Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 11:35

QUI ES TU
« Qui es-tu ? »
, demande Frank à l'homme qui le suit inlassablement dans « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ». À chaque fois, l’inconnu lui répond des noms différents : Chuck Youngblood, Jim Cooper, Dave Jenkins… Ces noms, Frank les connaît bien : il a assassiné ces hommes, il y a des années.

La grande question du chef-d’œuvre de Sergio Leone est bien celle-là : celui qu’on surnomme « Harmonica », qui est-il réellement ? S’il était un simple métis rancunier, désireux de venger son frère lynché par Frank, vingt ans plus tôt, pourquoi a-t-il attendu QUI ES TU2toutes ces années ? Pourquoi demande-t-il à Frank un rendez-vous à la gare, au début du film (drôle d’idée, quand même) ? Pourquoi réapparaît-il justement à ce moment précis de la vie du tueur ?

Harmonica se matérialise au moment où Frank veut ranger ses colts et devenir un « homme d’affaires », s’asseoir derrière un bureau et goûter au vrai pouvoir. Se pourrait-il que « l’uomo » soit l’incarnation de la mauvaise conscience de Frank ? Ce passé de meurtrier impuni, de tueur d’enfants, de décimeur de familles, s’incarne soudain dans la personne de cet Indien impassible et taciturne, un des nombreux fantômes que Frank a laissé dans son sillage. Tellement anodin qu'il ne se souvient de lui, qu’en poussant son dernier souffle.

Car à bien y regarder, comment le jeune homme qui portait son frère sur les épaules, lors de sa pendaison, aurait-il pu s’en sortir vivant ? Assommé par l’insolation et l’épuisement, ligoté en plein désert… Peu probable.

Leone a une façon de filmer les arrivées de « Harmonica », qui vont dans le sens d’une interprétation surnaturelle : il entre dans le champ de profil, comme s’il surgissait de nulle part, apparaît toujours derrière un poteau, ou un rideau, ou même… un train. Il est toujours à l’endroit où il faut, au moment précis où se passent les évènements majeurs (l’évasion de Cheyenne, la vente aux enchères, l’attentat perpétré contre Frank par ses propres hommes). Encore une fois, s’il est si informé et malin, voire instruit (il est allé consulter les registres du cadastre), pourquoi aurait-il mis si longtemps à retrouver Frank ? Sans oublier qu'il porte exactement les mêmes vêtements que ceux que l’on voit dans leQUI ES TU (1) flash-back, censé se passer au moins deux décades auparavant… Et que l’air qu'il joue inlassablement à l’harmonica, correspond aux notes produites par son propre souffle, lorsque Frank lui avait enfoncé l’instrument entre les lèvres en lui ordonnant de « jouer pour son grand frère ».

Certains détails viennent démentir cette vision « paranormale » du héros de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » : la première séquence nous montre qu'il peut être blessé. Sa capture dans le train, prouve qu'il n’est pas infaillible. Mais c'est à peu près tout. Ses relations même avec les protagonistes du film font pencher la balance de l’autre côté : il ne regarde jamais Jill comme une femme (et pourtant…), mais comme un instrument de sa vengeance. Quand à la fin, elle l’invite implicitement à rester avec elle, l’œil d’Harmonica s’éteint, et il s'en va à jamais. De même, son amitié avec Cheyenne… La mort de celui-ci ne semble nullement changer quoi que ce soit : Harmonica s'apprêtait à reprendre la route avec lui, il partira avec son cadavre en travers de sa selle. Comme s’il l’accompagnait au royaume des morts. Comme s’il rentrait à la maison…

Sergio Leone n’a jamais été clair sur ses intentions concernant ce personnage. Comme Clint Eastwood ne le sera jamais non plus sur « L'HOMME DES HAUTES PLAINES » ou « PALE RIDER ». À chacun son interprétation.

Mais s’il semble clair que les protagonistes des westerns précédents de Leone étaient anonymes et quasi-symboliques, ils étaient des êtres de chair et de sang, mus par l’appât du gain ou la haine.

