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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 07:34

SOB (1)« S.O.B. » (Standard Operational Bullshit) n’est peut-être pas le meilleur film de Blake Edwards, mais c'est certainement son plus intimement personnel. À l’approche de la soixantaine, le réalisateur s’en prend violemment à Hollywood avec une virulence et un fiel déconcertants, se vautre sansSOB (5) aucune retenue dans un humour revanchard et souvent ‘réac’ et parle sans faux-SOBsemblants de sa tentation du suicide. À priori rien de bien comique, donc. À part que l’humour aigre du scénario, son agressivité, sa méchanceté ricanante finissent quand SOB (2)même par faire rire et qu’on sent que les auteurs savent vraiment de quoi ils parlent.

Le film commence par l’infarctus d’un quidam qui fait son jogging sur la plage de Malibu. Il meurt et son cadavre va laisser tout le monde indifférent pendant des jours, être emporté par les vagues, ramené sur la plage et ponctuer ainsi le film d’une symbolique sans ambiguïté.

Le héros de « S.O.B. » est un producteur (Richard Mulligan) au bout du rouleau, dont le ‘musical’ s’est planté au box-office. Alors en pleine dépression, hébété d’antidépresseurs, il a une idée géniale : le re-tourner en porno ! Et utiliser l’image de sa femme (Julie Andrews, SOB (3)Mme Blake Edwards à la ville), idole des petits enfants, pour la dénuder. Edwards assume la vertigineuse mise en abyme, tire tous azimuts, ne fait pas mouche à chaque fois et ses discours sur la décadence du cinéma sont plutôt embarrassants. Reste qu'il est à son meilleur dans la description des parasites hollywoodiens : Robert Webber fabuleux en attaché de presse couard et incontinent qui s’oublie à chaque émotion forte, Robert Preston en médecin dangereux, Robert Vaughn en ‘mogul’ faisant l’amour en guêpière, sont des silhouettes joliment croquées. En réalisateur revenu de tout, William Holden expose flegmatiquement sa méthode de suicide : à coups de whisky quotidien.

Certaines séquences sont très réussies : la ‘party’ où Mulligan trouve sa grande idée avant de se faire vomir sur la tête par Webber, le cadavre du même Mulligan (oui, le héros meurt au beau milieu du film !) dérobé par ses amis qui organisent un poker avec lui (anecdote piquée à Raoul Walsh et Errol Flynn), le fameux numéro où « Mary Poppins » rebaptisée Peter Pan, complètement stoned expose ses nénés…

Mais « S.O.B. » pâtit aussi de son ton satirique trop systématique, de sa galerie de râclures écœurantes (malaise qu’on retrouvera dans « THE PLAYER », autre film sur Hollywood) qu’on a du mal à suivre pendant deux heures et d’une vision parfois dépassée du cinéma qu’on ressent dans quelques réflexions amères qui trahissent l’âge du réalisateur et ses angoisses existentielles.

SOB (4)

Parmi les seconds rôles, on aperçoit Shelley Winters en agent lesbienne, la toute jeune Rosanna Arquette en groupie bien roulée, Larry Hagman en va-chercher et Loretta Swit en ‘columnist’ tête-à-claques.

« S.O.B. » est un film foisonnant, bordélique, un peu bourratif, difficile à aimer par son acidité et son amertume, mais qui provoque quelques francs éclats de rire. Blake Edwards avait visiblement tant à dire sur son métier, qu'il en a parfois oublié le public. Mais même si ce n’est pas son chef-d’œuvre, cela restera certainement son œuvre la plus cathartique.

 

À NOTER : le film sortit en France après « VICTOR/ VICTORIA » alors qu'il fut tourné avant. L’affiche remplaça la tête du taureau du poster U.S. par un visage de Larry Hagman, pour profiter du succès de « DALLAS », alors que celui-ci n’a qu’un rôle secondaire peu mémorable.

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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commentaires

Isa (aka) Emma_Peel 18/12/2010 13:57


Inoubliable, je confirme. Passée la stupéfaction devant ce film complètement hors-norme (le genre de scènes devant lesquelles on reste bouche-bée), j'ai littéralement éclaté de rire.


Isa (aka) Emma_Peel 18/12/2010 11:10


C'est probablement la comédie la plus acide que j'ai eu l'occasion de voir. Evidemment, ce n'est pas son chef d'oeuvre, mais c'est tellement personnel, tellement à l'image de Blake Edwards. Si on
veut comprendre Blake Edwards, il faut voir ce film.

(S.O.B. ne signifie pas uniquement Standard Operational Bullshit. ;) )


Fred Jay Walk 18/12/2010 11:23



On est d'accord. C'est pour ça qu'il figure dans cette rubrique : pas un chef-d'oeuvre, mais un film indispensable et par bien des aspects, inoubliable.


Et oui... "S.O.B." a bien sûr plusieurs sens...



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