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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 09:36

« LA VIEILLE FILLE » est et a toujours été un film déroutant, parce que ne ressemblant absolument pas à ce que promet l’affiche, le casting, l’époque à laquelle il fut tourné. On s’attend à une comédie sentimentale franchouillarde, un véhicule pour deux stars populaires VIEILLE FILLEet on a… On a quoi, au fait ? Une tranche de vie débraillée et foutraque saisie dans le vif de la France pompidolienne, une réalisation quasi-expérimentale par instants, avec un montage heurté, une lumière souvent « sale », une narration éclatée en mosaïque. Bref, une sorte de grande fresque satirique à la Dubout, sur pellicule.

Les auteurs filment au microscope un groupe d’individus pittoresques, étranges, dérangés, inadaptés, ridicules, lamentables, dont on sourit d’abord, avant de comprendre que nous pourrions tous faire partie de cette joyeuse mais pathétique bande. Et au sein de cette « monstrueuse parade », il isole un célibataire en goguette (Philippe Noiret), un brave type pas spécialement futé, un brin « relou » et une vieille fille (Annie Girardot) cassante et rébarbative. Des gens qui n’ont pas de conversation, pratiquement pas le sens de l’humour, mais qui peu à peu se rapprochent, comme des animaux méfiants, le temps de quelques jours de vacances tristounets.

Bien sûr, Girardot paraît un peu trop belle physiquement, pour être tout à fait crédible, mais elle a de grands moments d’émotion rentrée et son tandem avec Noiret fonctionne à plein régime. Leur dialogue fait de non-dits, de maladresses, de bouffées de désespoir sur le ponton flottant, est un très joli morceau de bon cinéma français.

VIEILLE FILLE (1)

Les seconds rôles sont un véritable régal : Michel Lonsdale en pasteur bizarroïde, Edith Scob géniale dans le rôle de sa femme anorexique et folle à lier, Marthe Keller radieuse en soubrette sexy et même la débutante Maria Schneider en vacancière accro au soleil.

Difficile de mettre le doigt sur ce qui fait le charme inoxydable de « LA VIEILLE FILLE ». Son style sans doute, son mélange de méchanceté et de générosité, son œil d’entomologiste sur un monde aujourd'hui disparu. Et aussi cette façon de nous attacher progressivement et l’air de rien, à des personnages qui n’ont rien d’attirant ou même d’intéressant. À priori…

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 08:49

Remise en actu d'un post paru en juillet de cette année, afin de coïncider avec la sortie DVD et Blu-ray du film en France.

 

Bonheur ! Joie ! Félicité ! THEY DID IT !!! Ils ont réussi ! « Ils » ont fait un vrai film ‘hard boiled’ des seventies en 2012 ! Sans clin d’œil, sans parodie, sans second degré (ou presque), mais avec une pêche qu’on n’avait pas vue dans un film américain depuis des lustres. Alléluia !

« KILL THE GRINGO » (oui, c'est le titre français !) est ce qu’on appelle aujourd'hui « une tuerie » à tous les sens du terme, d'ailleurs. Un film âpre, saignant, amoral, cynique, avec un (anti)héros aussi charismatique qu’indéfendable, dans la lignée des Charley Varrick d’antan. Et – double bonheur – c'est Mel Gibson qui l’incarne. Pas le dépressif déprimant du « COMPLEXE DU CASTOR », pas le has-been amorti de « HORS DE CONTRÔLE », non : le vrai Mel ! Celui de « PAYBACK » enfin revenu d’entre les morts, pour ce qui restera très certainement comme un de ses meilleurs rôles.

Se passant presque entièrement dans un bagne mexicain hallucinant, sorte de bidonville à ciel ouvert, grouillant et surpeuplé, le scénario en béton armé suit un braqueur américain envoyé là-bas pour y pourrir. Débrouillard et roué, il va s’attacher à un gamin et à sa mère (oui, il y a même des familles, là-dedans !) et littéralement faire imploser le système de corruption ambiant.

GRINGO modifié-1

C'est d’une violence extrême, d’un humour grinçant. Le ‘showdown’ en plein cœur de la prison sort tout droit d’un Peckinpah de la grande époque et Gibson, comme un poisson dans l’eau, s’autorise des apartés formidables, comme cette imitation de Clint Eastwood qui est jubilatoire au possible.