QUI ES TU (2)
Harmonica lui, ne s’intéresse à rien : ni à la terre, ni à l’argent, ni à la femme (comme le dit Frank, avant le duel). Ce qu'il veut, c'est punir l’impuni, tel un ange de la mort. Quitte à disparaître avec lui. Car en plaçant son harmonica entre les dents du tueur agonisant, Harmonica perd jusqu'à sa propre identité.

Qu'est-ce qu’un homme à l’harmonica, sans harmonica ? Plus rien…

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 11:50

Hier, un bond spectaculaire de 113% dans la fréquentation de WWW !

Qu'est-ce à dire ? Une subite prise de conscience des internautes du monde entier en ce 1er janvier, de l’incontournabilitude (ben quoi ?) de notre blog ?

Restons modeste… En fait, hier après-midi – comme nous l’annoncions – France Télévision a diffusé « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ».

Et la plupart des nouveaux visiteurs se sont rués à la suite de la projection, pour avoir des renseignements sur Charles Bronson (une fois encore grand vainqueur), Henry Fonda, Claudia Cardinale, Jason Robards et même… Al Mulock.

EFFET SERGIO
Cela fait plaisir de savoir que parmi ces spectateurs/visiteurs, il en est certainement qui venaient de découvrir le chef-d’œuvre de Leone, y ont vu des comédiens dont ils n’avaient jamais entendu parler, et ont voulu en savoir plus. Beaucoup plus.

Ce qui tend à confirmer ce que tous ses admirateurs pensent depuis toujours : l’œuvre de Sergio Leone est indémodable. Bravo, maestro !

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 19:43

Avant de se chercher des noises, de s’affronter dans un duel à mort, d’échanger des flash-backs perturbants, Henry Fonda et Charles Bronson s’entendaient plutôt bien. À vrai dire, ils étaient même copains de régiment, puisque trois ans avant de partir tourner « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », ils s’étaient déjà croisés – également en Espagne – pour tourner quelques séquences de la superproduction « LA BATAILLE DES ARDENNES », de Ken Annakin. 


Les deux comédiens avaient le même agent, Paul Kohner, mais des carrières peu semblables. À 60 ans, Fonda avait perdu de son attrait au box-office, mais pouvait encore tenir la vedette (parmi d’autres noms commerciaux) de films à gros budget, et Bronson à 43 ans, végétait depuis des années dans les séries B et les rôles de second plan.

Dans « LA BATAILLE DES ARDENNES », Bronson partage pratiquement toutes ses scènes avec Fonda, à qui il offre même son fusil.

Les voir côte à côte, si loin des personnages emblématiques créés par Sergio Leone, est toujours amusant. Qui aurait pu imaginer – à part le maestro italien – que ces deux vieux pros en treillis pouvaient se transformer en Frank, le tueur d’enfants, et Harmonica le vengeur-fantôme ?

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 12:36

Tout le monde connaît par cœur « MON NOM EST PERSONNE », tout le monde peut siffloter la BO d’Ennio Morricone, et beaucoup ne connaissent la Walkyrie de Wagner, qu’à travers l’interprétation qu’en donne ici le génial maestro italien. Après des années de semi-oubli, le film est récemment sorti dans une belle édition DVD qui lui a redonné sa place dans l’Histoire du western.

Pourtant, « MON NOM EST PERSONNE » est un film qui a deux géniteurs, ce qui en fait toujours un de trop (n’est-ce pas, « LE TROISIÈME HOMME » et « POLTERGEIST » ?), et aujourd'hui encore, Tonino Valerii doit batailler dur, pour revendiquer son travail, et énumérer l’apport véritable de Sergio Leone à la mise en scène. À vrai dire, celui-ci paraît discutable, puisque le Maître d’œuvre a tourné la pénible séquence du saloon, avec le complaisant concours de boisson de Terence Hill, qui déséquilibre complètement le film, qui a du mal à s’en remettre.


« MON NOM EST PERSONNE » démarre très fort, développe ses thèmes avec finesse, jusqu'à la scène du cimetière indien. Ensuite, avec l’arrivée à la fête foraine, on retombe dans les pires travers des « TRINITA », et l’action ne redémarre qu’avec l’affrontement avec la Horde Sauvage.

