Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 11:37

LIBERTY V. (2)« L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » est un film qui a toujours perturbé les amoureux du cinéma de John Ford. C'est du pur Ford, bien sûr, du concentré de Ford, LIBERTY V. (1)même. Mais esthétiquement, le vieux réalisateur abandonne son goût des belles images pour une photo plate et sans relief, quasi-télévisuelle. Il ne s’attarde pas sur des broutilles telles que le maquillage de ses stars, qu’on voit à l’âge de 30 ans puis de 70, alors qu'ils en avaient presque 60, il oublie de faire du spectacle « grand public » pour laisser la vedette au dialogue. Bref, il semble négliger ses propres préceptes, comme s’il n’avait plus de temps à perdre en enjolivures.LIBERTY V.

C'est un film sur la vieillesse, sur le 20ème siècle qui arrive à grand pas et écrase tout sur son passage, à commencer par les mythes. C'est aussi un film sur l’usurpation et le mensonge. Oui, « L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » est un film très triste. Et très beau, malgré tout.

Il est arrivé à John Wayne de mourir dans ses westerns, à la fin du film (« LE DERNIER DES GÉANTS ») ou même avant la fin (« LES COWBOYS »). Ici, il meurt avant… le début ! Et ce qu’on voit d’abord de lui, c'est un cercueil de bois misérable à l’intérieur duquel gît un corps auquel on a ôté les bottes. Le grand dur à cuire, l’icône du vieil Ouest est mort comme n'importe qui, oublié de tous. L’avocaillon qui semblait si démuni, trente ans plus tôt, lui a survécu et il est même devenu sénateur. Sans oublier qu'il a épousé la femme qu’aimait le « Duke » et qu'il n’a jamais pu avoir. Et c'est lui qui raconte l’histoire en flash-back. Du moins, sa version…

LIBERTY V. (4)

Les temps ont changé. Ford l’a compris. Et il n’aime clairement pas ces changements. La pauvreté des décors, le schématisme exagéré des personnages, l’ambiance confinée presque claustrophobique du film, tout tend à laisser la sensation d’un épilogue. L'Ouest de légende en partie inventé par Ford n’est plus qu’un souvenir. Les rochers de Monument Valley sont loin à présent. Les drames se jouent dans les rues d’une ville sinistre et LIBERTY V. (3)l'homme qui gagne le duel n’est pas forcément celui qu’on croit. Doniphon/Wayne n’a plus sa place dans ce monde-là, comme « papy » n’avait alors plus sa place à Hollywood.

Wayne et James Stewart sont (trop ?) idéalement castés, même s’ils sont beaucoup trop âgés pour leurs rôles. Mais cela participe presque de l’ambiance théâtrale du film : ils ont l’air d’être grimés à la truelle, comme pour la scène. Face à eux, Lee Marvin est époustouflant dans un numéro de cabotinage en « maximum overdrive ». Son Liberty Valance est vêtu comme les ‘villains’ des vieux films muets, les mains bagouzées, l’œil torve, à l’extrême limite de la parodie. Les fidèles de Ford comme Andy Devine, Woody Strode, John Carradine, Vera Miles et beaucoup d’autres viennent compléter l’arrière-plan. Lee Van Cleef apparaît brièvement en bras-droit de Valance, annonçant inconsciemment l’arrivée de la relève du western, qui allait venir d’Italie deux ans plus tard. Mais ceci est une autre histoire.

Œuvre majeure, lugubre et cafardeuse, « L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » avec ses formules à l’emporte-pièce, sa petite musique triste, n’a pas fini de fasciner.

Ford devait encore tourner quelques films, mais celui-ci est incontestablement son testament de cinéaste.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • : News, photos, critiques films et DVD, avis et commentaires sur le cinéma populaire, ses stars, ses mythes, mais aussi sur les séries TV et quelques à-côtés.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens