Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 16:47

HIGH NOON (2)Se faire tabasser, ça fait mal et ça laisse de vilains hématomes. Frapper quelqu’un, ça abime les phalanges. Abattre tout seul quatre tueurs armés jusqu'aux dents, ça fait peur parce que c'est quasiment impossible. Des vérités premières, des banalités, que « LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » tient à rappeler au fan de western.

Car ce qui frappe surtout en revoyant ce classique incontournable, c'est cette détermination insistante à imposer le réalisme, voire la réalité, dans un univers factice créé par Hollywood où tout est généralement beaucoup plus simple. HIGH NOON

Pourquoi Will Kane a-t-il si peur de voir débarquer ces quatre hors-la-loi décidés à avoir sa peau, alors que dans n'importe quel film de série B, John Wayne les aurait descendus sans ciller et sans même avoir besoin de recharger son colt ? Pourquoi toute la ville l’abandonne-t-elle alors qu'elle l’aimait tant au début du film ? Tout simplement parce que « LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » ne cherche pas à idéaliser l'homme de l'Ouest, mais préfère appuyer où ça fait mal : dans la lâcheté quotidienne, la mesquinerie, la couardise, l’ingratitude. Quelle stupeur que de voir Gary Cooper, héros infaillible par excellence, passer le film à suer de trouille, à demander de l’aide à des gens qui lui tournent le dos ou se moquent de lui, à rédiger son testament, là où un Clint Eastwood se serait contenté d’allumer un cigarillo sans même regarder sa montre.

Le film est un modèle de réalisation « storyboardée », aux cadrages sophistiqués, un maître-étalon du montage moderne qui parvient à recréer un « temps réel » par mille artifices. La tension ne fait que monter alors que Will Kane ne fait que descendre dans son enfer personnel. Et cet enfer, c'est bien sûr les autres. Sa femme à peine épousée, déjà prête à l’abandonner, son modèle l’ex-shérif Lon Chaney, Jr. qui ne lève même pas les fesses de son fauteuil pour l’aider, Lloyd Bridges son adjoint jaloux et haineux qui ne rêve que de le voir flancher pour mieux exister lui-même. Personne n’est épargné. Les seuls prêts à aider sont l’ivrogne (borgne) du village et un pré-ado agité. Gentils mais inutiles.

À la fin de son parcours, alors qu'il avait tant de mal à se séparer de son étoile dans sa première scène, Kane la jettera avec dégoût dans la grand-rue avant de partir enfin, meurtri, écœuré, amer.

HIGH NOON (1)

On sait que ‘Duke’ Wayne haïssait ce film qu'il jugeait anti-Américain. Et il est vrai qu’en plein McCarthisme, le scénario pouvait aisément être lu à plusieurs niveaux. Il tourna d'ailleurs « RIO BRAVO » en réponse au film de Zinnemann.

Cooper d’une sobriété presque minérale, maigre, ridé, consumé par l’angoisse domine un très beau casting : Grace Kelly et Katy Jurado, deux facettes de la femme de l'Ouest, la Quaker virginale et la femme de mauvaise vie courageuse. Dans sa première apparition à HNOON3l’écran, Lee Van Cleef dans un rôle muet, annonce étonnamment toute sa carrière à venir : tueur aux yeux de rapace, il attend le train en soufflant dans un harmonica !

Le film n’est pas exempt de défauts : la chanson de Tex Ritter agace souvent, comme l’utilisation de la musique, plus crispante qu’angoissante. Et l’arrivée du ‘bad guy’ par le train de midi est quelque peu décevante. Ce n’était donc que ça, Frank Miller ? Mais ces broutilles mises à part, le film a extraordinairement peu vieilli, quand on pense qu'il atteint les soixante ans.

À noter pour l’anecdote que Lloyd Bridges, le père de Jeff, avait vingt ans de moins que son fils quand celui-ci jouera « TRUE GRIT » en 2010. Vertigineux !

