Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 09:58

Z (1)À sa sortie, « Z » était un chant d’amour pour la Grèce martyrisée et un cri de révolte contre la dictature des colonels, poussé par Costa-Gavras, réalisateur exilé en France. ZAujourd'hui, alors que la plupart des films « politiques » ont terriblement vieilli ou perdent parfois jusqu'à leur raison d’être, « Z » demeure un thriller viscéral et puissant, foisonnant de personnages bien brossés, de comédiens exceptionnels et portéZ (2) par une BO obsédante de Mikis Theodorakis, écrite depuis sa prison. Gavras avait été critiqué à l’époque pour ce mélange des genres. Le temps lui a donc donné raison. « L’AVEU » par exemple, film beaucoup plus respecté par la critique, n’a finalement pas connu une telle pérennité.

Malgré une durée tout à fait raisonnable, « Z » parvient à épouser le point de vue de plusieurs protagonistes : un petit journaliste opportuniste (Jacques Perrin, également producteur), des militants opprimés et surtout un juge. Personnage terne, parfaitement Z (4)intégré au système, au physique passe-muraille, ce dernier va peu à peu ouvrir les yeux et basculer du côté des victimes. C'est un des meilleurs rôles de Jean-Louis Trintignant d’une rigueur sans défaut, dans un rôle-symbole auquel il parvient à donner du relief par quelques réactions infimes, des esquisses de sourires, des inflexions de voix. Du grand art !

La construction du scénario est elle aussi d’une modernité étonnante, intégrant un principe de flash-backs « menteurs », d’illustrations d’évènements racontés en voix ‘off’, évitant le manichéisme hormis pour ce qui est des militaires, présentés comme des fantoches malfaisants et magnifiquement incarnés par Pierre Dux ou Julien Guiomar délectables d’infamie impunie.

Palpitant, direct, pulsant dans son rythme, « Z » est – nous l’avons dit – un festival de comédiens : Yves Montand incarne brièvement le député assassiné, mais sa présence hante tout le film, Irène Papas dans le rôle de sa veuve, symbolise à elle seule la tragédie de laZ (3) Grèce, introduisant par sa seule présence les auteurs antiques. Charles Denner est formidable en militant fiévreux et vibrant de révolte et Marcel Bozzuffi trouve son meilleur rôle en voyou amoral à l’inquiétante jovialité. Son face à face avec Trintignant dans le bureau du juge est un régal dont on ne se lasse pas. Sans oublier Jean Bouise, Georges Géret, Bernard Fresson, Magali Noël, Renato Salvatori ou François Périer grandiose en préfet onctueux et faux-jeton.

Porté par une profonde révolte, « Z » a miraculeusement traversé les décennies et éblouit encore par son efficacité sans ostentation et la force de son message.

À noter que les éditions Criterion ont récemment réédité le film aux U.S.A. dans une copie immaculée.

Par Fred Jay Walk - Publié dans : LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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