Pas une seconde d’ennui, pas une fausse-note, des seconds rôles au diapason (on voit même Patrick Bauchau, ex-acteur de Rohmer, en chirurgien véreux !), et une happy end improbable mais, ma foi, bienvenue après une telle avalanche de violence et de morts en cascade.

« KILL THE GRINGO » n’est pas sorti en salles, même aux U.S.A., ce qui ne laisse pas de surprendre, quand on voit le film, mais peut-être a-t-il été considéré comme trop ancré dans un cinéma dépassé, enraciné dans une ère révolue.

Pourtant, très franchement, en le visionnant, on n’a vraiment pas la sensation de contempler une pièce de musée poussiéreuse. « WWW » approved !

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 16:46

GAME (2)Sorti deux ans après le choc frontal que fut « SE7EN », « THE GAME » fut reçu tièdement, comme une diffuse déception. Pourtant, à le revoir aujourd'hui, hors de ce contexte, force est de reconnaître que c'est une œuvre de première grandeur, qui va bien au-delà de sa promesse de départ.

Bâti sur le principe de la série-culte « MISSION : IMPOSSIBLE » (une organisation recrée le monde réel pour piéger un quidam), le film transcende la thématique du « film GAMEd’arnaque », pour devenir une sorte de psychanalyse de choc, un trip existentiel brutal et ludique à la fois, sous des allures de cauchemar kafkaïen. Devenu un business man froid, cassant et sans âme, Michael Douglas en acceptant de participer à un « jeu » dont il ne sait rien, va connaître une expérience limite, un véritable « reboot » de sa personnalité, qui va l’obliger à affronter ses peurs les plus primales, à faire tomber tous ses boucliers mentaux et à repartir de zéro.

Le scénario est proprement machiavélique, mais pas gratuitement. C'est un jeu pervers et dangereux, certes, mais qui va détruire un homme pour mieux le faire renaître. C'est l’originalité fondamentale de ce film noir et suffoquant, dans lequel on s’empêtre, on s’embourbe, jusqu'à ne plus discerner le vrai du faux.

C'est un des plus beaux accomplissements de David Fincher, qui signe un véritable diamant noir, d’une perfection formelle époustouflante et qui offre à Douglas un de ses plus beaux rôles. De retour dans les rues de San Francisco, deux décennies après la série qui fit sa renommée, il n’est plus un gentil héros propre sur GAME (1)lui, mais une machine-à-fric sans cœur, ni chaleur, chahuté du début à la fin, dont on va suivre la dégringolade mentale et physique, jusqu'à cette chute finale qui annonce celle du générique de « MAD MEN ».

À ses côtés, l’actrice aux yeux de chat, Deborah Kara Unger n’a jamais été mieux employée qu’en arnaqueuse qui ment tellement qu'elle en oublie elle-même qui elle est, et Sean Penn amusant en frère bon-à-rien et porte-poisse.

Ne pas sous-estimer « THE GAME » donc, qui sous ses allures de « bad trip » sophistiqué, froid comme une lame, cache un chef-d’œuvre perturbant, quasi-onirique, une sorte de poupée-gigogne vertigineuse et exaltante.

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 17:28

KISS ME (4)« EN QUATRIÈME VITESSE » fait partie de ces films disséqués et commentés, épluchés, depuis des décennies mais qui – à l’instar de « LA SOIF DU MAL » par exemple – continuent de préserver leur part de mystère et leur influence sur le 7ème Art. Ce n’est pourtant que l’adaptation d’un roman de gare de Mickey Spillane, un polar à petit budget KISS MEtourné en noir & blanc et sans la moindre vedette à l’horizon. Mais c'est Robert Aldrich qui est aux commandes, celui desKISS ME (2) débuts, le virulent, le furieux, le sans-tabou qui explose le genre où il a choisi d’évoluer pour le transcender en autre chose.