Partager cet article

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS DE GARY COOPER
commenter cet article

commentaires

VAL 17/11/2011 11:07


Je viens de lire tous les commentaires sur "High Noon" et j'ai envie moi aussi de m'exprimer là-dessus : je pense que l'environnement politique de cette période était très proche à l'époque de
l'occupation allemande de l'Europe des années 30/40 : il fallait choisir son camp.
Alors, comme toujours dans ces cas là, il y a les profiteurs, les salauds, les héros...et ceux qui cherchaient simplement à sauver leur carrière. Attention, je ne cherche nullement à excuser Cooper
ou d'autres : ils ont effectivement fait le mauvais choix, dûs sans doute à leurs idées politiques : Le fait que Cooper et même Wayne aient aidé Foreman me fait penser que ces acteurs, même s'ils
étaient anti-communistes, ont sentis que quelque chose "puait" dans cette commission.

D'ailleurs, cette chasse aux sorcières à laissé des traces pendant de nombreuses années, puisque le scénariste des "7 mercenaires" à travaillé sous un prête-nom, alors que ce film fût tourné en
1960.

"High noon " est effectivement un film qui interroge le spéctateur : qu'aurions-nous fait à la place de Kane ? du juge ? des villageois ? Comme souvent, le cinéma nous présente un miroir, et nous
n'aimons pas toujours ce qui s'y reflète...


Kinskiklaus 18/03/2011 20:14


Eh bien, le moins que l'on puisse dire et constater, c'est que ce film déchaine les passions et donne une furieuse envie de commenter. Chacun y va de sa petite analyse et de son propre ressenti à
la vision de la bobine. Je connais ce film de réputation bien entendu, mais ne l'ayant jamais vu, je m'abstiendrais de commentaire constructif. N'empêche que ça fait du bien de voir un sujet qui
suscite autant d'interet!


Fred Jay Walk 18/03/2011 20:30



Oui, le scénario de "HIGH NOON" pourrait servir de test de personnalité.


Qu'auriez-vous fait à sa place ? Comment jugez-vous son comportement ? Et-il un héros ou un lâche ?



lemmy 18/03/2011 20:04


oui, mais j'ai l'impression qu'ils ont voulu montrer c'est d'abord sa fierté, j'allais écrire sa fierté "Waynienne" du héros traditionnel, qui l'arrête. Et sa raison : en y réfléchissant - et en
ayant revu le passage du film :-) - Cooper dit après avoir affirmé qu'il n'avait jamais fui devant qui que ce soit, qu'il lui faut son révolver et retourner en ville pour une raison essentielle :
pour se défendre car il dit bien que les bandits, s'ils ne le trouvent pas en ville, le traqueront avec sa femme alors qu'ils seront seuls donc perdus d'avance ; il compte bien se défendre avec les
alliés qu'il trouvera, donc allier son devoir et sa propre défense. mais c'est vrai qu'il n'est plus formellement shérif.

Une scène marquante du film montre le juge plier rapidement bagage et embarquer son drapeau américain et prévenant Cooper de ce qui l'attendait de la part de ses concitoyens...

La censure n'a rien dit pour Cooper. Elle aurait peut-être dit quelque chose si sa femme avait eu 30 ans de plus ;-) Mais beaucoup l'ont constaté. Cooper n'était pas le premier choix pour le rôle.
Gregory peck était le premier choix du producteur. Marlon Brando, Charlton Heston; Kirk Douglas et Montgomery Clift (!) ont également été contactés (je l'ia lu sur Imdb ça). Que des acteurs
bankables et dans le vent. Ce que n'était plus trop Cooper à l'époque... A y bien penser Cooper était le dernier choix : étonnant, non ?