Leone méprisait ouvertement le « western spaghetti » qu'il avait pourtant engendré, et haïssait tout particulièrement les westerns comiques qui avaient fait le succès de Terence Hill. Aussi a-t-il tenu à confronter celui-ci, clown trivial mais sympathique, à la réalité du mythe fordien : Henry Fonda en personne. Âgé de presque 70 ans, celui-ci endosse un personnage qu'il connaît bien depuis « L'HOMME AUX COLTS D’OR » ou « DU SANG DANS LE DÉSERT », celui du pistolero glacial et sans pitié, qui s'apprête ici à prendre sa retraite. À part que, confronté à un fan qui l’idolâtre, Fonda va devoir se montrer à la hauteur d’une légende probablement très exagérée. 


Le thème est beau, et on se dit que Leone a pu se projeter dans le personnage de « Personne », qui serait confronté à l’ombre géante d’un John Ford, qu'il bouscule et fait parfois descendre de son piédestal, sans jamais cesser de l’admirer. À moins que Leone ne s’identifie à Fonda, et que Personne symbolise tous les nanars à deux sous, tentant de l’imiter depuis dix ans… Ou peut-être les deux à la fois ?


« MON NOM EST PERSONNE » est un film schizophrène à plusieurs niveaux : de son générique à jamais ambigu (est-ce un film de Leone ? Quel est l’apport créatif de Valerii ?), à la complexité de ses thèmes, en passant par le portrait qu'il brosse de ses protagonistes : Personne est un clochard un peu benêt mais débrouillard, mais aussi un pistolero surdoué, parfaitement capable de tuer son idole quand il le désire. Jack Beauregard peut apparaître comme un héros du vieil Ouest romantique, mais le scénario le présente aussi comme un égoïste pragmatique et peu téméraire. Rien n’est simple, et il ne faut surtout pas se fier aux apparences.


Film décousu, bordélique, parfois infantile (les baffes à répétition, les accélérés comiques), « MON NOM EST PERSONNE » réussit le miracle de survivre à tous ses défauts, à ses problèmes identitaires, pour s’inscrire dans les annales, comme le seul point de convergence entre le western U.S. et son avatar européen.

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 13:07

Pour clore en beauté notre petite exploration des quatre numéros des magazines italiens « STAR CINÉ » parus en France pendant l’été 1973, et consacrés à quatre westerns de Sergio Leone, nous publions les couvertures de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » et « IL ÉTAIT UNE FOIS… LA RÉVOLUTION », parce qu'elles le valent bien.

Pourquoi ? Eh bien… Un œil exercé notera une petite (minuscule !) erreur dans les maquettes. Trois fois rien ! Disons, pour faire simple, que la photo de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » se retrouve sur la couverture de « IL ÉTAIT UNE FOIS… LA RÉVOLUTION » et vice-versa.


Pas de quoi fouetter un chat, franchement. On ne va pas commencer à pinailler. Surtout 36 ans plus tard ! Il y a prescription...

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 18:52

Pour ne pas se priver des petits plaisirs de la vie, poursuivons nos recherches archéologiques dans les photoromans tirés de l’œuvre de Sergio Leone.
Dans le numéro de « STAR CINÉ AVENTURES » consacré au « BON, LA BRUTE, LE TRUAND », le film de près de trois heures est résumé en 50 pages. Évidemment, cela laisse supposer quelques raccourcis ! Mais pas seulement… Pour notre plus grande joie, les personnages ont tous été magnifiquement rebaptisés : Blondin devient « Fair », Tuco s’appelle « Bad » (là, on sait pourquoi), et Sentenza se nomme subitement… Dexter !

Dans cet extrait, nous apprenons – première nouvelle ! – que « Bad » a déjà bossé pour le compte de Dexter (why not…), et la spécialité de celui-ci sont les banques (au point où on en est…).


