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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 08:10

WALL STREET (1)« WALL STREET » a fait couler beaucoup d’encre en son temps. Mais à la lumière de la crise qui a changé la face du monde depuis trois ans, il apparaît aujourd'hui sous un jour nouveau : celui d’un prologue prophétique, d’un avertissement terriblement lucide et pas si excessif que ça.

Construit en fable faustienne classique, le scénario d’Oliver Stone pour efficace et didactique qu'il soit, paraît trop mécanique et manichéen. Ses personnages ne sont que des pantins sans âme n’existant que pour porter le message des auteurs. On a peine à croire au revirement du jeune loup (un joufflu Charlie Sheen), on grince des dents à la vision desWALL STREET quelques rares femmes qui traversent l’action, prostituées de luxe, futiles et coûteuses. Tout comme le personnage de Martin Sheen, sorte de « dernier des justes » sorti d’un film de Capra. Mais tout cela est éclipsé par le plaisir qu’on a à voir Michael Douglas jouer les monstres capitalistes. Imitant les maniérismes de son père Kirk, poussant le mimétisme jusqu'à se coiffer comme lui, Douglas Jr. apparaît d’abord comme un Dieu vivant pour le jeune ‘trader’ pour révéler son vrai visage qui est évidemment celui du Diable. Son discours devenu célèbre s’achevant par le mythique « Greed is good » fait encore froid dans le dos.

« WALL STREET » a plus de 25 ans et il a vieilli. Ce qui passait jadis pour une narration épileptique a largement été dépassé depuis par n'importe quel Tony Scott ou épisode de « 24 HEURES CHRONO » et le film semble bien sage, parfois redondant. Les rôles secondaires (Terence Stamp, Daryl Hannah et surtout Sean Young qui fait de la figuration) sont cavalièrement bâclés. Mais Oliver Stone, même s’il ne peut éviter un ton moralisateur, garde le mérite d’une vision du monde cynique et âpre qui s’est avérée bien au-dessous de la réalité. Encore plus passionnant avec le recul…

WALL STREET 2

Tourné un quart de siècle plus tard, « WALL STREET : L’ARGENT NE DORT JAMAIS » est un des rarissimes exemples de ‘sequel’ nécessaire. Car Oliver Stone ne fait que raconter – au sein d’une fiction structurée autour des vieux thèmes de la vengeance – le crash de 2008 dont il décrivait si lucidement le terreau en 1987.

Si le premier film était faustien, celui-ci prend pour référence la toile de Goya : « SATURNE DÉVORANT UN DE SES ENFANTS » qui trône dans le bureau d’un barracuda de la finance. Qui est Saturne ? Gekko le monstre assoupi qui ourdit un complot sidérant pour se remettre en selle ou le Système lui-même ? Les deux, certainement. WALL STREET 2 (1)

Construit en thriller efficace, cette seconde partie utilise la Crise comme toile de fond et comme révélateur de caractères. Celui de Gekko ne s’est certes pas arrangé ! Blanchi, le visage ravagé, Michael Douglas trouve son meilleur rôle depuis des lustres. Il joue la duplicité et la voracité avec plus de finesse que dans le passé. Il domine vraiment le film, malgré l’omniprésence du gentil mais falot Shia LaBeouf.

Il faut dire que le casting est de tout premier choix : Josh Brolin est superbe en version contemporaine de Gekko, encore plus vorace et inhumain, ne cherchant même plus à donner le change. C'est un monstre sans charisme, sans réelle vision, un charognard point-barre. Carey Mulligan est touchante avec son petit visage à la Gelsomina et Charlie Sheen apparaît dans un ‘caméo’ d’un total cynisme : le Buddy Fox du premier film est finalement devenu un fêtard dépravé et pourri jusqu'à l’os, démontrant qu’au bout du compte, c'est Gekko qui avait gagné. À retardement ! À la fois drôle et terriblement déprimant.

Mais la cerise sur le gâteau, c'est l’hommage rendu à Eli Wallach. Non seulement Stone lui offre un rôle central, celui d’un banquier sénile en apparence, mais toujours aussi redoutable mais en plus la sonnerie du portable du jeune héros joue les premières notes du WALLSTREET wallach« BON, LA BRUTE, LE TRUAND ». Suffisant pour rendre le film éminemment sympathique !

Évitant par son traitement « polar » de n’être qu’une simple « Crise Pour Les Nuls », « WALL STREET : L’ARGENT NE DORT JAMAIS » est donc un film agréable, certainement le meilleur de l’auteur depuis pas mal de temps. À peine pourra-t-on déplorer un épilogue en happy end qui tombe comme un cheveu sur la soupe, qui dessert grandement le personnage de Gekko et l’homogénéité du discours d’Oliver Stone. Dommage… Mais pas fatal.

Reste à espérer qu'il n’y aura jamais de 3ème « WALL STREET », qui serait obligatoirement le signe d’une nouvelle crise.

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FRANCHISES
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