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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 07:56

BIG KNIFE (2)En adaptant la pièce de Clifford Odets, Robert Aldrich n’a pas cherché à fuir la théâtralité. À peine si on sort du living room de la maison de l’acteur Charlie Castle, pour quelques plans dans le jardin. « LE GRAND COUTEAU » est un huis clos corrosif et délibérément sordideBIG KNIFE sur les mœurs hollywoodiennes, disséquées à la loupe à travers le portrait d’une star masculine vivant ses derniers jours.

Passée la surprise de voir Jack Palance dans le rôle principal, là où on aurait plutôt imaginé un Rock Hudson, on comprend le choix d’Aldrich : sous les traits tourmentés de Palance,  ‘Castle’ apparaît comme un personnage rongé par le renoncement, bouffé de l’intérieur par sa propre corruption, son manque de caractère et sa lâcheté foncière. Malgré sa « gueule » de tueur, ses muscles saillants, sa belle maison, il n’est plus qu’une marionnette impuissante qui a perdu jusqu'à sa propre identité.

Aldrich attaque de front la cité du cinéma : le monologue de la starlette Shelley Winters (a-t-elle jamais été meilleure ?) est d’une franchise stupéfiante. En quelques répliques, elle raconte comment les studios signent des contrats à des belles filles, leur donnent des figurations en pâture, mais s’en servent surtout comme prostituées à vil prix, toujours disponibles. Il montre aussi, bien avant « THE PLAYER » d’Altman, comment – véritable état dans l’État – Hollywood a sa propre police, ses médecins et parvient à maquiller des meurtres, à enterrer des « affaires » pour mieux s’en servir le moment opportun. C'est un véritable panier de crabes, un royaume clinquant mais totalement pourri de l’intérieur que décrit ce film certes excessivement bavard, mais suffocant et désespéré.

BIG KNIFE (1)

Le formidable cast donne le meilleur de lui-même : outre Palance, shakespearien mais d’une inhabituelle sobriété, Ida Lupino excelle dans le rôle de sa femme à jamais fidèle à l'homme qu'il fut jadis, Wendell Corey est magistral en factotum puant de cynisme, Everett Sloane est un émouvant imprésario tâchant de ménager la chèvre et le chou, Jean Hagen est décapante en nympho joyeuse. Mais c'est Rod Steiger qui remporte la palme : les cheveux blanchis, un sonotone dans l’oreille, il compose un abominable personnage de ‘mogul’ cabotin, geignard, menaçant, sorte de figure méphistophélique oscillant entre l’horreur et le ridicule : extraordinaire ! Son dernier face à face avec Palance aurait mérité tous les Oscars du monde.

« LE GRAND COUTEAU » n’est pas une œuvre facile d’accès, mais par son utilisation agressive de la musique, ses axes de prises de vue créant le malaise, son honnêteté sans fard, il donne un méchant coup de pied dans la mythologie hollywoodienne.

 

À NOTER : Ida Lupino et Shelley Winters ont joué le même rôle : celui de la maîtresse du gangster Roy Earle. La première dans « HIGH SIERRA » avec Bogart, la seconde dans « LA PEUR AU VENTRE » son remake avec déjà Jack Palance.

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS DE JACK PALANCE
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