Parmi les répliques croustillantes : quand nos héros voient approcher les soldats couverts de poussière, « Fair » lâche cette phrase immortelle : « Malédiction ! Nous sommes faits ! ». À la fin du photoroman, « Bad » court derrière son co-équipier, en criant : « Fair ! Fair ! Fair ! Tu ne seras jamais qu’un cher et maudit bâtard ! ». À ce stade, c'est quasiment de la poésie…

Une petite pensée donc, pour le scénariste frustré, qui dans l’Italie pré-berlusconienne, réinventait les histoires de Sergio Leone, les arrangeant à sa sauce. Qui peut se vanter d’avoir pu en faire autant ? Bravissimo !

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 09:08

Allez ! Dans la foulée de la fin « révisionniste » de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » en photoroman, nous vous offrons celle, tout aussi farfelue de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS », parue à la même date, dans la revue « STAR CINÉ BRAVOURE ».


Si dans le film, El Indio violait la sœur du colonel Mortimer, qui se donnait la mort, dans la version « papier », le violeur s’appelle Indio Black (pourquoi pas…), et il tuait la fille de Mortimer, mais sans la violer !

Sans compter qu’au fil des pages, on apprend que « Monco » (Eastwood) se nomme à présent « Lynchs » (eh oui ! Un nom de plus pour « l'homme sans nom » !), et on nous précise que dans l'Ouest, tout le monde connaît « le colonel » sous ce sobriquet, son vrai nom étant totalement secret… C'est bien connu !

Quelque part, au début des seventies, des les voûtes romaines où étaient rédigés les phylactères de ces romans-photos, devait se terrer un auteur frustré, qui avait enfin trouvé le moyen de réécrire l’Histoire !
Presqu'un sujet de comédie... Italienne.

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 19:27

Un petit plaisir coupable, pour le fan de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » : la dernière page du photoroman paru dans la revue « STAR CINÉ WINCHESTER », en août 1973.

Trouvant probablement la fin de Sergio Leone excessivement déprimante pour leur lectorat, les éditeurs italiens de la revue, l’ont tout simplement... changée ! Ici, Cheyenne demande à Harmonica de l’enterrer au ranch, pour l’obliger à retourner là-bas, et tomber dans les bras accueillants de Jill (orthographiée « Gill » pour l’occasion), qui l’attend !


Quelques pages plus tôt, le même Harmonica s'adressait ainsi à Frank, lui aussi agonisant : « Quand tu as tiré sur mon frère, tu l’as laissé souffrir tout un après-midi. Ensuite tu lui as donné cet harmonica en lui disant d’en jouer. Maintenant, c'est toi qui vas le faire ! ».

Un vrai poème !

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 13:04

Nul n’osait plus l’espérer, mais l’excellente revue « LES ANNÉES LASER » nous apprend que « POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS », dont les droits étaient bloqués (en France uniquement !) depuis des décennies, va enfin sortir en DVD, et dans un coffret comprenant la fameuse « trilogie des dollars ». C'est prévu pour novembre...

Le premier western de Sergio Leone est disponible depuis quelque temps aux U.S.A. dans une copie 16/9, en Italie dans une splendide copie Blu-Ray, et il n’était donc que temps qu'il soit édité en France.

À voir en double-programme avec « YOJIMBO » d’Akira Kurosawa, car la comparaison vaut vraiment le coup d’œil. Et pour les plus courageux, en triple-programme avec « DERNIER RECOURS » de Walter Hill, qui sent un peu le réchauffé, mais réutilise la même trame. Trame qui, à bien y réfléchir, n’est pas sans évoquer non plus « MILLER’S CROSSING » des frères Coen.
Décidément, « LA MOISSON ROUGE » de Dashiell Hammett a fait des petits !

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article
28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 18:41

Juste pour le plaisir de l’œil, cette photo relativement peu connue, prise sur le tournage du « BON, LA BRUTE, LE TRUAND » (non, il n’y a pas de « ET » entre la brute et le truand !).
Ici, Blondin, Tuco et Sentenza tirent dans la même direction, image absolument impensable dans le film, où ils passent leur temps à se tirer dessus !

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans A PROPOS DE SERGIO LEONE
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • : News, photos, critiques films et DVD, avis et commentaires sur le cinéma populaire, ses stars, ses mythes, mais aussi sur les séries TV et quelques à-côtés.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens