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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:12

WASHINGTON (3)Pour parler de la minisérie « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE », il ne faut pas avoir peur des superlatifs, car c'est – et les années n’y ont rien changé – une des meilleures productions télé jamais sorties des usines hollywoodiennes. Sur 6 x 90 minutes, le scénario survole les « années Nixon » d’une plume acérée et trempée dans le vitriol concentré. Si les WASHINGTON (2)noms des protagonistes sont changés, si les auteurs ont intelligemment refusé toute ressemblance physique avec les véritables acteurs politiques de l’Histoire, les parallèles et allusions sont aveuglants et le regard est d’une extraordinaire acuité.

La minisérie démarre sur l’annonce de la démission du président des U.S.A. (Andy Griffith) gravement malade. S’ensuit une course à la Maison Blanche dont Richard Monckton/Nixon part favori. Après son élection, l’ambiance change dans le pays, au rythme de la paranoïa rampante de son dirigeant et de la corruption morale de son entourage. La durée permet une grande multiplicité de points de vue. D’emblée se détachent deux personnages-clés : Cliff Robertson, le directeur de la CIA haï par le nouveau président, qui risque d’exhumer un rapport explosif sur les agissements de l’Agence à l’Étranger et surtout Nicholas Pryor, un modeste va-chercher du service de presse présidentiel, qui va gravir les échelons à toute vitesse, malgré (ou grâce à ?) un caractère faible et pusillanime.

L’univers décrit ici est glacé, dépourvu de toute humanité. Aucun des nombreux personnages n’est là pour relever l’autre : ce sont des pantins sans âme, mus par l’ambition et l’ivresse du Pouvoir, tellement corrompus qu'ils ne se rendent même plus compte qu'ils le sont. À ce petit jeu, le duo formé par Jason Robards et Robert Vaughn atteint des cimes inouïes. Le premier trouve le rôle de sa vie. Son portrait-charge de Nixon est époustouflant. Brute sournoise et revancharde, manipulateur grossier et vulgaire, il s’enferme dans sa haine de l’autre et continue d’agir en ‘loser’ alors même qu'il a atteint le statut suprême. Mais quand on se dit qu'il est tout de même un peu caricatural, le 5ème épisode nous le montre dans un monologue, justifiant sa personnalité. Et l’espace de quelques secondes, il en devient, peut-être pas émouvant, mais presque… humain. À ses côtés, Vaughn a rarement été meilleur que dans ce personnage de ‘coach’ cassant et odieux, constamment collé au président comme un poisson-pilote. Au point que celui-ci ne peut même plus sourire sans demander l’approbation de son bras-droit. Quel duo ! Quels acteurs ! Chaque minute où ils occupent l’écran est un pur régal.

WASHINGTON

Même chose pour Nicholas Pryor, qui donne vie à un individu méprisable et suant la peur, sans jamais le juger ou le rendre antipathique. Robertson est comme toujours un peu décevant, ne changeant pas d’expression pendant les neuf heures de projection. Les portraits très peu flatteurs de Hoover (on est loin de Di Caprio !) ou Kissinger sont saisissants.

Bien sûr, tout n’est pas irréprochable dans « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE » : WASHINGTON (1) ce qui concerne les histoires de cœur du directeur de la CIA ou de la pauvre Meg Foster, tiraillée entre deux hommes, relève du (bon) ‘soap opera’ et on aurait franchement pu s’en passer. Bien sûr, certaines sous-intrigues prennent beaucoup de place pour se finir brusquement en queue-de-poisson, mais ce ne sont que broutilles, comparées aux qualités de l’ensemble.

Car pour un téléfilm produit « à chaud » il y a 35 ans, cela a remarquablement peu vieilli : du rythme jamais relâché à la richesse du décor ou des séquences de foule (mélange de documents d’actu mêlés à des reconstitutions), du cynisme du dialogue à faire froid dans le dos, jusqu'au cran tout simplement de parler de sa propre Histoire récente avec une telle honnêteté… Et puis, pour qui n’avait pas tout compris du scandale du Watergate, il est ici décortiqué de façon tout à fait limpide.

Sorti récemment en zone 1, la minisérie « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE » mériterait vraiment une édition française, pour être redécouverte par un nouveau public, car elle a entretemps pris valeur de document historique. Et ce qui paraissait choquant à l’époque concernant les mœurs de nos dirigeants, a été largement rattrapé voire dépassé depuis, par la réalité. Et pas seulement aux États-Unis d’Amérique.

 

À NOTER : juste avant d’incarner (plus ou moins) Nixon, Robards avait joué le rédac-chef du ‘Washington Post’ qui contribua à faire sauter celui-ci, dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT ».

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 08:39

ANNIEHALL (2)Étonnant de découvrir quatre décennies après sa sortie, que « ANNIE HALL » n’est peut-être pas la comédie enjouée truffée de bons mots dont tout le monde se souvient. Avec en ANNIEHALL (1)tête tous les films réalisés depuis par Woody Allen, on se rend compte qu'il s’agit en réalité d’une œuvre infiniment lucide et triste sur la fin d’un amour, l’autopsie d’une relation condamnée dès le départ. Au-delà des brillantes logorrhées verbales de l’auteur, de ses ‘one liners’, perce un autoportrait finalement cruel voire masochiste : égocentrique geignard et paranoïaque, ‘Alvy Singer’ tombe amoureux d’une jeune provinciale gauche mais spontanée, qu'il va s’évertuer à modifier à tout prix. Quand il l’aura « éduquée », « manhattanisée », quand il lui aura fait prendre des cours du soir, fait ingurgiter tous les bouquins possibles et imaginables sur la mort et les films sur la Shoah, qu'il lui aura payé une psychanalyse, Annie s’apercevra qu'il n’a rien de si admirable et le quittera.

On l’a appris depuis, « ANNIE HALL » est un film qui s’est essentiellement fabriqué au montage, en éliminant des pans entiers du scénario, en déconstruisant la chronologie, en recentrant sur l’histoire d’amour. Alors bien sûr, on rit souventANNIEHALL et on devine le passé de ‘one-man-show’ d’Allen dans l’accumulation forcenée de gags, l’avalanche de bonnes répliques et quelques instants à mourir de rire (le déjeuner chez les parents d’Annie, lors duquel la grand-mère antisémite l'imagine en tenue de rabbin). Mais fondamentalement, c'est un film sur l’arrachement d’une séparation, le désamour progressif, le regret et l’impuissance devant le temps qui passe. Toute l’œuvre de Woody Allen en embryon est déjà contenue dans ce premier film « d’auteur ».

Diane Keaton est tout bonnement magique et irremplaçable dans ce personnage écrit sur-mesure, où s’épanouissent son excentricité naturelle, son charme décalé, son art de la nuance. Allen s’acquitte fort bien de l’exercice difficile de l’autobiographie en parlant directement à la caméra. Et le spectateur à l’œil averti reconnaîtra quelques débutants comme Christopher Walken (dans un passage bref mais hilarant), Jeff Goldblum, Sigourney Weaver ou Beverly D’Angelo.

Après des années d’éditions indignes en DVD, « ANNIE HALL » est sorti en Blu-ray. C'est l’occasion de redécouvrir ce petit bijou d’intelligence et de nostalgie. L’auteur a certainement fait mieux depuis, mais plus attachant, ce n’est pas sûr…

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:01

Au commencement était « LES 7 SAMOURAÏS » chef-d’œuvre intouchable de Kurosawa. Ensuite vint « LES 7 MERCENAIRES » son miraculeux remake westernien. Puis après des années de plagiats et d’avatars divers arriva « LE 13ème GUERRIER », bâti exactement sur la même trame et tiré d’un roman de Michael Crichton. Là encore, un groupe d’hommes armés, un village à défendre en terre étrangère, des assaillants sans pitié, etc.

13THWestern viking mystique et barbare, c'est un film d’images absolument saisissant, prônant la tolérance et la fraternité entre les peuples sans aucun prêchi-prêcha et privilégiant l’action aux discours. On sait que ce film est le fruit de la relation conflictuelle entre son auteur-producteur et son réalisateur John McTiernan. On sait qu'il exista un ‘director’s cut’ devenu mythique bien différent du produit final. Alors a-t-on affaire à un « grand film malade » ? Pas vraiment. Plutôt à un « chef-d’œuvre enrhumé » ! Car le spectacle demeure puissant et inspiré, sauvage et poétique, sanglant et lyrique, envers et contre tout.

On n’est pas près d’oublier le traitement visuel opéré sur les « mangeurs de morts », mi-ours, mi-humains dont la seule apparence renvoie aux peurs primitives de l’Humanité. Ni l’équilibre étonnant des séquences d’action ultra-violentes sans jamais sombrer dans le ‘gore’ facile ou le montage frénétique. Cette maîtrise de l’espace et de l’action fait qu’on entre littéralement en immersion dans le film pour n’en sortir qu’au générique-fin, étourdi, épuisé, la tête pleine de bruits, de cris et de chocs d’armes blanches.

Dans le rôle du jeune Arabe intégré malgré lui au groupe de guerriers nordiques, Antonio Banderas accomplit son meilleur travail. Il fait preuve d’émotion et d’humour, suscite une empathie immédiate et porte une grande partie du film sur les épaules. Face à lui, un magnifique casting d’inconnus d’où se détachent Vladimir Kulich en leader charismatique des vikings et Dennis Storhøi, qui crève l’écran en protecteur bon-vivant de notre héros.

Une œuvre essentiellement visuelle et sensorielle, dont on sent parfois la genèse difficile dans des ellipses abruptes, des sous-intrigues avortées (le rôle de Diane Venora à peine esquissé, semble avoir fini dans les chutiers de la salle de montage) et un sentiment diffus de « pas assez », mais au résultat, un film empreint de noblesse et de nostalgie d’un certain cinéma, comme le prouve la présence d’un Omar Sharif qui semble sorti de « LAWRENCE D’ARABIE ».

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 16:51

DIABLES (3)Quand un film vous a marqué au fer rouge pendant des décennies sans qu’on ait eu le loisir de le revoir, il existe toujours cette hantise d’une terrible déconfiture quand on retombe enfin dessus. Pour « LES DIABLES », autant le dire tout de suite, aucune déconvenue ! LeDIABLES (1) chef-d’œuvre de Ken Russell est aussi vertigineux, traumatisant, démentiel et torrentiel qu'il l’était en 1971. Avec le recul, on peut même voir l’influence énorme qu'il a pu avoir sur un film comme « L’EXORCISTE » et donc, tous ses imitateurs.

Inspiré par l’affaire des possédées de Loudun, le film relate comment les sbires de Richelieu ont manipulé l’Église pour détruire un prêtre libertin, Grandier, qui tentait d’empêcher la destruction de sa ville. Accusé d’être un démon par une bonne-sœur hystérique, Grandier va DIABLES (2)tomber aux mains de bourreaux assoiffés de sang qui le mèneront à sa perte.

« LES DIABLES », c'est un maelström convulsif d’images choquantes, impies, nauséabondes, une descente en enfer menée tambour-battant dans les hurlements, le sang, les chairs éclatées, les vomissures et la débauche la plus vile. Jamais le style visuel déjanté de Russell n’a été en telle adéquation avec son sujet, rarement folie furieuse aura été dépeinte de façon aussi crue et contagieuse sur de la pellicule. On est donc happé, hypnotisé, littéralement cloué devant ce spectacle ahurissant, où même les fautes de goût (cabotinage outrancier des seconds rôles, abus de nudité gratuite) participent de ce carnaval grotesque et cruel. La séquence d’exorcisme de groupe des nonnes atteint des sommets et la longue, l’interminable torture de Grandier, le menant jusqu'au bûcher a de quoi hanter les cauchemars pendant longtemps.

Et quand on pense que c'est terminé, l’épilogue d’un cynisme glacial, vient clore le film sur une bonne douche froide. Le diable ? Quel diable ?

En Urbain Grandier, Oliver Reed trouve le rôle de sa vie. Il est tout DIABLESsimplement grandiose, d’une maîtrise plutôt rare chez lui. Son visage rasé à la fin, son corps brisé sont inoubliables. Vanessa Redgrave en nonne bossue, frustrée jusqu'à la démence, fait carrément froid dans le dos.

Plus de 40 ans après, le film n’a pas pris une ride et n’est toujours pas à mettre entre toutes les mains. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi il vient seulement d’être édité en DVD en Angleterre, dans sa version intégrale.

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 09:58

Si les deux premiers films de Terrence Malick font l’unanimité, les deux suivants ont souvent laissé perplexe. Avec « THE TREE OF LIFE », il passe à un stade supérieur, celui de l’œuvre kubrickienne.

Délaissant avec un panache incroyable tous les carcans du cinéma actuel, l’auteur embrasse TREE LIFEavec ce film unique tous les questionnements de l’homme : la mort, le deuil, la famille, l’amour, la haine, les origines de la vie et… Dieu. Car aussi inexprimable que cela soit, c'est bien de cela qu'il s’agit ici. Malick dans quelques séquences hallucinantes autant qu’hallucinées tente de filmer Dieu. Bien sûr, on pense à « 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE » et tout particulièrement au passage ‘Au-delà de l’Infini’, véritable trip mystique. Mais Mallick va peut-être encore plus loin : on assiste à la création de la vie, des premières cellules, on voit des dinosaures (sic !) et beaucoup d’autres choses. Le tout, au cœur d’un film intimiste relatant la jeunesse d’un garçon aux prises avec son tyran domestique de père qu'il hait et adore.

Autant le dire clairement, c'est le genre de film dans lequel on entre de plain-pied ou pas du tout. Il est facile de rejeter l’ensemble en arguant de sa longueur, de son extrême lenteur, de ses dérives narratives, de son excès de stylisation. Mais on peut aussi se laisser porter, le suivre comme on contemple une toile de maître ou comme on écoute de la musique classique, en laissant son sens critique au vestiaire et en profitant du voyage. Plusieurs moments touchent au sublime, le montage est magique, les images – en perpétuel contrejour – sont envoûtantes, l’émotion affleure à chaque détour de plan.

Dans un cast d’inconnus exceptionnels, adultes et enfants, Brad Pitt – un acteur toujours surprenant – est magnifique en père psychorigide et frustré. Sean Penn n’apparaît que sporadiquement dans le rôle du jeune héros devenu adulte, pratiquement sans aucun dialogue.

« THE TREE OF LIFE » est-il un chef-d’œuvre ? C'est difficile à dire. Et c'est certainement à vérifier en revoyant le film. Si on y entre sans œillères, c'est en tout cas un rêve extatique d’une folle ambition, dont on ressort étourdi. Combien de films récents peuvent en dire autant ?

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 07:31

MONGO (2)On se souvient que « À BOUT PORTANT », le chef-d’œuvre de Don Siegel avait été originellement tourné pour la TV. Mais jugé trop violent et amoral, il connut une sortie en salles et devint un classique du ‘film noir’. Les mœurs ayant évolué en quelques années, « MONGO’S BACK IN TOWN » n’a hélas, pas eu la même chance et a dû se contenter d’une diffusion télévisée en 1971.

Pourtant, ce polar tiré d’un roman d’E. Richard Johnson, enterre complètement le Siegel du point de vue de la noirceur. Deux décades avant « SE7EN », Marvin Chomsky invente un style visuel inédit : toute l’action se passe de nuit, sous des trombes d’eau. C'est Noël, le Noël le plus glauque et sinistre de mémoire d’homme. Mongo Nash (Joe Don Baker) arrive en autocar dans sa ville natale, après cinq ans de prison. Tueur à gages, il a été contacté par son frère (Charles Cioffi) pour abattre un mafioso local. Seulement, Cioffi a profité de son absence pour lui piquer son bar et sa copine (Anne Francis). Et voilà qu'il meurt assassiné. Mongo, talonné par deux flics (Telly Savalas et Martin Sheen) va tenter de démêler cet imbroglio, découvrant que son cher frangin n’est peut-être pas si mort que ça.

MONGO

Le sujet est classique, bateau même, pourrait-on dire, mais le traitement visuel et scénaristique est exceptionnel.

Dans des décors fauchés, sordides, derrière des vitres perlées de pluie, des locaux sans fenêtre, « MONGO’S BACK IN TOWN » décrit un univers quasi-irréel, un concentré de polar fantasmé, mais dénué du moindre romantisme. Le choix de Baker est un coup de génie : colosse impassible, impavide, il n’a rien d’un antihéros charismatique. Ce n’est qu’une brute, un gorille brutal, façonné par son milieu. Quand il drague une petite provinciale paumée (Sally Field), nul espoir d’une love story rédemptrice. Mongo la malmène, profite d'elle, la menace physiquement et finit par la larguer sous la pluie. Pour faire parler son ex, il n’hésite pas à la tabasser. Son seul et unique moment de grandeur, sera son dernier : Mongo mourra debout, contre une carcasse de voiture, indifférent au déluge. Face à cette masse de haine et de violence, cette négation de héros, le flic joué par Savalas en paraît d’une exquise humanité et il bénéficie d’un excellent dialogue. Anne Francis se demande pourquoi il refuse le cognac qu'elle lui offre : « Parce que je suis en deuil », répond le flic. « Qui pleurez-vous ? » s’interroge la fille. « Ma jeunesse envolée », dit Savalas avec un sourire plus triste qu’ironique.

MONGO (1)

Le casting est une des forces de ce téléfilm incroyablement original qui aligne en à peine 70 minutes un nombre insensé de personnages et de situations inoubliables : ce nain junkie qui nettoie le sol à quatre pattes, l’arrivée de Mongo qui détruit le stand d’un (faux) aveugle sans échanger un seul mot avec lui, cet échange dans le noir entre la frêle Sally Field et l’énorme Baker qui ressemble à un monstre sorti du placard. Et bien sûr, cette conclusion dans la casse de voitures, à la limite de l’onirisme. Peu connu, « MONGO’S BACK IN TOWN » a été diffusé en France sous le titre « LE RETOUR DE MONGO » et il est sorti dans de vilaines éditions DVD aux U.S.A. Espérons qu’un jour, son statut « culte » sera enfin reconnu et qu'il connaîtra une diffusion digne de lui.

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 16:31

JOHNNY COOL (2)Ni vraiment polar, ni thriller, ni ‘film noir’, ni saga mafieuse, « LA REVANCHE DU SICILIEN » est pourtant affilié à tous ces genres mais a presque créé un sous-genre à lui tout seul.

D’une froideur à glacer les sangs, d’une violence bestiale, le film JOHNNY COOL (1)fascine par son réalisme et son refus du spectaculaire.JOHNNY COOL (3) Tourné dans un style semi-documentaire, dans des décors naturels rarement visités de New York ou L.A., le film démarre en Sicile par un bref flash-back sur la jeunesse d’une sorte de Robin des Bois local. Enlevé par la police, il est remis entre les mains d’un caïd « italo » exilé à Rome, qui en fait sa marionnette. Il envoie ‘Johnny Cool’ aux U.S.A. pour se venger des rivaux qui l’ont dépossédé et exilé. Le tueur va alors entamer une croisade implacable.

Le thème est classique, mais le traitement unique. Pas de héros dans « LA REVANCHE DU JOHNNY COOL (4)SICILIEN », aucun espoir de rédemption pour personne. Henry Silva – dans le rôle de sa vie – est un fabuleux Johnny Cool. Avec son œil noir inexpressif de grand squale, sa démarche d’automate, il assassine sans ciller, avance sans jamais s'arrêter, tel un Terminator que seule la mort pourra stopper. Il connaît une très surprenante relation (surtout pour un film de 1963 !) avec une « pauvre petite fille riche » jouée par Elizabeth Montgomery, frisant le sadomasochisme le plus débridé. Alors qu'elle l’a dénoncé à ses ennemis, elle déclare, l’œil fiévreux : « Et pourtant, je sais que s’il passait cette porte, j'ai tellement envie de lui que je ramperais pour le retrouver ». À noter que c'est aussi une des très rares occasions où l’héroïne d’un film de cette époque survit à un (double) viol et prend plaisir à devenir une ‘bad girl’.

Produit par le ‘Rat Pack’ de Sinatra, le film grouille de seconds rôles de l’entourage du chanteur comme Joey Bishop, Brad Dexter, Sammy Davis, Jr. et de bonnes vieilles trognes qu’on aime comme Elisha Cook, Jr., John Dierkes, Joe Turkel et Telly Savalas, excellent enJOHNNY COOL (5) mafioso autoritaire.

Construit davantage comme un roman qu’un scénario traditionnel, « JOHNNY COOL » (titre original irrésistible !) ne ressemble à aucun autre polar de cette période et annonce clairement les ‘hard boiled’ des seventies tels « ÉCHEC À L’ORGANISATION » ou « LÉGITIME VIOLENCE ».

William Asher (créateur de la sitcom « MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE ») a offert une vision inédite de l’univers nocturne généralement arpenté par la bande de Sinatra : débarrassé des néons, du CinémaScope, du glamour et des blagues à deux cents, il ne reste qu’un monde de piranhas voraces et abjects qu’on regarde s’entredévorer avec une indifférence fascinée. Quant à la fin, elle est plus noire que noire. Là encore, du jamais vu.

À sa façon, une sorte de chef-d’œuvre…

JOHNNY COOL

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 08:49

MULHOLLAND DRLe scénario de « TWIN PEAKS : FEU MARCHE AVEC MOI » n’était au fond qu’un écran de fumée masquant une terrible mais banale histoire d’inceste. David Lynch suit exactement la même démarche dans « MULHOLLAND DR. », qui fait partie de ses plus éclatantes réussites, dans un genre dont il est l’unique représentant : le cinéma du cauchemar.

On peut toujours aborder les films du cinéaste en se laissant porter, en acceptant ses délires et obsessions sans obligatoirement chercher à analyser ou même à comprendre. Mais « MULHOLLAND DR. » est finalement un de ses films les moins hermétiques. Les trois premiers quarts du film sont en fait un rêve. Le rêve que fait une starlette ratée, larguée par sa copine, qui déprime dans sa chambre sinistre, jusqu'au suicide. Dans son rêve, elle (re)devient une naïve héroïne fraîche et émerveillée, elle tombe amoureuse d’une femme mystérieuse, sans mémoire, au physique de star du passé et ensemble – comme des MULHOLLAND DR (1)actrices dans un vieux ‘serial’ – elles braveront les dangers d’un Hollywood labyrinthique et décrépit. Plus dur sera le réveil, aux relents de gueule de bois. Et Lynch cherchera même à donner des amorces d’explications un peu à la façon de « USUAL SUSPECTS ». Pour mieux nous perdre ensuite…

Au-delà des interprétations et des divers niveaux de lecture, « MULHOLLAND DR. » est avant tout un chef-d’œuvre de sensualité, d’émotion, flirtant constamment avec la folie et le malsain. Des séquences comme la première nuit d’amour entre Naomi Watts et Laura Elena Harring (« I’m in love with you ») sont époustouflantes et pourtant d’une totale simplicité. La scène de casting où Naomi Watts séduit un vieil acteur trop bronzé, la longue séquence dans la boîte de nuit ‘Silencio’, sont autant d’instants magiques, hors du temps et du réel.

Un film de Lynch ne se décrit pas, il s’expérimente et celui-ci tout particulièrement. Si on accepte l’immersion, l’envoûtement est profond et durable. Bien longtemps après la fin, on se pose encore des questions… Le tout dernier plan du film, ces deux visages de femmes blondes, suréclairées, ne voudrait-il pas dire que ‘Rita’ n’a jamais existé et qu'elle n’est qu’une vision idéalisée que ‘Betty’ aurait eu d’elle-même ? La star que la jeune femme désabusée aurait rêvé d’être en débarquant à Hollywood ? « MULHOLLAND DR. » n’a pas fini de révéler ses mystères…

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 06:45

HERO« Il est facile de voir que les problèmes de trois petits individus n’ont pas grande importance dans ce monde devenu fou », disait Bogie à Ingrid à la fin de HERO (1)« CASABLANCA ». « Un jour, tu comprendras ça ».

« HERO » se passe en Chine et pas au Maroc, mais cette petite réplique-culte du film de Michael Curtiz résume parfaitement le sujet de ce chef-d’œuvre lyrique.

« HERO » parle de sacrifice, d’amour fou, de mensonge. Le scénario commence à la façon d'un conte des mille et une nuits, évolue comme « RASHOMON » avec une multiplicité de versions desHERO (2) mêmes évènements, puis progressivement, on pénètre l’univers onirique du film pour comprendre son message politique. Le véritable héros saura renoncer à sa vengeance – son unique raison de vivre – pour le bien de son pays. En devinant la destinée du roi qu'il voulait assassiner, il l’épargne pour qu'il puisse l’accomplir.

Déployant des moyens exceptionnels, le réalisateur traite son sujet comme une sorte de western métaphysique, multipliant les duels au sabre, mêlant intimement rêve et réalité, vérité et mensonge, jusqu'au vertige.

Chaque plan pourrait être un tableau de maître, la BO est littéralement envoûtante et les HERO (3)trois acteurs principaux déploient un charisme extraordinaire, tout particulièrement Maggie Cheung en guerrière passionnée et féline et Tony Leung en sabreur à la sagesse universelle. Jet-Li a un rôle plus traditionnel de vengeur obsessionnel dont il s’acquitte fort bien.

Dans ce maelström d’images aux couleurs vives, le ralenti est utilisé avec une intelligence jamais prise en défaut, et si on peut regretter un léger abus de cascades « câblées », la fascination provoquée par « HERO » s’avère totale et durable. On n’oubliera pas ce duel rêvé au-dessus d’un lac-miroir, ces amants embrochés sur le même sabre, ces nuages de flèches mortelles fendant le ciel et tant d’autres images indélébiles.

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 09:36

ANOTHER YEAROn connaît la technique de Mike Leigh, son écriture faite d’improvisations élaborées avec ses comédiens, son art délicat à capter l’air du temps, les non-dits et les petites misères de l’être humain. Avec « ANOTHER YEAR », il retrouve l’universalité et l’émotion de son précédent chef-d’œuvre : « SECRETS ET MENSONGES », pour un film dont les richesses se révèlent progressivement, une couche après l’autre.

Si le couple de sexagénaires heureux formé par Ruth Sheen et Jim Broadbent servent de ANOTHER YEAR (1)refuge et de famille temporaire à quelques cœurs à la dérive, le film est centré sur le personnage de Mary, génialement incarné par Lesley Manville. Égocentrique, insupportable, pathétique, indélicate, encombrante, elle crée un personnage de « femme au bord de la crise de nerfs » qui semble sorti tout droit d’un film de Cassavetes. On la voit s’autodétruire sous nos yeux comme un lapin pris dans le faisceau de phares et son dernier plan – qui est aussi l’ultime image du film – est à fendre le cœur. Une image de l’absolue solitude, du total désespoir.

C'est dire que « ANOTHER YEAR » n’a rien de la comédie bucolique que laissent entendre son titre et son affiche. Il faut avoir un moral d’acier pour partager ces deux heures avec ces frères humains en bout de course, presque douloureux à regarder, comme ce gros homme imbibé de vin et de bière, qui semble se suicider à chaque bouchée qu'il avale. Pitoyable ? Émouvant ? Répugnant ? Mike Leigh nous laisse juges. La grande Imelda Staunton apparaît au début, en ménagère vieillissante, usée par la vie, qui supplie son médecin de lui prescrire des somnifères. Poignant !

C'est du très beau cinéma anglais, une mosaïque d’apparence tranquille, scandée par le passage des saisons, mais qui dissimule sous ses faux-airs placides des tempêtes de désespérance. Même Gerri et Tom, le gentil couple idéal peut se montrer cruel et froid pour se protéger. Ils font penser à la chanson de Sheller : « Pourquoi les gens heureux… ». Pas aussi simples !

Un grand film humaniste, dans lequel toute ficelle (mélo)dramatique est prohibée. Ça fait mal, par moments, mais… quel talent !

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