Dino Barran 18/03/2011 18:42


Cher Lemmy, n'oublies-tu pas que le premier mouvement de retour en ville de Kane (qui a abandonné sa "tin star") est dicté par le fait qu'il l'a quittée avec sa dulcinée mais sans arme ?
Il revient récupérer un Colt, puis se rend compte que les quatre malfrats vont le pourchasser en tous lieux où il ira se cacher. D'où sa décision de ne pas fuir.
Ses concitoyens préfèreraient évidemment qu'il s'en aille car sa présence en ville est la seule motivation de l'arrivée des malfrats. Plus de Kane, plus de bagarre.
Doit-on les condamner sans appel ? Peut-être : pour non assistance à personne en danger.
Mais c'est Kane qui s'est mis délibérément en danger.

Remarque qui n'a rien à voir : les censeurs n'ont pas été choqués par la différence d'âge entre les jeunes mariés ? 28 ans quand même...


lemmy 18/03/2011 00:50


Je le trouve plutôt professionnel, car il n'est plus représentant de l'ordre ou plutôt ne va plus l'être et il sait qu'il court au veuvage. Et il est un représentant de la sécurité publique, donc
un représentant de toute la ville, un de leurs membres. Et ceux censés le suppléer se barrent. A un certain degré, ça me vient brusquement, "L'homme des hautes plaines" montre le destin, tragique,
d'un shérif qui est seul et est "tué" autant par les bandits que par la lâcheté ou l'intérêt personnel des habitants de la ville, ce qui aurait du logiquement arriver au personnage de Gary Cooper.
N'est-il pas dit à un moment qu'un tel combat irait à l'encontre des intérêts financiers de la ville en repoussant des investisseurs ?, intérêts que l'arrestation du bandit par le shérif avait
lancé. Tout ça pour dire que si tous les habitants et suppléants (les membres d'Hollywood par analogie si on a une telle vision dans le contexte d'alors) avaient fait corps auprès de Cooper, les
bandits auraient probablement rebroussés chemin ou s'y seraient pris autrement, mais si ça n'avait pas été le cas, il n'y aurait pas eu de film. Comme on dit, si le monde est comme il est c'est
surtout par ceux qui regardent et laissent faire.

Oui, Hawks et surtout Wayne ont été agacés. Le producteur, Stanley Kramer a voulu virer le scénariste, Foreman - qui avait été convoqué devant la commission des affaires anti-américaines pendant le
tournage -, d'où la résonnance particulière de ce scénario (si je me souviens bien) ; Cooper et Zinnemann ont refusé.


Dino Barran 17/03/2011 22:44


Revu hier soir sur CinéClassic.
Une fois de plus je te rejoins, cher Fred, le film est remarquable en tous points sauf un : la musique incessante et insistante. Il faudrait peut-être remonter le film en scratchant cette BO qui
est l'un des seuls éléments "datés" de HIGH NOON.
Une remarque sur l'ambiguïté du comportement de Kane, qui tend à atténuer la veulerie de ses contemporains : il n'a plus de légitimité pour s'opposer à Miller. En caricaturant à peine, on peut dire
qu'il cherche à entrainer les citoyens dans une vendetta qui ne les concerne pas. Ceci accentue le non professionnalisme du personnage, qui a tant agacé Hawks.


Fred Jay Walk 18/03/2011 07:24



Kane est encore "légitime" pour quelques heures. Là est tout le problème. Et oui, ce qu'il fait est discutable : en fait, il veut affronter les tueurs non pas par héroïsme, mais pour ne pas être
traqué par eux dans l'avenir. A bien y regarder, le refus des citoyens est assez excusable, d'autant qu'apparemment Miller et ses copains sont populaires dans le coin.


Rien n'est simple dans l'Ouest...



lemmy 16/03/2011 12:43


Exact Fred, j'ai confondu avec deux autres films de Dwan que tu as chroniqué. Ces "4 étranges cavaliers" est au-dessus du lot. C'est un démarquage du "Train sifflera trois fois" (grand succès
commercial) en accentuant encore plus certains traits. Le personnage principal doit se marier un... 4 juillet, jour commémorant l'indépendance américaine. Très bien intégré, il est accusé par un
certain MacCarty (l'excellentissime Dan Duryea) et là, il n'est pas victime de la lâcheté des habitants car les dits-habitants, et anciens proches, veulent le lyncher. Seule son ex-amie, une femme
de mauvaise vie, l'aidera inconditionnellement.

