans jamais se faire d’ombre. ROBIN MARIANMême s’il est au seuil de la vieillesse, même s’il ne se bat plus tout à fait aussi bien qu’avant, Robin reste un héros. La preuve ? Il parvient à raviver la flamme depuis longtemps éteinte de l’amour de Marian. Et c'est un film poignant, qui parle de l’envers de la médaille, des horreurs commises au nom de Dieu : le récit que fait Connery d’un carnage pendant les croisades est saisissant. Mais c'est aussi un film sur l’amour fou, l’amitié absolue, l’estime entre guerriers, entre ennemis. Le duel final entre Connery et Robert Shaw jouant le shérif, est un sommet du film : deux hommes encore vigoureux, qu’on voit s’épuiser peu à peu, se mutiler, se donner des coups mortels, tout en ayant du mal à soulever leurs épées. On voit leur sang imbiber la prairie, suinter entre les cotes de mailles. Qu'il est loin, Errol Flynn !

ROBIN MARIAN (5)

Autour d’un Sean Connery absolument impérial, qui donne à Robin une sorte de virilité imbécile mais touchante, teintée de naïveté et d’héroïsme suicidaire, le casting est éblouissant : Nicol Williamson est un parfait Petit-Jean fidèle comme un dogue et Richard Harris trouve un de ses plus beaux rôles en Richard-Cœur-de-Lion vaniteux et arrogant, qui disparaît au bout d’un quart-d’heure. Mais quel quart-d’heure ! Et on aperçoit aussi Denholm Elliott, Ian Holm et même la toute jeune Victoria Abril.

Ajoutons une BO magnifique de John Barry, un humour sous-jacent permanent et « LA ROSE ET LA FLÈCHE » s’inscrit dans la légende de Robin Hood, comme un « 20 ans après » à la façon d’Alexandre Dumas.

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 14:42

FATAL INSTINCT (1)Inspirés des pastiches en BD de « MAD MAGAZINE », les « ZAZ » ont créé un genre comique avec « Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ? » et la série des « NAKED GUN » FATAL INSTINCTavec le regretté Leslie Nielsen. Depuis, beaucoup d’autres – et pas des plus fins ! – ont suivi leur route. FATAL INSTINCT (2)

Carl Reiner avec « FATAL INSTINCT », s'attaque aux polars ‘sexy’, prenant pour modèles le maître-étalon du sous-genre : « ASSURANCE SUR LA MORT », mais aussi « LA FIÈVRE AU CORPS » (en majorité), « LES NERFS À VIF » (celui de Scorsese), « BASIC INSTINCT » et évidemment « FATAL ATTRACTION » (d'où le titre...), sans oublier quelques films de Julia Roberts.

Il est toujours amusant de voir comment les auteurs parviennent tant bien que mal à retomber sur leurs pieds, avec une pseudo-intrigue mêlant trois ou quatre histoires ultra-référencées et dont l'unique finalité est de faire rire. Sur 90 minutes, ça n'a rien d'évident. FATAL INSTINCT (3)Mais il y parvient et représente le parfait exemple du plaisir coupable.

« FATAL INSTINCT » fait souvent sourire, parfois rire et il doit beaucoup à Armand Assante qui suit les pas de Leslie Nielsen en jouant au premier degré ce rôle de flic-avocat (c'est lui qui arrête les suspects avant d'assurer leur défense !) abruti et portant d'immondes costumes bleu pétrole.  Ses partenaires sont au diapason, en particulier Sean Young en femme fatale ennemie des sous-vêtements ou James Remar pastichant De Niro. Les autres rôles féminins étant tenus par Kate Nelligan et Sherilyn Fenn, on n’a pas trop à se plaindre.FATAL INSTINCT (4)

Bien sûr, cela ne vole jamais bien haut et la lassitude s'installe par endroits, mais l'entreprise est sympathique. C'est joliment filmé et certains clins d'œil sont vraiment inspirés : ainsi, le saxophoniste suivant partout Sean Young pour créer une ambiance sexy autour d'elle ou la danse frénétique de Assante en talons-aiguille rouges vif. Potache mais amusant.

Nous garderons une pensée émue pour l’exquise finesse de l’affiche et surtout pour le braqueur de banques portant un bas sur le visage qu'il n'ôte jamais, même à son procès. Quand on voit sa femme et ses enfants parmi le public, ils portent eux aussi un bas sur la figure ! Cultissime !

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 12:59

WHITE DOG (1)Délibérément archaïque par sa structure scénaristique, sans digressions et d’une sobriété inhabituelle chez le réalisateur (hormis quelques ralentis d'époque qui datent un peu l’ensemble), « DRESSÉ POUR TUER » adapté d’un roman de Romain Gary, est un WHITE DOGmanifeste antiraciste d'une violence absolue.

Une fois la haine inoculée dans l’esprit du chien blanc, même s'il est « déprogrammé » et ne ressent plus le besoin d'égorger des Noirs, il subsiste l'essentiel : la nécessité deWHITE DOG (2) haïr. Une tare bien humaine, inguérissable qui lui a été inoculée très jeune par ses premiers maîtres. La scène où le brave papy et ses petites-filles viennent récupérer le chien et qu'on réalise qu'il s’agit là de l'homme qui en a fait la bombe à retardement qu'il est devenu, est superbe de simplicité et d'efficacité : non « la bête humaine » ne ressemble pas à une gargouille venue des enfers. Il ressemble à tout le monde. À vous et moi.

Le film doit énormément à Paul Winfield qui campe le dresseur pour qui le chien devient le WHITE DOG (3)symbole de tout son parcours humain et professionnel. Et au-delà, des infamies subies par l’Afro-Américain depuis des décennies. L'animal lui-même (plusieurs en fait, comme l'indique le générique) est magnifiquement filmé. Son dernier plan, comme crucifié au centre de l'arène, est d'une puissance incroyable. Le reste du casting, Kristy McNicol ou le vétéran Burl Ives semble un peu terne, mais ne handicape jamais le film.

Samuel Fuller a signé de bons films, un ou deux chefs-d'œuvre comme « NAKED KISS » ou la version longue de « THE BIG RED ONE ». « DRESSÉ POUR TUER » fait partie de ses plus belles réussites, au point qu'on passe l'éponge sur des petits détails démodés, sur quelques clins d'œil inutiles à Truffaut et un coup de gueule très ‘réac’ contre « STAR WARS ». La BO signée Ennio Morricone est très jolie mais parfois envahissante.

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 09:58

Z (1)À sa sortie, « Z » était un chant d’amour pour la Grèce martyrisée et un cri de révolte contre la dictature des colonels, poussé par Costa-Gavras, réalisateur exilé en France. ZAujourd'hui, alors que la plupart des films « politiques » ont terriblement vieilli ou perdent parfois jusqu'à leur raison d’être, « Z » demeure un thriller viscéral et puissant, foisonnant de personnages bien brossés, de comédiens exceptionnels et portéZ (2) par une BO obsédante de Mikis Theodorakis, écrite depuis sa prison. Gavras avait été critiqué à l’époque pour ce mélange des genres. Le temps lui a donc donné raison. « L’AVEU » par exemple, film beaucoup plus respecté par la critique, n’a finalement pas connu une telle pérennité.

Malgré une durée tout à fait raisonnable, « Z » parvient à épouser le point de vue de plusieurs protagonistes : un petit journaliste opportuniste (Jacques Perrin, également producteur), des militants opprimés et surtout un juge. Personnage terne, parfaitement Z (4)intégré au système, au physique passe-muraille, ce dernier va peu à peu ouvrir les yeux et basculer du côté des victimes. C'est un des meilleurs rôles de Jean-Louis Trintignant d’une rigueur sans défaut, dans un rôle-symbole auquel il parvient à donner du relief par quelques réactions infimes, des esquisses de sourires, des inflexions de voix. Du grand art !

La construction du scénario est elle aussi d’une modernité étonnante, intégrant un principe de flash-backs « menteurs », d’illustrations d’évènements racontés en voix ‘off’, évitant le manichéisme hormis pour ce qui est des militaires, présentés comme des fantoches malfaisants et magnifiquement incarnés par Pierre Dux ou Julien Guiomar délectables d’infamie impunie.

Palpitant, direct, pulsant dans son rythme, « Z » est – nous l’avons dit – un festival de comédiens : Yves Montand incarne brièvement le député assassiné, mais sa présence hante tout le film, Irène Papas dans le rôle de sa veuve, symbolise à elle seule la tragédie de laZ (3) Grèce, introduisant par sa seule présence les auteurs antiques. Charles Denner est formidable en militant fiévreux et vibrant de révolte et Marcel Bozzuffi trouve son meilleur rôle en voyou amoral à l’inquiétante jovialité. Son face à face avec Trintignant dans le bureau du juge est un régal dont on ne se lasse pas. Sans oublier Jean Bouise, Georges Géret, Bernard Fresson, Magali Noël, Renato Salvatori ou François Périer grandiose en préfet onctueux et faux-jeton.

Porté par une profonde révolte, « Z » a miraculeusement traversé les décennies et éblouit encore par son efficacité sans ostentation et la force de son message.

À noter que les éditions Criterion ont récemment réédité le film aux U.S.A. dans une copie immaculée.

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 07:07

OFFENCE (3)Jamais sorti en salles en France malgré la popularité de Sean Connery et le prestige entourant généralement le nom de Sidney Lumet, longtemps inédit en vidéo « THE OFFENCE » a récemment refait surface grâce au DVD, lui rendant la place qu'il mérite dans la filmo des deux hommes.OFFENCE (2)

« THE OFFENCE » est un chef-d'œuvre d'une noirceur totale tiré d'une pièce de théâtre, fouillant dans les tréfonds de l'âme humaine avec une terrible acuité. Le face à face entre le flic dépressif et le suspect pervers OFFENCEatteint des sommets et Ian Bannen aurait largement mérité un Oscar pour sa performance hallucinante.

En sergent malsain, minable et violent, Connery trouve peut-être le rôle de sa vie (il s'est d'ailleurs longtemps battu pour tourner ce film à tout petit budget) et se montre d'une ambiguïté dont on le croyait incapable. À mille lieux de la sophistication de 007 ou du charisme goguenard de ses autres grands rôles, il incarne Johnson avec un réalisme absolu : bas du front, névrosé, limite bestial, imprévisible. Un rôle à la Richard Burton dont il s’acquitte magnifiquement.

À la fin du film, on ne sait rien de plus qu’au début, on est même encore plus perdu : OFFENCE (1)Bannen est-il vraiment le violeur de fillettes ou juste l'incarnation de la mauvaise conscience de Connery ? Ce dernier ne serait-il pas lui-même le serial killer ? Ses « visions » sont-elles des fantasmes ou des souvenirs ?

Lumet laisse les questions en suspens, finissant son film sur un malaise terrible, accentué par l’image verdâtre, étouffante, délibérément vilaine de Gerry Fisher. « THE OFFENCE » n'est pas à mettre entre toutes les mains : le ton est théâtral, la technique des flash-backs légèrement désuète, l'ambiance déprimante.

À retenir, la longue séquence d’une cruauté inouïe entre Connery et Vivian Merchant – grande comédienne de théâtre – qui joue sa femme éteinte et ingrate. Un grand moment.

Un film à rapprocher de « GARDE À VUE » de Claude Miller, qui explore les mêmes territoires sans sonder aussi profond. Un excellent double-programme, assurément.

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 09:03

SECONDS (1)« L’OPÉRATION DIABOLIQUE » (encore un titre français bien ringard) sans être un chef-d’œuvre, a marqué à vie tous ceux qui l’ont vu. À le revoir aujourd'hui, il a pris SECONDSquelques rides tout en demeurant une œuvre captivante.

Dès les premières images, la sensation d'oppression est là : focales déformantes, extrêmes gros plans de visages en sueur, cadres penchés, montage elliptique, tout est mis en action pour créer le malaise, le mal-être, déstabiliser le spectateur. Le SECONDS (2)problème vient du fait que John Frankenheimer a trouvé un système de mise en scène et s’entête à filmer toutes ses séquences de la même façon, jusqu'à uniformiser son film et finalement réduire son pouvoir hypnotique.

Le scénario de Lewis John Carlino (futur auteur du « FLINGUEUR ») traite de la perte d’identité, de l'aliénation d’une société déshumanisée, de l’obsession de la jeunesse à tout prix, « SECONDS » pèche par son déroulement parfois confus et des longueurs difficiles à tolérer 45 ans plus tard (la séquence de la fête de Bacchus légèrement voyeuriste qui dure cinq fois le temps nécessaire, les interminables face à faces avec le patron de la société), mais il force le respect par sa modernité et le culot de sa technique.

Acteur aimable mais sans grande épaisseur, Rock Hudson était bien l'interprète idéal de cet homme « en creux » qui ne sait plus qui il est, ce qu'il désire, qui n'a jamais rien choisi et comprend trop tard que changer de vie, c'est d'abord se changer soi-même. Mais de l’intérieur. Il apporte à son rôle une tristesse, un abandon qu'on ne lui avait jamais vu. De plus sa scène d'ivresse est une des plus réalistes jamais filmées. John Randolph qui incarne le même personnage que Rock Hudson, mais avant son opération, dégage une angoisse abyssale assez impressionnante : gras, SECONDS (3)suant, au bord de l’apoplexie, il semble prisonnier non seulement de sa vie routinière mais aussi de sa propre enveloppe. Très beau doublé.

Film imparfait, un brin prétentieux, bien trop lent, « SECONDS » contient néanmoins des images indélébiles et une atmosphère de cauchemar éveillé accentuée par la BO dissonante, parfois stridente de Jerry Goldsmith.

À classer dans la même famille thématique que la série « LE PRISONNIER » de Patrick McGoohan et le film japonais « LE VISAGE D’UN AUTRE » tourné la même année et étrangement similaire.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 11:05

ANOTHER WOMAN (3)La carrière de Woody Allen a connu bien des évolutions depuis le burlesque verbeux des débuts, jusqu'aux errances européennes de la fin, en passant par les « bergmaneries » maniérées sans oublier au passage quelques chefs-d'œuvre comme « CRIMES ET DÉLITS » ou « HANNAH ET SES SŒURS ». ANOTHER WOMAN

« UNE AUTRE FEMME » fait partie de cette dernière catégorie. Et même s'il serait difficile d'y déceler une once d'humour, c'est une des plus belles réussites personnelles du réalisateur.

Le scénario est un voyage mental dans l'âme d'une intellectuelle de 50 ans et des poussières, arrivée à un stade de sa vie où elle est obligée de faire face à ce qu'elle a toujours fui : les émotions. Le bilan que fait Marion à cause ANOTHER WOMAN (1)d'une voix qu'elle entend provenant du bureau d'un psy voisin, l'amène à un terrible constat d'échec. Brillante, admirée, séduisante, Marion est également jalousée, froide et solitaire. Passé et présent s'emboîtent avec une fluidité admirable (dans certains flash-backs, Marion change d'âge et d'interprète, sans qu'on le sente réellement), et si on peut trouver un défaut à « UNE AUTRE FEMME », ce sera cette volonté de Woody Allen à expliciter verbalement des sensations qu'on aurait préféré deviner ou pressentir. Un abus de psychanalyse, peut-être...

Le casting est fabuleux, de Gene Hackman émouvant en homme amoureux, maladroit, à Ian Holm exceptionnel en mari faux-jeton, en passant par Harris Yulin en frère rejeté, ou encore Frances Conroy, Sandy Dennis et John Houseman qui extirpent tout le suc de petites séquences isolées. Seule Mia Farrow qui joue une incarnation symbolique de « Hope », le ANOTHER WOMAN (2)tableau de Klimt, semble bien trop âgée pour son rôle. Quant à Gena Rowlands, déjà consacrée par ses films avec John Cassavetes, elle trouve peut-être son plus beau rôle, le plus profond, le plus lucide, où son intelligence éclate à chaque plan. Cette Marion à l'élégance discrète, aux cheveux en chignon immuable, aux expressions minimalistes, est aux antipodes de la ‘desperate housewife’ à la dérive de « UNE FEMME SOUS INFLUENCE » ou de la dure à cuire trop fardée de « GLORIA ». Une autre femme, en somme...

Baignant dans la musique de Satie, dans la lumière douce et dorée du chef-op d’Ingmar Bergman, « UNE AUTRE FEMME » est un film unique, qui avait tout pour irriter et ennuyer et au contraire envoûte durablement et gagne en richesse à chaque re-vision.

Espérons, qu'entre deux redondants badinages européens, Woody aura le temps de signer un dernier film de cette qualité-là. Parce que franchement, ça commence à nous manquer…

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 07:22

WRESTLER (1)Compliqué de faire la part des choses, en voyant « THE WRESTLER » : le film existerait-il sans Mickey Rourke ? Serait-il aussi poignant, si on n'avait pas suivi le parcours chaotique du comédien depuis « RUSTY JAMES » ou « DINER » ? Pas sûr.

Le scénario semble être une transposition du destin de Rourke dans l'univers pouilleux et dérisoire du catch américain, et ce qui est le plus troublant est que rien n'est factice. C'est bel et bien le propre visage cabossé, défiguré, qui semble fait de papier mâché de Rourke, son corps aux muscles hypertrophiés. Il n'a eu besoin d'aucun maquillage ou prothèse. Le voir évoluer pendant 1 H 50 est presque douloureux, avec ses gémissements et grognements à chaque pas, chaque geste, sa voix cassée. Il y a quelque chose du monstre de Frankenstein en cet homme-là. Aussi monstrueux, aussi pathétique.

Les séquences de catch sont éprouvantes, exhibant crument la minable sauvagerie de ce spectacle ahurissant. Marisa Tomei compare d'ailleurs le job de Randy à « LA PASSION DU CHRIST » de Mel Gibson, pour les tortures infligées à ces corps déjà bien abîmés. C'est d’autant plus pertinent, que ce « chemin de croix » ira jusqu'à la résurrection. D’une carrière, d’un acteur…

« THE WRESTLER » n'a rien d'un ersatz de « ROCKY », il évoquerait plutôt les ambiances du Cassavetes de « MEURTRE D’UN BOOKMAKER CHINOIS », et tous les seconds rôles WRESTLERsont aussi soignés que dans les films du grand John. À commencer par Tomei en strip-teaseuse mûrissante, sorte de pendant féminin de Randy qui répond trop tard à son amour, en réalisant à quel point elle va bientôt lui ressembler. Dans le traitement des personnages, l'auteur évite le cliché et le mélo facile, en montrant que Randy n'est pas tombé aussi bas par hasard. Qu'il n’est pas qu’une victime. Les séquences avec sa fille sont d'une terrible lucidité. Le pire ennemi de Randy, c'est lui-même. No future...

« THE WRESTLER » est un grand film, unique dans l'Histoire du 7ème Art, puisque quasi-documentaire sur son acteur principal et n'existant que pour et par lui. La fin et la justification d’un parcours suicidaire, annonçant la renaissance d’une ancienne star has-been et prématurément enterrée depuis des années.

À ne pas voir un jour de cafard, assurément. Que Mickey Rourke n'ait pas obtenu l'Oscar pour sa prestation, relève de la plus aveuglante injustice.

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