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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 05:24

IMPORTANT (1)S’il est bien un film qui pourrait servir d’exemple à l’imprévisibilité de ce qui fait les grandes œuvres, c'est bien « L’IMPORTANT C'EST D’AIMER ». Qu’on y regarde de plus près : un réalisateur polonais tournant une production française, une actrice allemande jouant un personnage appelé ‘Nadine’, trois acteurs de ‘spaghetti westerns’, des vedettes d’avant-guerre, des professionnels du théâtre subventionné… Cela ressemble fort à uneIMPORTANT bouillabaisse de copro. Et c’en est une ! Mais une bonne. Une remarquable, même.

Car les années ont beau passer, le film a gardé, malgré son sujet de photo-roman, toute sa puissance dévastatrice, son romantisme du sordide. Sa facture elle-même a étonnamment peu vieilli. Il IMPORTANT (2)faut dire que le filmage à l’épaule, la BO tumultueuse de Georges Delerue, l’extraordinaire travail sur la bande-son, le choix de décors démesurés, vides et le style de jeu survolté adopté par tout le cast, tout s’unit pour créer une atmosphère unique, dérangeante, fascinante.

Zulawski plonge tête la première dans un monde sous-terrain peuplé de personnages improbables (Mazelli et son gang sorti d’une mauvaise série B d’Eddie Constantine), de IMPORTANT (3)partouzes fétides, de losers pathétiques (Roger Blin, incroyable de géniale fausseté). Il fait du débonnaire Claude Dauphin une sorte de Dieu perverti et tout-puissant, enfermé dans un corps chétif de vieillard à moitié gâteux : fabuleux numéro d’acteur ! Et il clôt son film comme il l’a commencé, par Romy Schneider penchée au-dessus d’un homme ensanglanté et lui chuchotant « Je t’aime ». La première fois, c'était pour le tournage d’un porno minable, la seconde au sortir d’un tunnel cathartique de misère et de malheur. Magnifique.

Que dire de Romy Schneider qui n’ait pas été répété cent fois ? Elle est littéralement vibrante d’émotion, d’une hypersensibilité douloureuse à regarder par moments. Face à elle, plus ou moins bien post-synchronisé, Fabio Testi s’en sort mieux que bien, apportant une sorte de pureté à son rôle d’amoureux fou pataugeant dans la gadoue humaine. Jacques Dutronc est parfaitement utilisé, d’un pathétique presque écœurant. Et en prime, on a droit à un des plus flamboyants numéros de Klaus Kinski, dans un personnage qu’onIMPORTANT (4) devine très proche de lui, un cabotin allemand violent et imprévisible. Son Richard III sur scène est à couper le souffle.

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans un tel maelstrom de pellicule : si certaines répliques (en particulier celles de Kinski et Dauphin) sont inoubliables, d’autres sentent la mauvaise impro (le premier tête-à-tête entre Romy et Testi, assez embarrassant), les bagarres sont peu réalistes et rappellent les bastons du cinoche français de l’époque. Même chose pour le montage : par moments les ellipses sont abruptes, fulgurantes, à d’autres on a l’impression qu'il manque un morceau de film.

Mais ceci n’est que broutilles. Dans « L’IMPORTANT C'EST D’AIMER », l’émotion emporte tout sur son passage. La force des regards, la violence torrentielle des sentiments, le manque total de retenue ou de vanité des acteurs, en font une œuvre à part, une sorte de miracle qui ne sera jamais reproduit, que ce soit dans la carrière du réalisateur ou celle de la star féminine. 

IMPORTANT (5)

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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commentaires

Marc Provencher 30/04/2013 20:27

Ah si seulement on avait pris Helen Mirren !

Fred Jay Walk 30/04/2013 20:42



Ah ! Là, évidemment... On n'aurait pas eu ce genre de souci !



Dino Barran 30/04/2013 17:47

Ce film m'avait marqué, indubitablement. Il mérite certainement d'être revu.
Cependant j'avais été gêné par une forme d'hypocrisie consistant à ne montrer Romy Schneider conservant systématiquement sa nuisette pour tourner des scènes porno. Le diable se planque peut-être
dans les détails, ou alors je suis obsédé...

Fred Jay Walk 30/04/2013 18:14



La plupart des grandes stars féminines incluent une clause de non-nudité dans leurs contrats. J'ignore si ce fut le cas ici...



Kinskiklaus 23/04/2013 23:34

Aïe, avis totalement à l'opposé du tien Fred. Je trouve que ce film ne passe pas les années et reste ancré dans les méandres des années 70. La musique de Delerue n'étant pas présente pour arranger
les choses... Tout est surjoué jusqu'au grotesque, mal filmé. Le propos du film est hautement louable, mais l'entreprise se révèle au final bancal et soporifique au possible. Du beau théâtre filmé,
un film médiocre, prétentieux, narcissique. De la branlette sur pellicule. Je vais m'attirer les foudres de certains, voire de la majorité, mais j'assume.

Fred Jay Walk 23/04/2013 23:47



Ce film a toujours, depuis sa sortie, suscité ces deux réactions opposées. A chacun de voir !


Moi je marche à 100% en reconnaissant ses défauts. Mais je marche...



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