Dans "Johnny Guitar", War Bond a été engagé pour se stalents, mais également par ironie, car il croyait jouer un personnage sympathique. Ward Bond n'était guère réputé pour son intelligence.
Pendant la chasse aux sorcières, il fut une saloperie sans nom, jouissant de son pouvoir (il faisait partie de plusieurs comités). John Huston (à gauche) dut s'humilier devant lui.

Cooper et John Ford sont plus ambigus. Wayne était moins ambigu. Mais tous furent violemment attachés à l'anticommunisme (quoique Cooper... fut presque accusé par Ford d'avoir fait un film
communiste "Pour qui sonne le glas", je crois bien et Cooper était très ami du scénariste du "train sifflera..." qu'il défendit et soutint âprement).


Dino Barran 13/03/2011 11:56


JOHNNY GUITARE, interprété par Sterling Hayden qui avait trois ans plus tôt dénoncé par mal de monde à la HUAC, dont son ancienne copine ainsi qu'Abraham Polonsky (tiens, Fred, tu pourrais nous
chroniquer WILLIE BOY ?)
Le pauvre en a trainé tout le restant de sa vie un irréductible sentiment de culpabilité.
Un paradoxe supplémentaire après Coop dans HIGH NOON !


Fred Jay Walk 13/03/2011 12:14



Ah oui, tiens... "WILLIE BOY". A revoir effectivement.



Dino Barran 13/03/2011 11:28


Après quelques recherches, il s'avère que QUATRE ÉTRANGES CAVALIERS a effectivement la réputation d'un western progressiste, qui va encore plus loin que HIGH NOON dans la dénonciation du
McCarthysme. Du reste le méchant porte carrément ce patronyme.
En revanche, je l'ai cherché en vain sur www ?
Encore un western dont on dit qu'il se rattache à cette tendance : JOHNNY GUITAR. Mais ne me demandez pas une analyse sur ce sujet !


Fred Jay Walk 13/03/2011 11:35



Non, non, pas de "4 ETRANGES CAVALIERS" sur "WWW". Pas vu !


 


"JOHNNY GUITARE" est effectivement anti-mccarthiste : la fanatique Mercedes McCambridge harcèle l'indépendante Joan Crawford,
lynche à tour de bras, pousse à la délation. Un de ses sbires est joué par Ward Bond, connu pour ses opinions très peu gauchisantes.



Dino Barran@ 12/03/2011 23:03


UN HOMME EST PASSÉ paraît s'inscrire effectivement dans cette lignée. Comme l'écrit Fred à propos de HIGH NOON, le film de Sturges appuie lui aussi là où ça fait mal : racisme, intolérance,
violence...
Je n'ai pas vu le film de Dwan. Peut-être pourrait-on trouver des idées comparables chez Huston (qui avait soutenu lui aussi Mankiewicz) ? Je pense au VENT DE LA PLAINE (tiré d'un roman de LeMay,
lequel avait écrit le livre LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT).
Maintenant si tous les westerns pro-indiens ou antiracistes doivent être classés dans les anti-mccarthystes, ça va faire du boulot ! Pourquoi pas aussi LE SHÉRIF EST EN PRISON ?


lemmy 12/03/2011 19:46


Que de discussions intéressantes auxquelles je ne peux répondre de suite. Je considère que l'ouest selon les westerns est une pure fantaisie, une histoire imaginaire et fantasmée d'un pays sans
histoire se construisant des mythes fondateurs (ce que montre peut-être le "True grit" des frères Coen avec un marshall semant ses bouteilles comme autant de miettes de pain pour retrouver son
chemin et une Mattie tombant dans un terrier (venimeux) à la Alice). Personne ne tirait vite dans l'ouest dans le sens om il fallait s'approcher le plus près possible d'un type pour le tuer (Un
"Open Range" rend bien ça). Faut voir ce qui est vraiment arrivé à Wyatt Earp et ce qu'on en a fait.

Pour Dino, les films évoqués sont probablement "Un homme est passé" de Sturges et "Quatres étranges cavaliers"('Silver Lode") de Dwan, films traités par Fred dans son blog.

Pour Wayne et Ford, c'est compliqué leur attitude par rapport au McCarthysme, enfin surtout compliqué pour Ford... Wayne s'est réjoui d'avoir aidé à faire partir des Etats-Unis Foreman, le
scénariste de "Le train sifflera trois fois", Foreman qui avait été interrogé par la commission des activités anti-américaines en plein tournage de ce film...

"Big Jim McLain" sur lequel j'ai écrit ma critique sur un post dédié à wayne est un film subtil, tellement anti-communiste qu'il en devient à nos yeux contemporains pro-communistes ;-) Si je me
souviens, durant cette période, il y a eu une 50aine de films de propagande anti-coco durant cette période de paranoïa (entre 47-48 et 54) et de guerre froide culminante période Staline. A noter
que Big Jim McLain avait été un grand succès.


Dino Barran 12/03/2011 14:45


Cher Fred, tu nous fais une telle fixette sur BIG JIM McCLAIN que l'envie de voir ce film ne fait que croître !
On peut effectivement dire que LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT véhicule des valeurs rigoureusement antagonistes à celle issues du mccarthysme et que ce n'est peut-être pas un hasard compte tenu de la
période et de la personnalité de son auteur. Je pense que tu me rejoindras là-dessus.
Comme tu l'écris pour HIGH NOON, le film de Ford appuie là ou ça fait mal : racisme, violence, intolérance...
Dans LE WESTERN, ouvrage de référence édité et réédité chez 10/18, l'un des auteurs (R. Tailleur) évoque par ailleurs l'indéniable "message anti-mccarthyste de tels films de Sturges ou d'Allan
Dwan". Dommage qu'il ne les cite pas, nous aurions pu prolonger la discussion !
Ce que je comprends dans les critiques idéologiques à l'égard de HIGH NOON, ce sont les réserves à l'égard du parti-pris de départ : Coop a le droit d'avoir la trouille à la perspective de
l'arrivée des méchants; cependant a-t-il le droit d'exhiber cette trouille devant ses administrés ? Circonstance aggravante : il a parfaitement les moyens de se défaire tout seul (ou presque) des
malfrats, la fin du film le prouve. Donc le recrutement d'alliés est-il nécessaire ? N'y a-t-il pas là au contraire un risque de les mettre en danger alors qu'il est sensé les protéger ? Le
comportement de Coop dans le film met ainsi à mal l'image du marshall de l'Ouest.


FJ Walk 12/03/2011 15:04



Image IMAGINAIRE du marshal de l'Ouest ! J'imagine qu'un vrai marshal devait souiller ses pantalons à l'idée que 4 brutes venaient pour le descendre.


C'est un peu ce que j'écris plus haut : c'est l'intrusion de la réalité (la pétoche, la panique même) dans un monde factice et recréé. D'où décalage et malaise...


 


Quant à "BIG JIM", j'avoue que j'ai du mal à admettre qu'on ait pu produire un film à la gloire de Joe McCarthy. C'est inouï...