Ce condensé de ‘film noir’ semble évoluer au fil de la plume, en suivant pas à pas l’enquête quasi-abstraite d’un privé qui va de suspect en témoin, d’un coin de la ville à l’autre en cherchant des indices sur… on ne sait quoi. Jusqu'à la découverte d’une boîte en plomb contenant peut-être une bombe atomique ou qui est peut-être aussi la porte menant droit aux enfers. Car la hantise de l’après-Hiroshima plane sur tout le film et finit par le dévorer tout entier : scénario, personnages, décors, et pour finir le monde entier. Car Aldrich ne fait pas les choses à moitié !

Étonnant « héros » que Mike Hammer. Sous les traits mâles mais étrangement dénués de KISS ME (1)caractère de Ralph Meeker, c'est une brute épaisse inculte et narcissique, qui baffe les suspects récalcitrants, sourit en brisant un poignet dans un tiroir et connaît des trucs tellement horribles pour tuer un homme, que cela se passe hors du champ de la caméra et laisse ses victimes littéralement défigurées par la frayeur. Bien avant l’arrivée des antihéros au cinéma, Hammer apparaît comme un signe avant-coureur de l'homme du 21ème siècle, un égoïste amoral et fétichiste. La preuve ? Il possède le premier répondeur automatique jamais vu dans un film !

Comme souvent chez Aldrich, les seconds rôles sont triés sur le volet. On retrouve avec plaisir Jack Elam, Jack Lambert, Strother Martin ou Nick Dennis (« Va-va-voom ! 3-D pow ! »). Mais ce sont les dames qui épatent le plus : leur physique est aussi moderne que leur façon de jouer. Tout particulièrement Gaby Rodgers au regard complètement ‘stoned’, à la diction décalée, délibérément fausse.

KISS ME (3)

Depuis son célébrissime générique-début passant à l’envers, jusqu'à son final apocalyptique, en passant par ses répliques ‘hard boiled’ et parfois presque poétiques, « EN QUATRIÈME VITESSE » est un film expérimental habilement déguisé en série B policière, une explosion d’inventivité et de culot qui aujourd'hui encore, laisse pantois.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:59

MAN ON FIRE (2)Tony Scott, qui vient de nous quitter, passait pour un bon faiseur de ‘blockbuster’', un ex-fils de pub surdoué pour l’image, soignant davantage le contenant que le contenu de ses MAN ON FIRE (1)films. Ce n’était pas tout à fait erroné et il n’a jamais atteint la notoriété de son frère aîné Ridley. Pourtant, s’il est un film et un seul, qui pourrait remettre ces affirmations en question, c'est bien « MAN ON FIRE ».

Basé sur un scénario en béton de Brian Helgeland, ce thriller est un véritable bijou dans son genre. Sans rien renier de ses excès et de son goût de la luxuriance visuelle, Scott signe un de ces films rarissimes qu’on peut revoir régulièrement, comme s’ils n’avaient pas révélé tous leurs secrets. Sec,MAN ON FIRE (4) rapide, sans une once de graisse, « MAN ON FIRE » prend néanmoins le temps d’installer ses personnages, de fouiller leurs relations, leur passé, avant de « libérer l’enfer » dans une seconde moitié apocalyptique, qui renvoie tous les films de ‘vigilantes’ à leurs chères études. Outre une maîtrise époustouflante du tournage à multiples caméras, une maestria dans la façon de trafiquer les images, de télescoper le montage, à la limite du compréhensible, Scott dirige magnifiquement son duo d’acteurs : Denzel Washington, épaissi, comme anesthésié par le remords et la tentation du suicide, compose un personnage d’une belle épaisseur humaine. Quant à la petite Dakota Fanning, alors en plein dans ses « années magiques », elle est d’une maturité presque dérangeante. Leur histoire d’amitié est totalement émouvante et crédible et justifie les MAN ON FIREdébordements de violence de la partie « vendetta ». Et il fallait qu'elles soient fortes leurs scènes ensemble, pour accepter une bombe enfoncée dans le rectum d’un ripou, des mains arrachées au fusil à pompe, des doigts coupés au couteau et cautérisés à l’allume-cigare, etc.

Baignant dans une ambiance mexicaine que le réalisateur connaît bien depuis son beau « REVENGE », « MAN ON FIRE » est un Grand-8 d’émotions diverses, allant du mélodrame à l’ultra- violence, saupoudré d’une pointe de religion et hanté par la Grande Faucheuse.

Autour de ses stars, Scott a réuni le gratin des acteurs U.S. : Christopher Walken en vieux pote retiré des voitures, Mickey Rourke en avocat pourri jusqu'à l’os, Giancarlo Giannini en flic ambigu et les belles Radha Mitchell et Rachel Ticotin, excellente en journaliste alliée à ‘Creasy’ dans sa croisade sanglante.

MAN ON FIRE (3)

Sous ses dehors de film d’action très seventies à la « ROLLING THUNDER », derrière son incessante pyrotechnie, le film dégage un charme étrange, une étincelle de vie et d’émotion brutes, qu'il serait difficile de nier.

En apprenant le suicide de Tony Scott, on ne peut qu’être extrêmement troublé par la fin de ‘Creasy’, dont le passage du monde des vivants à celui des morts, se fera… sur un pont. Perturbant…

 

À NOTER : le film est en fait la seconde adaptation du roman de A.J. Quinnell, après « MAN ON FIRE » (1987), réalisé par Élie Chouraqui, avec un cast (déjà) américain composé entre autres de Scott Glenn et Jade Malle.

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 18:17

JAWS (2)« LES DENTS DE LA MER » est ce que les anglo-saxons appellent un film « séminal ». À la fois un classique du 7ème Art et un film essentiellement commercial, que tout le monde a vu et revu et qui est entré dans l’inconscient populaire. La plupart des répliques sont JAWS (1)connues, le scénario a été plagié d’innombrables fois sous toutes sortes de déguisements.

En fait, le seul autre film qui s’en rapproche est « L’EXORCISTE ». Le chef-d’œuvre de Friedkin (nous parlons ici de sa version originelle) a suscité la même terreur primitive, touché les mêmes points sensibles chez le spectateur le plus aguerri et surtout, en revoyant aujourd'hui les deux films, on se rend compte que si leurs effets horrifiques pour efficaces qu'ils soient encore, ont un peu vieilli, ce qu’on préfère ce sont les autres séquences.

Le jeune Spielberg, encore dépourvu de tics, épate par son goût du détail : les vestes ringardes du maire Murray Hamilton, les images apparemment anodines qui traumatisent (le matelas crevé qui flotte en bord de plage, l’apparition soudaine d’un baril en pleine nuit), les petites scènes d’une vérité inattendue : le concours de cicatrices sur le bateau, le shérif Brody singé par son petit garçon…

Le trio de personnages est excellemment décrit. Le shérif citadin hypocondriaque, l’océanographe vaguement hippie, le vieux loup de mer à moitié givré dépassent progressivement leur stéréotype pour prendre chair et épaisseur. L’interaction entre Robert Shaw et Richard Dreyfuss est magnifique. Du mépris à l’estime, puis – presque – à l’amitié. Et nul n’oubliera le monologue de Shaw sur le bateau, lorsqu’il raconte le naufrage de l’Indianapolis. On a beau l’avoir vu dix fois, vingtJAWS (3) fois, il file toujours autant le frisson. Le sommet de la carrière de l’acteur anglais. Comme échappé de « FRENCH CONNECTION », Scheider a rarement été meilleur et plus attachant que dans ce rôle auquel il est aisé de s’identifier : « You’re gonna need a bigger boat ».

Impossible de ne pas citer l’exceptionnelle BO de John Williams. Pas seulement les quelques notes célébrissimes de « l’air du requin », mais toute la partition, qui enrobe littéralement le film, colle aux images, les rehausse, les dramatise et va même jusqu'à insuffler un soupçon d’humour là où on ne s’y attend pas.

Alors bien sûr, le film n’est pas exempt de défauts mineurs, comme ce fameux requin de plastique, qu’on voit parfois trop nettement ou des seconds rôles trop rapidement expédiés comme l’adjoint de Scheider ou le pêcheur ‘Ben Gardner’ qu’on a du mal à identifier, avant de découvrir sa tête dans une séquence anthologique. Mais ce ne sont vraiment que broutilles. Car « LES DENTS DE LA MER » procure toujours autant de plaisir, de frissons et de sourires. Et malgré sa prestigieuse filmographie, il n’est pas certain que Steven Spielberg ait jamais retrouvé cette simplicité, cette humilité dans la manière de raconter une histoire.

JAWS

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 08:09

CLASSETrès atypique dans la courte mais magnifique filmographie de Claude Sautet, « CLASSE TOUS RISQUES » transcende le genre où il évolue, le ‘film noir’, pour atteindre à la tragédie antique. Car ici, point question de polar, de scènes d’action – même s’il y en a quelques-unes – ni de voyous héroïques, le scénario de José Giovanni est ancré dans le réel et la vision qu'il donne d’Abel Davos, braqueur en cavale, n’a vraiment rien de glorieux ou d’admirable. Le film est bâti en goulot d’étranglement : au début, Davos est en groupe, femme, enfants, meilleur pote, il évolue dans les grandes artères de Milan, fuit dans l’immensité de la Méditerranée. À la fin, il est seul, acculé dans une minuscule chambre de bonne, où sa grande carcasse semble étouffer à petit feu.

La force et la maturité de ce film, outre une technique d’une modernité inouïe, est de montrer Davos tel qu'il est, de ne pas en donner une vision romanesque ou pathétique. Par quelques phrases, on comprend vite qu'il n’est pas victime du destin, mais qu'il a forgé son propre malheur. C'est une bête fauve, un tueur dans l’âme, entraînant dans sa chute sa propre famille. Le choix de Lino Ventura pour ce personnage est des plus intelligents : par sa carrure, sa densité humaine, il crée un paradoxe avec les actes de Davos, mais par sa rudesse et son expression revêche, exclut toute possibilité d’empathie. Davos est un vestige du passé, un anachronisme sur pattes. À l’heure où ses anciens complices parisiens sont devenus de bons bourgeois rangés des voitures, il continue sa course folle et espère être accueilli à bras ouverts quand il revient. Il pourrait reprendre à son compte les célèbres répliques peckinpiennes : « Les temps ont changé », « Pas moi ».

La réalisation adopte un style de semi-reportage extrêmement efficace, la voix ‘off’ n’estCLASSE (1) jamais gênante et préfigure l’utilisation qu’en fera Sautet dans ses œuvres suivantes. Tout bien sûr, n’est pas exempt de défauts : la sous-intrigue de Jean-Paul Belmondo avec l’apprenti-comédienne Sandra Milo ne sert strictement à rien et n’est manifestement là que pour satisfaire la coproduction. Mais cela ne gêne pas vraiment et ne pollue jamais le récit. Disons qu’on s’en serait volontiers passé, voilà tout.

Dans cet univers sombre, dépressif, loin de toute mythologie à la Melville, évoluent des personnages inoubliables : Belmondo d’abord, en jeune voyou énigmatique, aux motivations floues, mais fidèle jusqu'à la mort. Claude Cerval, visqueux à souhait en ex-ami plus que prudent et Dalio, délectable en « fourgue » immonde comme lui seul savait l’être.

« CLASSE TOUS RISQUES » est – ne craignons pas les superlatifs – une pierre blanche du cinéma policier hexagonal, un film à la fois adulte et populaire, qui ne cherche jamais à capitaliser sur le folklore habituel du film de gangsters, ni sur le pittoresque d’un langage à la Audiard. Il montre le hors-la-loi tel qu'il est, sa triste existence sans enjolivure.

Quand à la fin, Abel Davos disparaît dans la foule, silhouette anonyme et grise, on a compris qu'il est déjà mort. Et c'est presque un soulagement… Grand polar, oui. Mais pas seulement : grand film tout court !

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 17:38

KING NY (1)On peut ne pas être client de l’œuvre chaotique et brouillonne d’Abel Ferrara et béer d’admiration pour son « KING OF NEW YORK », un concentré de polar urbain, dont chaque revision révèle les ambiguïtés et les richesses.

Dès les premières séquences, le film mélange tout, fusionne les univers, mixe les milieux, KING NYtélescope les classes sociales, les ethnies. Les magistrats, les journalistes, les politiciens dînent avec les gangsters en toute familiarité, les filles sont faciles, la cocaïne coule à flots. Le caïd ‘Frank White’ n’a qu’un rêve : bâtir un hôpital pour les enfants déshérités, alors que les flics impuissants et frustrés se transforment en ‘vigilantes’ dont les méthodes sont dignes des escadrons de la mort. Et tant pis pour les dommages collatéraux ! Tout est brassé, inversé, déflagré, au rythme de la BO syncopée et des éruptions volcaniques de violence.

Enfer bleuté d’acier et de verre où se reflètent des lumières dorées, le New York de Ferrara ne ressemble pas à celui de Woody Allen, ni même à celui de Scorsese. Le film explore des zones obscures, des no man’s land rarement filmés où s’ébattent des grands fauves barbares, quel que soit le côté de la loi où ils se trouvent. Mais avant tout, « KING OF NEW YORK » comme l’indique son titre, est le portrait saisissant d’un gangster sortant de prison et reprenant possession de son territoire. Dès sa première apparition, Frank White apparaît comme un mort-vivant. Ou plutôt comme un « non-mort » : un vampire. Ce n’est certainement pas par hasard que Ferrara insère un extrait de « NOSFERATU » dans une scène. Le choix de Christopher Walken pour l’incarner est évidemment plus que judicieux. Blafard, les yeux morts, éteints, passant en une fraction de seconde de la jovialitéKING NY (2) juvénile à la brutalité la plus choquante, les cheveux dressés sur la tête, comme s’il avait survécu à la chaise électrique, Walken trouve un de ses plus grands rôles. Il électrise l’écran dès qu'il apparaît, en sachant rester totalement imprévisible du début à la fin, en parvenant à être fascinant sans jamais se montrer attachant ou susciter l’empathie. White est une vermine… Parmi les vermines. Mais le jeu de l’acteur comme possédé, un pied dans la tombe, laisse deviner l’être humain qu'il a dû être un jour, qu'il aurait pu être.

Regrettons seulement – et c'est un petit regret ! – que trop de dialogues soient improvisés KING NY (3)et manquent de substance, car certaines séquences s’en trouvent appauvries.

Les seconds rôles sont formidables : de David Caruso en jeune poulet enragé et haineux à Larry Fishburne en ‘gangsta’ ingérable, en passant par Wesley Snipes, Steve Buscemi et l’excellent Victor Argo dans un rôle de flic besogneux et taiseux, discret Némésis de White.

Chef-d’œuvre nocturne, cauchemardesque, « KING OF NEW YORK » est tellement primitif dans sa narration, si nihiliste et j’usquauboutiste dans son traitement, que quelques gros-plans du visage de Walken les yeux levés vers le ciel noir, laissent imaginer que tout le film n’est que le rêve/fantasme éveillé d’un homme en fait resté dans sa cellule.

Car comme tous les grands films uniques en leur genre, celui-ci laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.

KING NY (4)

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 08:19

CHANTONS (2)Soixante ans (soixante ans !!!) après sa sortie, tous les superlatifs ont été utilisés au sujet de « CHANTONS SOUS LA PLUIE », le ‘musical’ adulé par tout le monde, même ceux qui haïssent les ‘musicals’, le chef-d’œuvre technicolorisé de Donen & Kelly, le film dont toutes les chansons sont devenues des tubes immortels.

La ressortie en Blu-ray dans une extraordinaire restauration image et son, confirme tout le CHANTONS (1)bien qu’on a toujours pensé de l’œuvre. C'est le genre de film qui accompagne toute une vie, qu’on revoit régulièrement avec un plaisir constamment renouvelé, un sourire aux lèvres, avec une familiarité croissante. Comment ne pas fredonner « Make’em laugh », « Good mornin’ », « Singin’ in the rain » (bien sûr) ou « Moses supposes » ? Comment ne pas se réjouir des séquences décrivant les premiers tournages sonores à Hollywood ? Impossible, le film dégage une telle énergie, une telle bonne humeur, sans jamais être mièvre (bien au contraire, on décèle même une certaine causticité, par endroits), qu'il est et demeure d’une modernité indéboulonnable.

Comme on y trouve à chaque revision de nouvelles raisons de l’aimer, « WWW » a cette fois craqué pour Jean Hagen, qui est vraiment le ‘bonus’ du film, son centre de gravité et un bonheur de chaque instant. Incarnant la « blonde » dans toute son horreur : une imbécile inculte, vulgaire, stridente, égotique et pour couronner le tout, méchante et jalouse, elle fait de ‘Lina LaMont’ un personnage anthologique. La composition est vraiment fabuleuse, surtout si on la compare à son autre rôle emblématique dans « QUAND LA VILLE DORT » tourné deux ans plus tôt. Méconnaissable ! Son air bovin, son accent du Bronx, sa glorieuse nullité en font presque l’héroïne de « CHANTONS SOUS LA PLUIE ». Debbie Reynolds est mignonne etCHANTONS énergique, Gene Kelly et Donald O’Connor assurent avec une classe folle, mais la vraie star, c'est Lina !

Alors, irréprochable, le film ? Si on veut chipoter et se distinguer, on pourra tiquer devant le numéro new-yorkais avec Cyd Charisse, qui – pour magnifique qu'il soit visuellement – semble rajouté a posteriori et plombe sévèrement le rythme du dernier tiers. Hors-sujet et interminable. Un autre film à l’intérieur du film. À voir séparément, peut-être ?

Quoiqu’il en soit, et à l'instar de « LA NUIT DU CHASSEUR », « CHANTONS SOUS LA PLUIE » est un peu le film préféré de tout le monde. Et il y a d’excellentes raisons pour cela.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 09:53

BLACK RAIN (2)Dans « UN SHÉRIF À NEW YORK », Clint Eastwood flic-cowboy débarquait dans Big Apple avec un prisonnier qui lui échappait. Perdu dans un milieu hostile, il allait tout faire pour récupérer l’évadé. « BLACK RAIN » c'est exactement la même chose, à part que Michael BLACK RAIN (1)Douglas arrive de New York et atterrit à Tokyo. À la pragmatique solidité de Don Siegel succède le génie visionnaire de Ridley Scott et c'est – entre autres – ce qui fait toute la différence entre les deux films.

Encore habité par l’imagerie SF de son « BLADE RUNNER », Scott filme le Japon comme une contrée à la fois futuriste et archaïque et confronte les mentalités en décrivant l’amitié naissante entre le flic ripou yankee et le vieil inspecteurBLACK RAIN (3) nippon, confit dans ses traditions. Le premier réapprendra le sens de l’honneur et du devoir au contact de l’autre, le second osera pour un bref moment l’individualisme et la désobéissance. Ce magnifique personnage est campé par Ken Takakura, découvert dans l'assez proche « YAKUZA » qui est en fait, le véritable protagoniste du film.

« BLACK RAIN » est un polar étonnamment épargné par les années. Le scénario est bétonné, parfois à l’excès : était-il besoin de montrer que Douglas est un excellent motard au début pour justifier la poursuite finale ? Mais certaines idées sont formidables : la gestion du personnage d’Andy Garcia, le co-équipier sacrifié au beau milieu de l’action par exemple, laissant face à face les deux personnages principaux. La photo de Jan de Bont est époustouflante, chaque composition est plus sublime que la précédente. Quant  à la BO de Hans Zimmer, elle confère à l’ensemble une majesté unique.

BLACK RAIN (4)

Aucun défaut ? Si, bien sûr. Michael Douglas surjoue constamment le ‘tough guy’ quand on BLACK RAINaurait apprécié plus d’ambiguïté, l’entraîneuse jouée par Kate Capshaw n’est pas très bien intégrée au récit (en fait, le film aurait probablement encore mieux fonctionné en coupant toutes ses scènes !). Mais ce ne sont que broutilles : Yûsaku Matsuda est un méchant parfaitement haïssable et effrayant, les décors naturels japonais sont génialement choisis et filmés et l’épilogue à l’aéroport – un must depuis « CASABLANCA » ! – est étrangement émouvant.

Une superbe fable déguisée en thriller exotique, qui parle en filigrane de dérive morale, de rédemption, de fraternité entre les hommes et de retour à certaines valeurs oblitérées par la vie moderne. Le discours est toujours, et plus que jamais, valide 20 ans après la sortie de « BLACK RAIN ». Chef-d’œuvre ? Oui, chef-d’œuvre.

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