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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 09:53

MORT JARDIN (1)Difficile de déceler la patte de Luis Buñuel dans ce film d’aventures qui ressemble à un mélange de John Huston (« THE AFRICAN QUEEN ») et Clouzot (« LE SALAIRE DE LA PEUR »), que ce soit dans son look ou ses thèmes. Même la présence de Charles Vanel renvoie au second, où il tenait un rôle très proche par bien des aspects.

Si le film met longtemps à démarrer et s’enlise un peu dans sa révolte de chercheurs de diamants et leur lutte contre les militaires, « LA MORT EN CE JARDIN » décolle dès que les protagonistes se retrouvent perdus dans la jungle, tels des âmes damnées au purgatoire. La forêt est magnifiquement filmée, certaines images (le boa dévoré par les fourmis rouges) marquent durablement la mémoire et les personnages prennent une dimension quasi-symbolique. On retrouve Buñuel dans ses piques anticléricales un peu lourdes et insistantes, pas vraiment nécessaires, mais toute la partie « jungle » du film est superbe, jusqu'à cette carcasse MORT JARDINd’avion providentielle, symbole de vie et de mort à la fois.

Simone Signoret est inhabituelle en prostituée sans foi ni loi, odieuse et touchante, Georges Marchal fait un aventurier très acceptable et Michel Piccoli est visqueux à souhait en missionnaire ambigu.

Regrettons un choix très gênant aujourd'hui, qui fait s’exprimer tout le monde en parfait français sans accent dans la première moitié, mais découvrons – dans une copie immaculée qui plus est – cette œuvre méconnue.

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 19:28

Comme « LOST IN LA MANCHA », « L’ENFER D’HENRI-GEORGES CLOUZOT » est leENFER making-of d’un film mort-né que nul ne verra jamais.

Autant Terry Gilliam avait joué d’une phénoménale malchance avec son tournage, autant pour Clouzot l’ennemi venait de l’intérieur. De l’intérieur de lui-même. Préparant un scénario somme toute assez banal sur la jalousie, le grand réalisateur de « QUAI DES ORFÈVRES » ou « LE SALAIRE DE LA PEUR » s’est mis en tête de créer des effets visuels inédits. Il se lança donc dans des essais – dont certains assez extraordinaires – qui durèrent des mois. Et quand les producteurs américains les virent, ils furent suffisamment impressionnés pour lâcher la phrase fatale : « Budget illimité ».

À partir de là, les portes de l’enfer se sont effectivement ouvertes et Clouzot a entraîné son équipe dans un tournage apocalyptique, boursouflé de dollars, auquel nul ne comprenait rien. Jusqu'au départ de la vedette Serge Reggiani, jusqu'à l’infarctus du réalisateur qui mit fin à l’aventure.

Le film, mi-docu, mi-fiction, comprend de banales interviews façon talk-show, des séquences recréées par deux comédiens d’aujourd'hui, des scènes d’époque plus ou moins montées, des plans volés, des instants de vie figés pour l’Éternité. C'est fascinant et triste, magnifique et pathétique. Quelle serait la morale de l’histoire ? Pas d’Art sans contrainte ?

Le pire est que Romy Schneider n’a jamais été aussi lumineuse que dans ces lambeaux de film !

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 18:03

TROYENNESLes origines théâtrales des « TROYENNES » se font plus ressentir que dans « IPHIGÉNIE », chef-d’œuvre postérieur de six ans de la même équipe. Respectueux d’Euripide, le scénario fait se succéder quatre femmes au lendemain de la destruction de Troie.

Quatre figures tragiques, parquées dans les ruines fumantes, errant dans les cendres, criant leur malheur, impuissantes à sauver leurs enfants, condamnées à l’esclavage. D’où une certaine sensation de répétition qui finit par lasser. Hurlant à la mort, se roulant dans la poussière, s'adressant aux Dieux, les quatre stars sont absolument électrisantes et maintiennent malgré tout l’intérêt.

La silhouette la plus frappante est celle de Katharine Hepburn, emmitouflée dans ses guenilles noires, le visage anguleux, les mains noueuses, on dirait la Grande Faucheuse elle-même. Geneviève Bujold est magnifique en Cassandre à demi folle, à donner le frisson, Vanessa Redgrave a une longue scène éprouvante lorsqu’on lui arrache son jeune fils pour l’exécuter. Et Irène Papas – l’indispensable Papas – offre une image plutôt rare d’Hélène de Troie : tentatrice insensible et hypocrite, prête à tout pour sauver sa peau. Son face à face avec Hepburn est grandiose.

Michael Cacoyannis parvient au juste équilibre entre théâtre filmé, grand spectacle et intimisme, mais la nature même de la pièce l’empêche de retrouver complètement l’état de grâce de certaines autres de ses œuvres.

« LES TROYENNES » est tout de même indispensable, pour admirer quatre immenses comédiennes au sommet de leur art.
TROYENNES (1)

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 18:13

IPHIGENIE (4)Passer deux heures en compagnie du texte d’Euripide pour un film grec (en Grec !) tourné il y a plus de trente ans, voilà qui relève a priori du pur challenge masochiste. Le film de Michael Cacoyannis vient à point pour faire taire les préjugés.

IPHIGENIE« IPHIGÉNIE » est une des plus belles adaptations théâtrales jamais filmées, un film qui arrive progressivement à redonner vie et chair à une tragédie jouée et rejouée, jusqu'à perdre saIPHIGENIE (2) puissance émotionnelle.

Le réalisateur parvient à recréer une ambiance ‘antique’ sans jamais sombrer dans le kitsch du péplum hollywoodien ou italien. Par sa façon de filmer réaliste mais toujours esthétique, il redonne un poids de réalité à ces décors écrasés de soleil, à ces visages barbus, luisants de sueur. D'ailleurs, certains gros-plans et extérieurs ne sont pas sans évoquer le ‘spaghetti western’ par la minutie des cadrages et l’extrême netteté de la photo.

Étant donné qu'il est impensable de tourner une tragédie grecque sans celle qui a fini par l’incarner, c'est Irène Papas qui tient le rôle de la mère déchirée, lionne impérieuse et IPHIGENIE (3)impuissante. L’actrice n’hésite jamais à aller au bout des émotions les plus absolues, jusqu'au hurlement, au cri primal : elle est impressionnante. Mais s’il faut voir le film ce sera beaucoup grâce à l’époustouflante interprétation de Tatiana Papamoskou dans le rôle-titre. Une presque femme, qui en quelques minutes passe de l’adolescente naïve et effrayée à l’héroïne hiératique, offrant sa vie en sacrifice à son pays. Grâce à ces deux femmes, la pièce retrouve son frémissement, son horreur aussi, tant la proximité de la mort devient tangible.

Les personnages masculins, du pleutre et menteur Agammemnon au narcissique Achille, ne font vraiment pas le poids.

La BO de Mikis Theodorakis, solennelle, obsédante, ajoute à l’ambiance inexorable du film.

Dans le genre, et contre toute attente, un pur chef-d’œuvre.

IPHIGENIE (1) 

À NOTER : la magnifique copie du film sortie il y a trois ans chez Warner en zone 1, en 16/9 avec sous-titres français.

 

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 20:46

ETREINTES BRISSES
Il y a dans « ÉTREINTES BRISÉES » une séquence magnifique, qui ressemble à ce qu’aurait dû être tout le film : celle où Penélope Cruz annonce à son vieil amant qu'elle le ETREINTES BRISSES (1)quitte, par écran interposé, en postsynchronisant elle-même ses mots, depuis le fond de la pièce. C'est simple, c'est fort, ça raconte énormément de choses sur la force du cinéma, sur la sublimation des stars.

Pour le reste, c'est plus compliqué… C'est beaucoup trop bavard, le scénario est un peu « light » (qui a été surpris par le lien unissant le réalisateur et le fils de son agente ?), le film paraît bien plus long qu'il n’est réellement, les comédiens masculins sont loin d’être transcendants. Reste que « la Cruz » est en progrès constant, et sa personnalité semble s’affirmer de plus en plus depuis son film avec Woody Allen.

On se souvient d’images, comme cette plage noire de sable volcanique, mais « ÉTREINTES BRISÉES » n’est pas « 8 ET DEMI », pas même « HOLLYWOOD ENDING », malgré la cécité de son réalisateur, et on se pose soudain une question embarrassante… Surtout pour un amateur de westerns, sur un blog sur le western pas spécialisé dans le film d'auteur espagnol abonné au festival de Cannes… Donc, sans grand rapport avec la dite-question… Tout à fait entre nous, Pedro Almodóvar ne serait-il pas un chouïa surestimé ? Ce n’est qu’une question en l’air, bien sûr.

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 16:30

Ainsi donc, après plus de trois décennies d’invisibilité, « BORSALINO » est aujourd'hui à la portée de tous. Le film n’a jamais eu une réputation de chef-d’œuvre, mais plutôt de produit commercial parfaitement calibré et entré dans les annales pour avoir confronté les deux plus grandes vedettes des années 70. On s’attendait à être cruellement déçu et la surprise n’en est que meilleure. Le film de Jacques Deray a acquis avec les années une jolie patine et sous le clinquant des décors, des costumes, des accessoires, perce une émotion vraie. Celle-ci est très certainement due au fait que Delon et Belmondo sont en pleine force de l’âge, au sommet de leur carrière et qu’on les a vus tous deux mûrir, puis vieillir film après film. Les redécouvrir brutalement dans un film depuis si longtemps invisible, solides et sûrs de leur charisme, est étrangement touchant.

Il y a dans le scénario (auquel collabora l'irremplaçable Claude Sautet), des éléments qu’on retrouvera dans des classiques américains comme « LE PARRAIN » ou plus tard « SCARFACE », mais la facture de « BORSALINO » a légèrement vieilli à cause d’un emploi trop systématique du zoom et un mixage antédiluvien.

L’amitié-rivalité entre Siffredi et Capella est étonnamment crédible et les stars jouent sciemment de leur image cinématographique. Ainsi, quand Delon s’enrichit, il se « viscontise » : œuvres d’art, palais baroque et le même chien que dans « LE GUÉPARD » ! Belmondo lui, reste égal à lui-même, entouré de potes et le sourire gouailleur. Autour d’eux se distinguent Michel Bouquet, excellent en avocat glacial et replet et Catherine Rouvel particulièrement ravissante. On aperçoit également Mireille Darc, non-mentionnée au générique, en prostituée du Panier dans trois courtes séquences.

Ce « western marseillais » se laisse donc redécouvrir avec plaisir, malgré d’évidents défauts et ce n’est qu’aujourd'hui, quarante ans plus tard, que le face à face tant médiatisé prend toute sa valeur.

La copie présentée sur le DVD est absolument remarquable.

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 11:25

Coproduction italo-allemande, « FANTÔME D’AMOUR » est un drôle d’objet. Réalisé par l’habituellement caustique Dino Risi, c'est une sorte de fable sur l’impossible deuil d’un amour de jeunesse, un rêve éveillé poétique, mais tenté par l’horreur de série B.

Risi est passé tout près d’un grand film d’amour fou, mais sa patente méconnaissance du genre qu'il explore ici, le fourvoie trop souvent dans des dialogues platement justificateurs, une voix « off » redondante, et des scènes complètement grotesques, comme celles centrées sur ce prêtre défroqué, au physique de vampire gay, roulant des yeux parmi ses vieux grimoires. Pas loin du pastiche, le signore Risi !

Malgré tout, le film parvient à garder une certaine magie, grâce à la photo délicate de Tonino Delli Colli (le chef-op de Sergio Leone), la BO de Riz Ortolani jouée par Benny Goodman, et le charisme indéniable de Romy Schneider et Marcello Mastroianni, effacé et touchant. À noter aussi, l’excellence du maquillage de l’actrice, dans certaines séquences où elle est censée être ravagée par le cancer : impressionnant ! Tout y est, même les dents pourries… On compatit, quand elle supplie le pauvre Marcello de l'embrasser !

Malgré ses naïvetés et lourdeurs, « FANTÔME D’AMOUR » vaut donc le coup d’œil, et peut encore envoûter durablement.

Le DVD sorti en zone 2, ne contient que la v.f., mais comme les deux stars se sont doublées elles-mêmes, ce n’est jamais gênant.

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 19:18

Comme les Corleone ont déménagé dans le Nevada pour le second « PARRAIN », les Bettoun émigrent à Miami. Et on démarre évidemment, le film par une grande fête. Ensuite, on pioche plutôt dans le « SCARFACE » de DePalma, et même copieusement, sans oublier d’innombrables allusions au premier « PARRAIN » (les chiens de course étripés, au lieu du pur-sang décapité). Mais cette fois, pas de bonne surprise, comme pour le précédent : ce n°2 est ce qu'il est, rien de plus : un n°2.

Un peu disproportionné et bourratif, ce « GRAND PARDON II » se laisse regarder sans déplaisir, ne serait-ce que pour voir côte à côte Navarro et le « KING OF NEW YORK » lui-même : l’inimitable Christopher Walken, qui reprend le rôle de Paul Shenar (Sosa) dans « SCARFACE », poussant le luxe à en faire un fils de nazi, histoire de pimenter son face à face avec les gangsters juifs de Montmartre. On a même droit à Jill Clayburgh, l’ex « FEMME LIBRE » des seventies, qui finit ici dans le lit de Raymond Bettoun. Là aussi, plutôt surréaliste !

Le choc des cultures ne se fait pas toujours aisément, le scénario a vraiment du mal à réintégrer des évènements non-prévus dans le n°1, mais en tant que sequel, c'est dans la bonne moyenne, à voir impérativement juste après l’original. D’autant que le DVD récemment sorti, est de toute beauté.

 

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 18:08

Parce que nous débattons rarement des mérites du cinéma français, dans ces pages (et pour cause), c'est avec d’autant plus de plaisir que nous signalons la sortie DVD d’un film déjà ancien, et multi-rediffusé, mais qui surprend. En bien !

« LE GRAND PARDON », tourné en 1982, fut à juste titre comparé au « PARRAIN », dont il reprenait le schéma général, mais depuis, beaucoup d’autres se sont alignés sur le modèle du chef-d’œuvre de Coppola, et la filiation paraît moins incommodante.

Nous ne nous appesantirons pas sur un casting très inégal, des clichés pas suffisamment esquivés, pour nous réjouir du numéro sans filet de Roger Hanin, dans le rôle de sa vie, de Jean-Louis Trintignant, fabuleux en flic handicapé et antisémite, de Bernard Giraudeau en traître sans Dieu ni maître, de Jean-Pierre Bacri ignoble à souhait et grand voleur de scènes, et des seconds rôles presque tous devenus têtes d’affiche entretemps.

C'est bien dialogué, ambitieux, populaire, le milieu pied-noir est décrit sous une lumière inédite, et le DVD récemment sorti en coffret avec la sequel et « LE GRAND CARNAVAL », autre film d'Alexandre Arcady, est idéalement restauré.

On est bien loin du Far West (quoique… on y trouve des règlements de comptes, des guerres entre ethnies, des porte-flingues et un shérif), mais le soin apporté à cette édition valait bien qu’on la signale.

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 10:17

L’attrait principal de ce film relativement peu connu de René Clément, réside dans la présence d’un personnage typiquement américain (un rancher du Wyoming) dans la France occupée de 1944. C'est un peu « UN COWBOY SOUS VICHY » ! À part que le scénario est d’un sérieux à toute épreuve et l’histoire d’amour entre l’aviateur yankee et la bourgeoise dépressive du Trocadéro, finit par être crédible et touchante. La narration est d'ailleurs un des points forts du film, puisqu’elle dévoile les secrets du personnage de Thérèse au fur et à mesure. C'est ainsi qu’on apprend progressivement qu'elle a des enfants, que son mari est prisonnier en Allemagne, que sa belle-sœur est une collabo et qu’elle-même est « planquée » en terrain neutre depuis le début de la guerre.

Simone Signoret trouve un de ses meilleurs rôles dans « LE JOUR ET L’HEURE », évoluant dans un univers qu'elle retrouvera dans « L’ARMÉE DES OMBRES ». Sa séquence d’interrogatoire à Toulouse est une des meilleures choses qu'elle ait faites. À ses côtés, Stuart Whitman récemment révélé dans l’ombre de John Wayne dans « LES COMANCHEROS » et « LE JOUR LE PLUS LONG », se montre lui aussi excellent en « ricain » désinvolte mais courageux. Leur couple improbable fonctionne étonnamment bien.


Sans être un chef-d’œuvre, « LE JOUR ET L’HEURE » contient quelques morceaux de bravoure étonnants, comme la longue séquence du train affreusement claustrophobique, des idées surprenantes (le gestapiste à tête de vampire, joué par Reggie Nalder, futur buveur de sang justement, dans « SALEM’S LOT »), et une description d’une grande véracité des années d’occupation, crédibilisée par des détails minutieusement disséminés.

Parmi les « bonus », l’apparition délectable de Pierre Dux et Marcel Bozzuffi (qui s’appelle « Lerat » !), parfaitement ignobles en flics collabos paniqués par l’avancée inéluctable des alliés.

 

À NOTER : le DVD sorti en France met en vedette Simone Signoret et Michel Piccoli, ignorant totalement Whitman, alors que Piccoli n’apparaît qu’au début du film, dans un petit rôle de résistant.

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