Dino Barran 12/03/2011 11:49


Damned ! Me serais-je trop avancé ? Je relève le défi et vais tenter de vous expliquer pourquoi LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT peut être considéré(e) comme un film anti-mccarthyste. Attention, je n’ai
pas vu ce film. Aussi me contenterai-je de synthétiser brièvement ce que j’ai lu ici et là.
1/ LA PRISONNIÈRE est souvent considéré(e) comme un tournant significatif dans l’œuvre de Ford : abandon de tout manichéisme, fin des mythes fondateurs de l’Ouest, mise à nu des failles de
l’histoire américaine, apparition d’une tonalité pessimiste, disparition du héros triomphant et irréprochable au profit d’un antihéros ambigu, aux motivations plus sombres et aux actions parfois
moralement condamnables, etc.
2/ C’est un film qui, au travers du personnage principal d’Ethan (Wayne), donne à voir le racisme dans ce qu’il a de plus brutal. Ford ne cherche pas à l’excuser ; tout au plus propose-t-il
quelques pistes d’explication. Quoiqu’il en soit Ethan commet à l’égard des Indiens les mêmes exactions qu’il leur reproche : massacre gratuit de bisons, violence, crimes, scalp…
3/ Inversement, le film donne à voir les bienfaits de la tolérance au travers du personnage de Martin, le métis cherokee (Jeffrey Hunter) qui s’oppose à la violence d’Ethan.
4/ C’est un film humaniste qui se termine par la rédemption d’Ethan lorsqu’il prend dans ses bras la nièce qu’il avait initialement reniée pour sa « conversion » en squaw.
5/ Sur le plan historique, on sait que Ford s’opposa plutôt vigoureusement au mccarthysme ; il fut même une figure quasiment emblématique de la lutte antimccarthyste au travers de sa défense
légendaire de Joseph Mankiewicz contre les attaques xénophobes de Cécil B. DeMille à la Screen Director Guild en 1950…
Voilà quelques idées qui militent en faveur du caractère antimccarthyste de LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT.
N’oublions pas cependant que nombre d’exégètes prêtent aux auteurs des intentions dont ces derniers n’avaient pas la moindre idée !


Fred Jay Walk 12/03/2011 12:37



Bon. Alors disons que le film est SUBTILEMENT anti mccarthiste !


J'aurais bien aimé assister à une discussion alcoolisée entre Ford et Wayne sur le sénateur McCarthy.


Bizarre que, malgré la domination bien connue, qu'il exerçait sur l'acteur, Ford ne l'ait pas influencé. On aurait peut-être évité "BIG JIM
McLAIN".



lemmy 11/03/2011 01:32


C'est très intéressant ce que tu écris, Dino. Je crois que Cooper a joué le naïf devant cette commission. Bien évidemment c'est à l'obscur John W. qu'il a demandé (c'est lui qui a demandé ça ?) de
ramasser son oscar (Pan dans ta face !)

Par contre, je ne savais pas que "La prisonnière du désert" était un film considéré comme anti-maccarthyste.


Fred Jay Walk 11/03/2011 07:08



Oui, c'est intrigant. Je ne vois pas ce qu'il a d'antimccarthyste. Le sais-tu, Dino ?



Dino Barran 10/03/2011 22:29


Quelle horreur : il était cloué au lit par un ulcère.


Dino Barran 10/03/2011 22:27


Nous avons déjà évoqué cette "antinomie" entre LE TRAIN et RIO BRAVO dans un autre tiroir de ce blog.
Une remarque Fred : je crois me souvenir que Hawks autant que Wayne souhaitait faire un film qui soit le contrepied de celui de Zinnemann.
Les choses ne sont pas forcément simples. Je suis personnellement un adepte de l'individualisme, du professionnel qui n'a besoin de l'aide de personne pour faire correctement son travail. Il se
trouve cependant que je garde un bon souvenir du TRAIN bien que l'ayant vu il y a plus de 40 ans. En revanche, j'ai trouvé légèrement ennuyeux voire assommant RIO BRAVO que j'ai vu plus
récemment.
Paradoxe : Coop a l'auréole du redresseur de torts, de l'homme droit qu'admirait Hemingway. Or dès 1944 il a adhéré à la très anti-communiste Motion Picture Alliance for the Preservation of
American Ideals. Puis trois ans plus tard, un mois avant la publication de la liste noire, il a témoigné "amicalement" devant la HUAC. Sans dénoncer personne en particulier, mais en évoquant
certains scénarios qu'il avait refusé en raison de leur idéologie communiste.
Curieusement, on est plus indulgent vis-à-vis de Coop que vis-à-vis de Wayne. Lequel a pourtant tourné lui aussi dans un film considéré comme anti-mccarthyste : LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT...
Ironie : quand Coop a remporté l'Academy Award pour High Noon, il été cloué au lit par un ulcère. Devinez à qui il a demandé de venir le chercher à sa place ?


Corey 10/03/2011 12:39


Bon, je vais le revoir alors !


Fred Jay Walk 10/03/2011 13:31



Le Blu-ray m'attend sur une étagère depuis deux ans... Bientôt...



lemmy 10/03/2011 10:26


Amen ! Et il n'y a pas de grand monolithe noir ou de foetus spatial dans "Rio Bravo" ;-)


Fred Jay Walk 10/03/2011 10:47



Nobody's perfect...



lemmy 10/03/2011 01:33


Je pense que c'est là une comparaison inédite dans l'histoire de l'humanité. Même si l'extraordinaire scène d'ouverture de "Rio Bravo"... ;-)

"Rio Bravo" ne prête apparemment pas à une surinterprétation, pourtant on a beaucoup écrit sur ce film. Et je sais (je parle pour moi) que chaque vision apporte quelque chose, peut-être la même
chose à chaque fois. Si j'avais la possibilité de voir un dernier film avant de mourir, celui qui serait l'ultime, je me demande si ce ne serait pas celui-là. Dès qu'il ressort au ciné, je vais le
voir. L'intrigue est presque un prétexte. Je ne m'y ennuie pas une seconde, au contraire. Pas besoin de coups de théâtre, de fantômes traversant l'écran, de grands mouvements de caméra. Les
séquences les plus marquantes sont celles n'apportant rien à l'intrigue principale. Ce qui compte ici ce sont les personnages, ce qui se passe entre eux, ce qui change entre eux, à leur contact,
face aux évenements. Beaucoup de cinéastes ont une conception pessimiste du monde rejaillissant sur tous les personnages, qui deviennent souvent des abstractions ; cela fait beaucoup de bien un
film sur l'amitié (et qu'on ne mette pas de sous-textes là dessous ;-)) et sur des personnages qu'on regarde vivre à leur rythmne et qu'on quitte à regrets. Et voir Wayne comme un grand dadais face
à Angie Dickinson vaut son pesant de pellicule. Donc oui, cool, serein et réceptif. Et amoureux d'Angie :-) Ce qui ne veut pas dire qu'il faille faire un effort pour accepter un tel film, car il ne
fait pas dans le spectaculaire.

La scène où Dean Martin décide brusquement de boire me remplit d'émotion à chaque vision.

Et j'avoue que "La captive aux yeux clairs" me fait à peu près le même effet. Je connais mal Hawks, à part ses quelques westerns et j'ai beaucoup à découvrir. Par exemple, j'ai beaucoup aimé "Le
grand sommeil", mais après la séance je me suis rendu compte que j'avais pas compris grand-chose à l'histoire, mais était-ce là l'important ?


Fred Jay Walk 10/03/2011 08:44



Merci pour "RIO BRAVO". Tu l'as bien défendu !



Corey 09/03/2011 17:44


Il n'empêche que je m'ennuie mortellement devant RIo Bravo, alors que j'adore Wayne, et que la plupart des films de Hawks que j'ai vus sont des chefs-d'oeuvre pour moi. Alors, quel est mon problème
?


Fred Jay Walk 09/03/2011 18:22



Je pense que "RIO BRAVO", il faut être dans un certain état d'esprit pour l'apprécier. Cool, pas pressé, serein, réceptif. Un peu
comme pour "2001".



Présentation

  • : Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • : News, photos, critiques films et DVD, avis et commentaires sur le cinéma populaire, ses stars, ses mythes, mais aussi sur les séries TV et quelques à-côtés.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens