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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 09:47

  Il est curieux de constater, à chaque fois qu'on ouvre un livre sur le western, qu'on parle à un cinéphile "sérieux", ou qu'on tombe sur une liste des meilleurs films du genre, que John Sturges est systématiquement méprisé, considéré au mieux, comme un "honnête faiseur", au pire comme un tâcheron besogneux.
Pourtant son chef-d'oeuvre "UN HOMME EST PASSE", western moderne situé à la fin de la seconde guerre mondiale, est unaniment considéré comme un grand film, et s'il s'est parfois "planté" sérieusement, il a toujours été un artisan sérieux et ultra-professionnel, directeur d'acteurs hors pair, et filmant l'espace avec une précision jamais prise en défaut.
"FORT BRAVO" est un bon western militaire, au casting un peu pâle, dont des images, comme cette pluie de flèches mortelles, sont indélébiles. "UN HOMME EST PASSE" déjà cité, est un exemple inégalé d'utilisation du format CinémaScope, Spencer Tracy y est magnifique en manchot obstiné, face à une ville de lyncheurs perdue en plein désert. Un film allégorique, sobre et puissant, qui n'a pas pris une ride en plus de 50 ans. En utilisant Ernest Borgnine, Lee Marvin, Walter Brennan, Sturges y faisait preuve de son flair pour les seconds rôles.
"COUP DE FOUET EN RETOUR" est un western plus traditionnel, teinté de psychanalyse. Sturges tâte au star system en orchestrant la confrontation Burt Lancaster-Kirk Douglas dans "REGLEMENT DE COMPTES A O.K. CORRAL", un western un peu trop solennel, mais extrêmement bien réalisé.
"LE DERNIER TRAIN DE GUN HILL", mélange de suspense et de western, majoritairement filmé en intérieurs confinés, est une de ses plus flagrantes réussites. Kirk Douglas y affronte cette fois son ancien ami Anthony Quinn, pour une vengeance cruelle et sans échappatoire. Nouveau duel entre deux hommes pour "LE TRESOR DU PENDU", teinté cette fois d'homosexualité latente, le méchant Richard Widmark agissant envers Robert Taylor, comme un amant "séduit et abandonné". "LES 7 MERCENAIRES" est le film le plus connu de Sturges, un remake réussi des "7 SAMOURAÏS" de Kurosawa, porté par une photo glorieuse, une musique légendaire d'Elmer Bernstein, et surtout un cast d'inconnus hors du commun. Est-il besoin de les citer ?
"LES 3 SERGENTS" est un désastre, tourné au service du "Rat Pack" de Frank Sinatra. Le comique troupier n'est pas le fort de John Sturges, et tant mieux pour lui ! N'ayant pas compris la leçon, il rempile avec le cataclysmique "SUR LA PISTE DE LA GRANDE CARAVANE", où il gaspille éhontément Lancaster, Lee Remick, Martin Landau, etc. dans un navet qui dure quasiment trois heures ! Une épreuve...
"7 SECONDES EN ENFER" est une nouvelle lecture de la fusillade d'O.K. Corral, à part que le film commence par le gunfight. Jon Voight débute, mais s'il est intéressant, le film manque de stars charismatiques, James Garner et Jason Robards n'ayant aucunement la dimension mythologique de leurs rôles.
"JOE KIDD" marque le début de la fin pour Sturges. Evincé du plateau par sa star Clint Eastwood, le réalisateur reniera le film (on le comprend, au vu du résultat !). "CHINO" est un joli western européen, pour lequel Charles Bronson avait réclamé Sturges. Hélas ! Cette réussite ne doit pas grand-chose à celui-ci, puisque tombé malade au début du tournage, Sturges fut remplacé par le producteur Diulio Coletti.
L'homme n'a jamais eu la dimension d'un Hawks ou d'un Walsh, cependant, un rapide coup d'oeil à sa filmo, suffit à prouver qu'il est honteusement sous-estimé. Il suffit de revoir "UN HOMME EST PASSE" et "LE DERNIER TRAIN DE GUN HILL", pour se persuader qu'il est passé tout à côté d'une grande carrière.

A NOTER: La littérature sur Sturges est rarissime. Aussi faut-il mentionner le petit ouvrage "JOHN STURGES : HISTOIRES D'UN FILM MAKER", d'Emmanuel Laborie, paru en 2003 chez Dreamland.

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Published by Fred Jay Walk - dans LA MYTHOLOGIE DU WEST
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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 14:46

 Si Walter Hill a débuté comme scénariste pour John Huston ou Sam Peckinpah, il est surtout connu pour ses polars comme "48 HEURES", ou l'excellent survival "SANS RETOUR". Il a pourtant la particularité de n'avoir jamais pu surpasser son premier film, le magnifique "LE BAGARREUR", oeuvre sombre sur la Grande Dépression, où il avait réuni deux des "7 MERCENAIRES" : James Coburn et Charles Bronson. Pas un hasard !
Car c'est dans le western qu'en tant que réalisateur, Hill aurait pu devenir un "grand". Vingt ans plus tôt ! Car lorsqu'il réalisa "LONG RIDERS", le genre était déjà quasi mort, et malgré sa bonne idée de faire jouer les membres du gang de Jesse James par de vrais frères (Carradine, Quaid, Keach), le film ne relança pas le western aux U.S.A. Trop austère, sans aucun personnage sympathique auquel se raccrocher, ni grande star charismatique à admirer. L'Ouest, le vrai, en somme...
Pourtant Walter Hill ne renonça pas, et signa bon an mal an, un nombre respectable de westerns : "GERONIMO", qui relate les derniers mois de la vie du chef, n'est pas un grand film, malgré la présence du superbe Wes Studi dans le rôle-titre, et de seconds rôles nommés Robert Duvall ou
Gene Hackman et le débutant Matt Damon. Esthétiquement très beau, mais manquant curieusement de vie. Autre biopic tout aussi moyennement réussi, "WILD BILL" s'intéressait à "Wild" Bill Hickcock, le tueur aux cheveux longs, campé par Jeff Bridges. La seule grande trouvaille du film, fut de distribuer Ellen Barkin dans le rôle de Calamity Jane.
"DERNIER RECOURS" n'est pas un western, mais Hill signait là un remake de "POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS" (lui-même remake de "YOJIMBO"), revenant aux sources littéraires du récit.
Enfin, Walter Hill dut attendre les années 2000, pour signer deux vrais beaux westerns, à la réussite indiscutable. Mais... pour la télé !
"BROKEN TRAIL" est une belle aventure, dans laquelle
Robert Duvall, dans un rôle proche de celui qu'il tenait dans "LONESOME DOVE", protège un convoi de prostituées asiatiques. Un joli film violent et tendre, maîtrisé de bout en bout, malgré sa longue durée. Puis vint la production de la série HBO "DEADWOOD", dont Hill réalisa également le pilote. Fidèle à sa volonté de réalisme stylisé, Hill signe un des westerns les plus brutaux, sordides, poisseux qu'il soit donné de voir. Difficile après vision de ces trois magnifiques saisons, de revoir un western avec les mêmes yeux. Même la crasse des "spaghetti westerns" semble sortie de Disney World, après cela !
Né au mauvais moment, Walter Hill aurait probablement pu devenir l'équivalent des plus grands auteurs de westerns, dans les années 50 et 60. Il a su maintenir le genre en respiration assistée à lui seul, ou presque, pendant des années. Et pour cela, il lui sera beaucoup pardonné.

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 18:52

Le véritable Jesse James, on s'en doute, n'avait pas grand-chose du Robin des Bois altruiste et généreux, complaisamment décrit par le cinéma, en quête de légendes. Du moins dans ses premières apparitions au cinéma, que ce soit sous les traits lisses et "all American" de Tyrone Power ou Robert Wagner (dans deux films portant le même titre français "LE BRIGAND BIEN-AIME") ou de Christopher Jones dans la série télé produite par Don Siegel "THE LEGEND OF JESSE JAMES".
Les choses ont commencé à s'affiner un peu, avec l'arrivée de
Robert Duvall, qui dans "THE GREAT NORTHFIELD MINNESOTA RAID", campa un Jesse névrosé et peu charismatique, qui n'hésitait pas à abattre une vieille dame. Sa première scène dans le film, le montrait d'ailleurs assis sur des latrines, échauffaudant des plans en se soulageant en compagnie d'un acolyte. Le message démythificateur du réalisateur Philip Kaufman passait haut et clair.
On revit Jesse sous les traits peu attractifs de James Keach, dans "LE GANG DES FRERES JAMES", campant un bandit froid et distant, mais plus salubre que Duvall. Rob Lowe revint à une vision plus glamour du bandit de grands chemins, dans le téléfilm "FRANK & JESSE".
C'est tout récemment dans "L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD", que nous vint le Jesse James le plus convaincant, sous les traits inattendus de Brad Pitt. Bien loin de ses rôles de gravure de mode dans "OCEAN'S ELEVEN" ou "TROIE", l'acteur campe dans ce western étrange et léthargique, un Jesse sociopathe, à moitié cinglé, capable d'accès meurtriers effrayants, et de longs moments d'absence hébétée, où son regard vitreux ne trahit au mieux, que son néant intérieur. Physiquement, le vrai Jesse James ressemblait davantage à Robert Duvall, c'est clair. Cependant, il y a quelque chose dans l'incarnation qu'en fait Pitt, qui permet de penser qu'il incarne le plus mémorable et réaliste Jesse James de l'Histoire du genre. Son travail est au moins aussi épatant que ce qu'il fit dans "KALIFORNIA", où il jouait un serial killer crasseux et répugnant. Son Jesse trimballe un peu de cette folie homicide, de cette bestialité-là. Et Brad Pitt de se faire subitement pardonner des années de navets. "L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON" vint confirmer la bonne impression...

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:31

LEE

De lui, on ne sait pas grand chose. Pas même son nom de famille. Il est devenu, par la force des choses, un des "7 MERCENAIRES", qui accepte d'affronter une quarantaine de bandidos, pour défendre un pauvre village mexicain. Lee n'est pas au mieux de sa forme, il fut sans doute un tireur d'élite sans pitié, il aime bien frimer devant les copains ("Pas d'ennemi... Vivant"), mais aujourd'hui il a peur. Il pète de trouille, se réveille la nuit en hurlant, et pendant les combats, se planque derrière un mur, en suant d'angoisse. C'est un des villageois qui, sans le vouloir, offrira à Lee une voie de sortie, en lui disant "Seuls les morts n'ont pas peur", ce qui mènera le chasseur de primes à un baroud d'honneur suicidaire.
Incarné par un jeune
Robert Vaughn, Lee est un des "magnifiques" les plus fascinants du classique de John Sturges, s'il n'est pas le plus sympathique. Froid, cassant, d'une élégance déplacée, Lee est un homme au bout de son rouleau, et la scène où il tente d'attraper plusieurs mouches à la main, est entrée dans la mythologie westernienne. Vaughn, aujourd'hui encore, ne peut se promener dans la rue, sans que quelqu'un ne lui refasse ce geste ! Le rôle le marqua par ailleurs tellement, qu'il apparut dans un remake US du film "LES MERCENAIRES DE L'ESPACE", et joua un juge dans quelques épisodes de la série TV "LES 7 MERCENAIRES", avec Michael Biehn.
Qu'un personnage aussi trouble, ambigu et négatif soit traité en héros, démontre à quel point "LES 7 MERCENAIRES" ouvrait la voie au western moderne, qu'il soit U.S. ou européen...

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