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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 17:23

CHARLEY VARRICK (2)Si le polar des années 70 devait être synthétisé en un seul film, ce serait probablement « TUEZ CHARLEY VARRICK ! ». Le scénario d’une grande virtuosité sous des dehors de CHARLEY VARRICK (1)thriller ‘hard boiled’, le dialogue acéré, la mise en scène auCHARLEY VARRICK (4) cordeau de Don Siegel, la misogynie effrayante, l’apologie décomplexée de l’individualisme, tout est réuni pour un film qu’on peut regarder 40 ans après sans la moindre nostalgie, avec la même excitation qu’à sa sortie.

En fait, la grande idée de Siegel réside dans le casting de son personnage principal. N'importe qui aurait donné ce rôle d’ancien aviateur acrobatique, de dur à cuire devenu braqueur de banques à Clint Eastwood (auquel il est d'ailleurs CHARLEY VARRICKadressé un petit clin d’œil amical) ou Steve McQueen. Le film aurait probablement très bien fonctionné aussi. Mais penser à Walter Matthau, acteur de comédie spécialisé dans les râleurs blasés, tient du pur génie.

Varrick n’a rien d’un héros. C'est un type banal, un gagne-petit sans envergure mais qui agit en professionnel. Quand sa femme est tuée dans un hold-up, il ne s'arrête que CHARLEY VARRICK (3)quelques secondes pour assister à son agonie puis… la fait brûler avec sa voiture. Quand un complice se montre gourmand, il n’hésite pas à le sacrifier sans état d’âme et assiste de loin à sa mise à mort sans intervenir. Pris entre le FBI, la mafia, des intermédiaires délateurs, un tueur sans pitié, Varrick va passer entre les gouttes avec la maestria d’un champion d’échecs. À se demander ce qu'il faisait avant d’être aviateur !

C'est la personnalité opaque et fascinante de Matthau qui cimente tout le film, lui donne un poids d’humanité et de mystère. À la manière de « MR MAJESTYK », c'est un ‘working class hero’, un débrouillard qui n’a peur de rien. Il évolue dans son univers qui est celui de l’Amérique rurale, avec ses villages de mobil homes, ses petites villes endormies. La seule fierté de Varrick, c'est d’inscrire sur sa carte de visite : « Le dernier des indépendants ». Quelques mots qui le résument entièrement.

Siegel a fait un travail d’orfèvre sur les seconds rôles, tous ciselés jusqu'au moindre figurant : Joe Don Baker est formidable en ‘hitman’ texan au physique de gorille mais tiré à CHARLEY VARRICK (5)quatre épingles et parlant un langage châtié. À un Noir qui l’a insulté et qu'il vient de mettre KO, il dit « Je permets à peu de gens de me parler sur ce ton. Quelques caucasiens… Mais absolument aucun nègre ». Quand il veut coucher avec une femme et qu'il sent un soupçon de résistance, une bonne baffe règle le problème. C'est l’excellente Sheree North qui se prend d'ailleurs la dite-baffe avec grâce. Andy Robinson, le ‘Scorpio’ de « L’INSPECTEUR HARRY » est parfait en voyou imbécile et John Vernon crève l’écran en banquier aussi élégant et classieux qu'il est pourri.

Musiqué – cela va pratiquement sans dire ! – par Lalo Schifrin, tourné sans chichi, « TUEZ CHARLEY VARRICK ! » est un polar exemplaire, qui n’a pas pris une ride, même s’il est profondément enraciné dans son époque. Ou peut-être grâce à cela ?

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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commentaires

Dino Barran 06/08/2013 22:56

Remarquable polar, particulièrement original et déroutant. Les deux personnages principaux rivalisent de placidité et de tics : chewing gum pour l'un, bourrage de pipe pour l'autre.
Matthau est exceptionnel, comme il le sera peu après dans LES PIRATES DU MÉTRO. Joe Don Baker est un tueur assez terrifiant, presque autant que Bardem dans NO COUNTRY FOR OLD MEN.
À noter aussi l'irruption des enfants dans des situations particulièrement tendues, ainsi que de belles images des patelins et des ploucs du Nouveau Mexique.
Pas grand-chose à ajouter, une fois de plus tu as épuisé le sujet, cher Fred.

Vlad 24/12/2010 11:26


En tous cas ça lui donne un air bougon et détaché qui colle très bien !


FJ Walk 24/12/2010 11:44



C'est vrai. Je pense que la scène de lit avec Felicia Farr (la femme de son copain Jack Lemmon !) a été rajoutée pour faire plaisir à Matthau. C'est le seul moment où il manifeste un peu
d'humour. Et ce n'est pas ce qu'il y a de mieux dans le film !



Vlad 23/12/2010 20:53


Je partage ton enthousiasme pour ce grand film que je n'ai découvert que cette année, grâce à un ami.
C'est vraiment la crème des seventies.
Effectivement, quelle grande idée de donner le rôle à un acteur au charisme plus discret que les grandes gueules viriles habituelles !


Fred Jay Walk 24/12/2010 06:02



Dans ses mémoires, Siegel raconte que Matthau n'était pas content du tout pendant ce tournage, n'aimait pas son personnage, etc.



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