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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 22:58

ATTACK (1)Robert Aldrich n’a pas cherché à masquer les origines théâtrales de « ATTAQUE ! », bien au contraire. Il enchaîne les séquences confinées, les affrontements outrés, brosse les ATTACKcaractères à gros traits jusqu'au symbole et vomit sa haine de la guerre avec une agressivité revigorante.

« ATTAQUE ! » n’est pas une œuvre plaisante. C'est un brûlotATTACK (2) âpre et plein d’arêtes, qu’on suit avec indignation et écœurement.

Eddie Albert et Jack Palance sont les deux faces de la même pièce : l’un est un lâche, un couard pathétique et névrosé, un fils-à-papa prêt à sacrifier n'importe qui pour sauver sa peau. L’autre est un « chien de guerre », un G.I. emblématique, un Héros avec un grand ‘H’. Les deux hommes se haïssent à en crever, on dirait même qu'ils ne survivent que pour se détruire l’un l’autre. C'est la ATTACK (3)grande force du scénario que d’opposer ces deux races d’hommes, l’un ignoble, l’autre admirable, mais issus tous deux des mêmes entrailles : celles de la bête immonde qu’on appelle guerre.

Palance trouve certainement le rôle de sa vie en Joe Costa, ce lieutenant au physique émacié de martyr. Noueux, tétanisé, le dégoût aux lèvres, il surjoue en permanence, sans jamais en faire trop. Costa n’est pas un simple soldat, c'est LE soldat par excellence. Face à lui, Eddie Albert pousse l’abjection tellement loin, qu’on peut pratiquement dire qu'il crée le personnage le plus détestable de l’Histoire du 7ème Art. Leur face à face final atteint certains sommets.

Entre eux, outre le lieutenant-narrateur, joué par le transparent William Smithers, Lee Marvin crève l’écran dans un rôle incroyablement cynique de colonel capable des pires compromis pour atteindre ses ambitions politiques. En quelques scènes, Marvin fait passer toutes les nuances, séduction incluse, de cet infâme individu.

ATTACK (4)

Austère, sans grands moyens, doté d’un noir & blanc sans fioritures, cadré avec un dynamisme de chaque plan, « ATTAQUE ! » a gardé toute sa puissance et apparaît comme l’ancêtre de tous les grands films de guerre modernes, de Stone à Kubrick. Du très grand cinéma américain.

ATTACK2

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 08:03

Beau doublé pour Darren Aronofsky qui, après son magnifique « THE WRESTLER » signe un second ‘instant classic’ avec « BLACK SWAN », tout en chassant sur les mêmes terres et en passant du ring à la scène, d’un corps torturé à l’autre.

Le scénario est d’une rigueur quasi-parfaite, ne fait qu’aller de l’avant, ne s’attarde pas sur le BLACK SWANpassé des personnages, à peine sur leur personnalité. Seul compte le ballet en préparation et le voyage intérieur que devra accomplir Nina, pour devenir ce Cygne Noir. La petite fille attardée, couvée par une maman frustrée par sa propre vie, va devoir fouiller au fin-fond de son âme, dans ses recoins les plus noirs, pour libérer le génie qui sommeille en elle. Le film explore cette zone d’ombre, ce terreau inconscient, ce mécanisme mystérieux qui se met en action dans chaque acte de création. Le prix à payer est cher, exorbitant en l’occurrence pour Nina, qui va aller seule sur le chemin qui mène à l’accomplissement de son art.

« BLACK SWAN » fait parfois penser à du David Cronenberg, ne serait-ce que dans les passages sur la métamorphose du corps de la danseuse. Mais en ne lâchant pas Natalie Portman une seconde (elle est présente dans tous les plans), Aronofsky s’attache surtout à brosser le portrait de cette jeune femme solitaire et obsessionnelle, prête à sacrifier sa santé mentale, voire sa vie, pour un moment de pur génie. La beauté du film, sa grande réussite est que lorsque ce moment arrive finalement, il ne déçoit pas : au contraire. La représentation tant attendue est un morceau de bravoure stupéfiant de beauté plastique et de maîtrise.

Portman a toujours été une comédienne intéressante et en constante évolution. Ici elle est à son sommet et le dernier tiers du film révèle une actrice de première grandeur. Dans un cast homogène, se détache Winona Ryder dans un petit rôle de danseuse-étoile déchue, détruite, littéralement jetée à la casse, vision d’un futur probable pour Nina qui saura elle, s'arrêter à temps. En apothéose.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 17:26

HISTORY VIOLENCE (3)Première incursion de David Cronenberg dans le polar, « A HISTORY OF VIOLENCE », tiré d'une BD, emprunte ses thématiques et sa construction au western. L’ex-gunman devenu père de famille dans une petite ville tranquille, le passé qui le rattrape, les règlements de comptes,HISTORY VIOLENCE (2) tout cela a été vu et revu dans toutes sortes de westerns classiques ou séries B. Les auteurs respectent d'ailleurs une simplicité dans l’intrigue, une linéarité et même un dialogue délibérément basique, dénué de tout sous-texte apparent.

Comme l’indique clairement le titre, le véritable protagoniste est la violence elle-même. Enterrée, niée pendant des années, elle n’attend qu’une étincelle pour montrer son hideux visage. Et dès qu'elle met le nez dehors, elle contamine tout, tel un virus dévastateur trop longtemps contenu : le fiston « geek » maltraité par ses copains de classe se mue subitement en tabasseur jurant comme un charretier. Et si faire l’amour était une sorte de jeu charmant pour Joey et sa femme, il devient après contamination, un affrontement bestial et sordide à même les marches d’un escalier étroit. Cette famille américaine moyenne, qui semblait sortie tout droit d’un ‘soap’ des années 60 explose en quelques jours. L’American Dream devient cauchemar. Il n’en fallait pas beaucoup…

Le film est curieusement intemporel, il ressemble souvent aux polars de Siegel et autres des HISTORY VIOLENCEseventies. Mais la brutalité de certaines images et situations est bien de notre époque. Quelques rares plans ‘gore’ montés en insert sont traumatisants.

Le cast est uniformément remarquable. En tête, Viggo Mortensen dans un rôle ambigu et complexe : menteur pathologique, mythomane ou schizophrène, Joey a-t-il atteint la rédemption ? Est-il vraiment devenu quelqu’un d’autre ? Ou le monstre barbare aimant tuer à mains nues n’était-il qu’en hibernation ? On ne le saura sans doute jamais. Et c'est bien le sens de ce terrible échange de regards final entre lui, sa femme et ses enfants. Ed Harris est extraordinaire en gangster défiguré mais courtois et William Hurt en fait des tonnes en caïd maniéré. Une mention à Stephen McHattie absolument terrifiant en serial killer au début du film. Le couple qu'il forme avec son jeune « disciple » fait carrément froid dans le dos.

« A HISTORY OF VIOLENCE » est un film très simple en apparence et qu’on peut voirHISTORY VIOLENCE (1) comme un excellent thriller au suspense montant crescendo. Mais c'est un film complexe par l’image qu'il donne de la violence… Affreuse chose, bien sûr. Mais Joey devient un héros en abattant sauvagement deux braqueurs et son fils se transcende en frappant son tourmenteur au lycée. Faut-il l’éviter à tout prix ou l’assumer ? Cronenberg ne donne pas de réponse. Mais nous fait bien comprendre que cette sauvagerie sommeille en chacun d’entre nous.

Au bout du compte, cela donne un film bien plus riche qu'il n’en a l’air, qui nécessite plusieurs visions pour l’appréhender complètement.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:36

KILLER (2)À sa sortie, « THE KILLER » fit l’effet d’une bombe dans le cinéma d’action. Les fusillades apocalyptiques, Hongkong, les tueurs chevaleresques, les cascades ébouriffantes, tout était nouveau, stupéfiant. Depuis, tout le monde a plagié John Woo, a pillé son style, caricaturéKILLER (1) ses effets, ses tics de mise en scène, n'importe quel Willis ou Seagal a pensé qu'il suffisait de tirer avec deux flingues en même temps en glissant sur le dos, pour égaler Chow Yun-Fat. KILLER (3)Alors… Que reste-t-il aujourd'hui de « THE KILLER », vingt ans et des poussières plus tard ?

Au premier abord, on craint le pire : les ralentis à chaque détour de plan, les chansons sirupeuses, les dialogues emphatiques, tout semble ringard et vieillot. Et puis, sans qu’on ne sente vraiment à quel moment précis, la magie finit par prendre le dessus. Par le charisme inouï de Chow Yun-Fat, princier dans ce rôle de ‘hitman’ romantique et sentimental, par cette façon primitive de traiter son sujet, frontalement, embrassant sans complexe toutes ses (multiples) influences. Woo aime Leone, Peckinpah, Melville bien sûr, mais aussi De Palma (celui de « SCARFACE ») et le plan où Ah-jong joue de l’harmonica en regardant la ville par sa fenêtre, est un saisissant raccourci de tout l’univers cinéphilique du réalisateur.

« THE KILLER » traite pas mal de thèmes, dont celui de l’amitié entre hommes. Le flic traquant le tueur est immédiatement fasciné par lui, s’identifie même à sa proie qu'il admire comme Personne idolâtrait Jack Beauregard. La vraie ‘love story’ du film, c'est entre eux KILLERqu'elle a lieu. La chanteuse aveugle n’est qu’une silhouette bâclée à l’écriture, qui passe tout le film à geindre et à pousser des cris hystériques. Non, « THE KILLER » n’est pas un film féministe ! Outre ce flic, Ah-jong a un autre ami, plus ambigu celui-là : son ‘manager’, un ex-flingueur handicapé, faible de caractère, dont la hantise est de passer pour un « chien » aux yeux de son poulain. Tout cela est à la fois extrêmement naïf et curieusement touchant, comme ces camaraderies enfantines en cour de récré.

Woo concocte quelques morceaux de bravoure magnifiques comme ce long passage qui commence par l’assassinat d’un mafieux pendant une fête locale et s’achève à l’hôpital au chevet d’une fillette blessée. Un grand moment de pur cinéma. Par contre, comme une machine qui s’emballe, le film n’en finit pas de finir, et toute la dernière partie à l’église (pleine de bougies et de colombes, comme il se doit !) est interminable et répétitive, frisant parfois le ridicule.

KILLER (4)

Mais malgré tout, « THE KILLER » n’a rien perdu de sa vigueur et porte toujours en lui des décennies de films noir, de ‘spaghetti westerns’ et de films de sabre transposés dans un Hongkong dont on ne voit d'ailleurs rien, hormis des planques de malfrats et des commissariats.

Il fut longtemps question que les Américains produisent un remake du film le plus personnel de John Woo. Heureusement, le projet n’a pas (encore) abouti.

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 11:59

HUSBANDS (1)La première moitié de « HUSBANDS » est fulgurante et représente peut-être ce que John Cassavetes a fait de meilleur : ruptures de rythme déconcertantes, non-dits plus que HUSBANDSprégnants, plongée aux tréfonds de l'âme des protagonistes, sans qu'on ne sache rien de leur vie sociale ou presque. Le réalisateur capte des instants d'une véracité inouïe où on a du mal à discerner l'improvisation des scènes plus écrites. Le trio de comédiens fonctionne à la perfection, leur ressemblance physique, leurs maniérismes, leur rires, tout s'harmonise pour traduire une amitié profonde et authentique de vieux adosHUSBANDS (2) immatures et démunis face au vieillissement et à la mort. Les courtes séquences en mouvement alternent avec une très longue scène de beuverie dans un bar, qui traîne et s’éternise jusqu'au malaise.

À partir de l’escapade londonienne, le style bifurque radicalement et le film s'enlise progressivement dans de longues séquences improvisées, parfois d'un ennui terrassant (les trois filles à l'hôtel), parfois incommodantes tant elles sont réalistes. C'est un peu pénible, mais curieusement cela sert le propos du film et nous révèle les trois charmants compères du début, pour ce qu'ils sont AUSSI : trois pochetrons irresponsables et pleutres, pas bien futés. C'est toute l'ambiguïté de « HUSBANDS », son honnêteté fondamentale et sa richesse.

HUSBANDS (3)

Peter Falk a rarement été meilleur, Ben Gazzara est impeccable en macho parfois odieux et Cassavetes lui-même compose un personnage imprécis, indécis. Dans ce film « d'hommes », l’Anglaise Jenny Runacre parvient à créer un personnage émouvant en quelques répliques.

Le ‘timing’ de la fin est absolument admirable : alors que John rentre au bercail, le film s'arrête exactement où il fallait qu'il s'arrête. À la seconde près. Jouissif.

 

À NOTER : le film est récemment sorti en zone 1 dans sa version longue de 2 H 34. On le trouve également en Allemagne dans sa version allégée. Mais rien en France !

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 16:57

RELLING THUNDER (1)Paul Schrader le scénariste de « TAXI DRIVER » et John Flynn le réalisateur de « ÉCHEC À L’ORGANISATION » étaient faits pour se rencontrer, car « ROLLING THUNDER » ressemble à un mélange explosif des deux films.RELLING THUNDER

En plein dans le cinéma cathartique des années post-Vietnam, ce thriller morbide et lancinant focalise le trauma RELLING THUNDER (2)de la guerre sur un seul homme : un officier rentrant au pays après sept années d’emprison-nement et de tortures. Émotion-nellement mort, fermé à double-tour sur sa souffrance, programmé pour ne plus rien ressentir, ne plus jamais rien dire, cet antihéros n’a rien de fascinant, ni même d’attachant. C'est un zombie condamné à plus ou moins brève échéance, qui choisit la vengeance comme méthode de suicide.

Acteur oublié et qui s’est perdu dans les ‘soaps’ télé, William Devane trouve là le rôle de sa vie. Avec sa tête à la JFK, il symbolise parfaitement l’Amérique souillée et dévitalisée par la guerre du Vietnam. Une splendide idée de casting qui en dit plus long que n'importe quel RELLING THUNDER (3)discours. Impassible, l’œil vide, la voix sourde, Devane compose un personnage inoubliable avec ses ray-bans et sa main en crochet. Sa croisade vengeresse n’est pas celle d’un « justicier », mais celle d’un soldat qui désire mourir au champ d’honneur. La fin, dans un bordel mexicain, rappelle bien sûr Peckinpah et tout particulièrement « GETAWAY », mais surtout « TAXI DRIVER » pour sa violence sèche, atroce.

Autour de Devane, un superbe casting réunit Linda Haynes en ‘groupie’ qui n’arrive pas à comprendre que l'homme qu'elle aime est déjà mort, Tommy Lee Jones impeccable en POW que la guerre a transformé en psychopathe et Luke Askew, inquiétant à souhait en malfrat texan.

RELLING THUNDER (4)

« ROLLING THUNDER » s’inscrit parfaitement dans les obsessions du cinéma U.S. des seventies, réunissant les retombées de la guerre et le ‘vigilantism’. Mais Schrader et Flynn n’en font pas un grand spectacle et ne jouent pas avec les vieux mythes américains. Ils signent une œuvre noire et désespérée qui laisse sur un persistant malaise. Des scènes comme celle où des voyous torturent Devane en lui plongeant la main dans un broyeur de cuisine sont authentiquement traumatisantes.

Le film fut exploité en France sous le titre « LÉGITIME VIOLENCE », même si la mémoire collective a plutôt retenu le titre U.S.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 17:40

KILLERS (2)« À BOUT PORTANT » a été produit pour la télévision. Mais la chaîne a refusé de le diffuser, effarée par son amoralité et sa violence. Personne n’avait songé à lire le scénario ?

Inspiré d’une nouvelle d’Hemingway, déjà adaptée pour le classique « LES TUEURS », ce polar est un cas unique. Épure ‘hard boiled’, filmée sans grâce ni recherche, dans uneKILLERS (5) KILLERS (1)lumière crue de série TV des sixties, « À BOUT PORTANT » est un film ultra-dry, débarrassé de tout sentimentalisme, de toute humanité. Le seul personnage doté d’émotions humaines, le pauvre Johnny North, est finalement un pantin manipulé, une dupe absolue, trahi, utilisé jusqu'à perdre l’envie de vivre. Tous les autres ne sont que des machines. À tuer, à faire du pognon, à trahir, à voler…

Même s’il disparaît le temps de longs flash-backs, Lee Marvin est au cœur du film. Formant un étrange tandem avec Clu Gulager, jeune flingueur narcissique et tête-à-claques, il incarne un tueur à gages profondément perturbé par un évènement extraordinaire : l'homme qu'il est chargé de tuer ne cherche pas à fuir. Il attend sereinement la mort. Du jamais vu pour Marvin, qui jusque là avait une vision binaire du monde : tué ou être tué, être du bon côté du flingue ou pas, vivre ou mourir. C'est son univers qui s’écroule, quand North (John Cassavetes) n’entre dans aucune case. Alors, prétextant la recherche d’un butin hypothétique, l’assassin professionnel va mener son enquête pour découvrir ce qui peut pousser un homme à désirer la mort.

KILLERS

C'est un des rôles les plus fascinants de l’acteur, qui assume en seigneur un comportement ahurissant (surtout pour l’époque) : son premier exploit est de malmener une pauvre KILLERS (3)aveugle. Quand on le supplie, il n’a qu’une réponse. Toujours la même : « Je n’ai pas le temps ». Ce sera d'ailleurs l’ultime phrase qu'il prononcera. Le visage de glace, looké comme un VRP, la voix caverneuse, Marvin a une gestuelle d’une incroyable inventivité. Et son dernier plan, alors qu’ayant fait tomber son arme, il braque… son index sur les policiers, est entré dans les annales du polar. Mais c'est l’instant où il comprend enfin pourquoi North s’est laissé mourir, qui est le plus subtil : soudain, le tueur semble se souvenir d’une existence antérieure, où il connaissait le sens du mot amour. Peut-être même l’avait-il expérimenté lui-même ? Pas sûr !

À ses côtés, Cassavetes est touchant en pauvre type ballotté et naïf sous ses airs de faux-dur, Ronald Reagan joue du sourcil en gangster en col blanc. Mais c'est Angie Dickinson qui crève l’écran dans un rôle de garce d’exceptionnelle amplitude. Tellement ambiguë qu’on ne sait jamais sur quel piedKILLERS (4) danser, puisqu’elle-même ne doit pas le savoir la moitié du temps. Joli numéro d’équilibriste de la trahison érigée en art.

Avec ses répliques stylisées, sa violence sèche, sa terrifiante froideur intrinsèque, « À BOUT PORTANT » raconte finalement la descente aux enfers d’un candide dévoré vivant par des loups affamés. Et en parallèle, le parcours d’un des loups, surpris de voir cet agneau qui attend tranquillement le coup de crocs fatal. Deux routes qui se croisent brièvement, le temps de vider un chargeur et finissent par se rejoindre par le truchement d’une vengeance par personne interposée. La boucle est joliment bouclée, la fable est achevée. Mais quant à lui trouver une morale… C'est une autre histoire !

Peut-être le chef-d’œuvre de Don Siegel, qui en 1964 signait encore ‘Donald’.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 18:33

POINT BLANK (4)Datant de plus de 40 ans, « LE POINT DE NON-RETOUR » a redéfini toute une esthétique de polar urbain et marqué les esprits au point que son influence se fait encorePOINT BLANK (1) ressentir aujourd'hui. Montage « éclaté », dialogue minimaliste, cadrages biscornus, psychologie quasi-nulle, BO décalée, ce POINT BLANK (5)thriller adapté d’un roman de Richard Stark est tourné comme un film d’auteur expérimental, alternant les morceaux de bravoure attendus (bagarres bien saignantes, érotisme brutal, fusillades) avec des moments contemplatifs, frôlant parfois même l’absurde. « Vous êtes un mauvais homme ! » dit un mafioso à Walker qui vient pour le tuer. « Quelqu’un d’extrêmement négatif ! ».

En fait de négatif, Walker est plutôt… un homme mort. Un revenant. D'ailleurs, le scénario évoque curieusement « LE CIEL PEUT ATTENDRE » de Lubitsch. Comme si Walker avait la permission de revenir de l’au-delà pour régler ses comptes. Il est suivi et épaulé par un « Mr Jordan » de circonstance, en la personne du mystérieux Keenan Wynn et à la fin, retournera au royaume des ombres.

POINT BLANK

À bien y regarder, tout le film qui alterne flash-backs, flash-forwards, pourrait n’être que le fantasme de Walker agonisant dans la cellule d’Alcatraz d’où il ne serait jamais reparti. « Au fond, tu es vraiment mort à Alcatraz », lui assène sa belle-sœur. C'est toute la richesse dePOINT BLANK (3) ce film que de pouvoir être lu de différentes façons, sans qu’aucune ne soit plus évidente qu’une autre.

Visiblement fasciné par sa vedette, John Boorman filme Lee Marvin sous toutes les coutures, tel un fauve traqué aux réflexes imprévisibles, évoluant dans une jungle de béton, d’acier et de palmiers. Le L.A. du « POINT DE NON-RETOUR » est un désert inhumain, dépeuplé, dont les habitants ne sont que de furtives silhouettes sans âme. Et il faut dire que le grand Lee est à son sommet : impassible, minéral, taillé dans le granit, il vide son barillet sur un lit vide, fracasse des bouteilles dans la figure de ses ennemis et se bat salement, comme un voyou. Son Walker n’est ni un héros, ni un antihéros, c'est un concept. À l’image de tout le film. Un méchant concept rancunier avec un gros flingue, animé par une seule idée : récupérer ses 93.000 dollars. À ses côtés, Angie Dickinson est à la hauteur. La scène où elle frappe Marvin de toutes ses POINT BLANK (2)forces, jusqu'à épuisement est indélébile. Grand couple iconique !

Boorman n’a pas vraiment signé un film sur l'homme face au « système » comme « ÉCHEC À L’ORGANISATION » par exemple (également d'après Richard Stark), car son ‘Walker’ n’est pas réellement un homme. Il n’a pas de prénom, pas d’émotion, peu de passé et aucun avenir. Le réalisateur anglais a signé un rêve de polar, un cauchemar poisseux et déliquescent qui s’achève là où il a commencé : dans un pénitencier désert, plein de fantômes, d’où – et c'est de plus en plus clair au cours du film – Walker est resté seul, à agoniser et à imaginer une vengeance impossible. Enfin… Peut-être.

En un mot comme en cent, un chef-d’œuvre.

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 16:59

MACHETE (3)Que dire ? À part « Merci, Robert ! ». « MACHETE », c'est un pot-pourri des séries B de Pam Grier, des post-westerns de Walter Hill, des thrillers de complot des seventies, le tout MACHETEépicé d’un esprit comic-books. C'est aussi la revanche des ‘wetbacks’, des pauvres Chicanos qui trouvent leur messie en Machete et entament leur ‘revolución’ contre les exploiteursMACHETE (1) gringos. C'est encore des filles à poil, des combats de sabre, des tueurs à gages, des explosions, des personnages appelés Django et Sartana… Bref : du cinoche !

Aboutissant une démarche entamée avec « EL MARIACHI », Rodriguez signe un petit bijou décomplexé, sans jamais tomber dans les travers de son copain Tarantino. Même si « MACHETE » est hyper-référentiel, il ne cède pas à la parodie, au clin d’œil insistant, à l’hommage stérile. C'est un film qui peut parfaitement se voir au premier degré comme une fable bourrée jusqu'à la gueule de testostérone, magnifiquement filmée, où suinte à chaque plan l’amour du cinéma populaire.

Dans le rôle de sa vie, Danny Trejo éternel 3ème couteau, s’élève directement au rang d’icône. Il fait penser à une version ‘trash’ d’Anthony Quinn, relooké par le dessinateur de BD Neal Adams. Grêlé, musculeux, la voix caverneuse et l’œil torve, il balance comme personne d’improbables répliques-culte (« Machete don’t text ») et crève l’écran sans effort apparent. Entre Jessica Alba en fliquette idéaliste et Michelle Rodriguez (waouh !) en passionaria, on ne sait plus où donner de la tête. De vraies héroïnes de comics de chair et d’os. Quelques vieilles gloires comme Steven Seagal en ‘drug lord’ ventru et Don Johnson en ‘vigilante’ ignoble jouent les méchants. Robert De Niro, en pleine forme, estMACHETE (2) fabuleux en gouverneur raciste et faux-jeton. Sa mort est un grand moment d’ironie hustonienne. Et le clin d’œil à « TAXI DRIVER » est aussi discret que joliment amené. Quant à Jeff Fahey, on ne l’avait plus vu aussi bien depuis « CHASSEUR BLANC, CŒUR NOIR ».

« MACHETE » démarre fort, très fort, par un prologue d’une violence ahurissante (comment décapiter quatre sbires d’un seul coup de machete) et le rythme ne retombe pratiquement jamais, hormis peut-être vers la fin, où la complaisance pointe le bout de son nez. Il faut bien sûr aimer un certain genre de cinéma, ne pas prendre le spectacle une seconde au sérieux, pour jouir pleinement de « MACHETE », mais c'est tellement bien fichu, concocté avec une telle énergie, qu’on ne peut qu’applaudir et faire entrer directement le film dans son panthéon personnel.

En fait, « MACHETE », c'est exactement le film qu’aurait dû être « THE EXPENDABLES ». À la fin du film sont annoncées deux sequels, en forme de boutade. Pourvu qu'ils les tournent !

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 17:06

OUTFIT (3)Un braqueur qui affronte seul (ou presque) la mafia pour récupérer une dérisoire somme d’argent. Ça vous évoque quelque chose ? « LE POINT DE-NON RETOUR », par exemple ? OUTFIT (2)Normal, « ÉCHEC À L’ORGANISATION » est inspiré d’unOUTFIT (4) roman du même Donald Westlake. Et le « héros » (entre guillemets !) est un frère jumeau de Walker dans le film de John Boorman.

Signé par le peu prolifique John Flynn, « ÉCHEC À L’ORGANISATION » est un formidable condensé de ‘film noir’ relooké seventies. D’une sècheresse saharienne, dénué du moindre début de sentiment humain, d’une violence aride et pas même cathartique, ce petit bijou porte en lui tous les germes du polar moderne. À l’extrême opposé de Boorman, Flynn ne stylise absolument pas son approche du genre : il avanceOUTFIT (5) impavide, de façon linéaire, avec une sobriété telle qu'elle en devient un véritable style. Ni héros, ni antihéros, les personnages sont des voyous courant après la vengeance, l’argent et l’honneur avec un jusqu'auboutisme et un nihilisme effrayants. Quand la veuve d’un homme qu'il vient de tuer demande à Earl Macklin : « Étiez-vous obligé de le tuer ? », celui-ci répond : « Il me devait de l’argent ». Et quand les deux acolytes prennent la fuite, OUTFITla dernière réplique du film – ô combien ironique ! – est : « Les gentils gagnent toujours à la fin ! ».

Loin du romantisme désabusé d’un Bogart ou de la violence animale d’un Lee Marvin, Robert Duvall est idéalement casté en Macklin : avec son physique passe-murailles de petit fonctionnaire, son visage inexpressif, son œil vide de toute émotion, il n’est qu’une machine à tuer sans état d’âme. Seule sa relation avec Karen Black le rapproche encore un peu de l’espèce humaine. Face à lui, Joe Don Baker est un ‘sidekick’ extraordinaire, que la souffrance – la sienne ou celle des autres – fait rigoler de bon cœur et qui n’hésite pas à mettre une secrétaire zélée KO d’un uppercut à la mâchoire. Du jamais vu ! Le réalisateur a réuni quelques grands anciens en hommage au ‘film noir’ des années 40, comme Robert Ryan en caïd glacial, Jane Greer, Marie Windsor, Elisha Cook, Jr., etc. Ils apportent des bouffées de nostalgie d’une époque où la saloperie humaine était encore teintée de sentiments, voire de sentimentalité.

OUTFIT (1)

Rapide, superbement dialogué, « ÉCHEC À L’ORGANISATION » se permet des digressions narratives inouïes, comme cette longue séquence où Duvall et Baker vont acheter une voiture chez un garagiste (Richard Jaeckel) et son frère (Bill McKinney) et que la vente tourne vinaigre. Inutile à l’histoire, peut-être, mais un des grands morceaux de bravoure du film…

Un film très peu connu et encore moins célébré, qui mérite pourtant sa place aux côtés de « TUEZ CHARLEY VARRICK ! » et « ROLLING THUNDER » (du même Flynn) parmi les petits classiques indémodables du polar ‘hard boiled’.

 

À NOTER : le film vient de sortir aux U.S.A. dans la collection « Warner Archives », dans une copie immaculée, mais dénuée de sous-titre. Sortira-t-il un jour en zone 2 ? Pas sûr…

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