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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:12

WASHINGTON (3)Pour parler de la minisérie « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE », il ne faut pas avoir peur des superlatifs, car c'est – et les années n’y ont rien changé – une des meilleures productions télé jamais sorties des usines hollywoodiennes. Sur 6 x 90 minutes, le scénario survole les « années Nixon » d’une plume acérée et trempée dans le vitriol concentré. Si les WASHINGTON (2)noms des protagonistes sont changés, si les auteurs ont intelligemment refusé toute ressemblance physique avec les véritables acteurs politiques de l’Histoire, les parallèles et allusions sont aveuglants et le regard est d’une extraordinaire acuité.

La minisérie démarre sur l’annonce de la démission du président des U.S.A. (Andy Griffith) gravement malade. S’ensuit une course à la Maison Blanche dont Richard Monckton/Nixon part favori. Après son élection, l’ambiance change dans le pays, au rythme de la paranoïa rampante de son dirigeant et de la corruption morale de son entourage. La durée permet une grande multiplicité de points de vue. D’emblée se détachent deux personnages-clés : Cliff Robertson, le directeur de la CIA haï par le nouveau président, qui risque d’exhumer un rapport explosif sur les agissements de l’Agence à l’Étranger et surtout Nicholas Pryor, un modeste va-chercher du service de presse présidentiel, qui va gravir les échelons à toute vitesse, malgré (ou grâce à ?) un caractère faible et pusillanime.

L’univers décrit ici est glacé, dépourvu de toute humanité. Aucun des nombreux personnages n’est là pour relever l’autre : ce sont des pantins sans âme, mus par l’ambition et l’ivresse du Pouvoir, tellement corrompus qu'ils ne se rendent même plus compte qu'ils le sont. À ce petit jeu, le duo formé par Jason Robards et Robert Vaughn atteint des cimes inouïes. Le premier trouve le rôle de sa vie. Son portrait-charge de Nixon est époustouflant. Brute sournoise et revancharde, manipulateur grossier et vulgaire, il s’enferme dans sa haine de l’autre et continue d’agir en ‘loser’ alors même qu'il a atteint le statut suprême. Mais quand on se dit qu'il est tout de même un peu caricatural, le 5ème épisode nous le montre dans un monologue, justifiant sa personnalité. Et l’espace de quelques secondes, il en devient, peut-être pas émouvant, mais presque… humain. À ses côtés, Vaughn a rarement été meilleur que dans ce personnage de ‘coach’ cassant et odieux, constamment collé au président comme un poisson-pilote. Au point que celui-ci ne peut même plus sourire sans demander l’approbation de son bras-droit. Quel duo ! Quels acteurs ! Chaque minute où ils occupent l’écran est un pur régal.

WASHINGTON

Même chose pour Nicholas Pryor, qui donne vie à un individu méprisable et suant la peur, sans jamais le juger ou le rendre antipathique. Robertson est comme toujours un peu décevant, ne changeant pas d’expression pendant les neuf heures de projection. Les portraits très peu flatteurs de Hoover (on est loin de Di Caprio !) ou Kissinger sont saisissants.

Bien sûr, tout n’est pas irréprochable dans « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE » : WASHINGTON (1) ce qui concerne les histoires de cœur du directeur de la CIA ou de la pauvre Meg Foster, tiraillée entre deux hommes, relève du (bon) ‘soap opera’ et on aurait franchement pu s’en passer. Bien sûr, certaines sous-intrigues prennent beaucoup de place pour se finir brusquement en queue-de-poisson, mais ce ne sont que broutilles, comparées aux qualités de l’ensemble.

Car pour un téléfilm produit « à chaud » il y a 35 ans, cela a remarquablement peu vieilli : du rythme jamais relâché à la richesse du décor ou des séquences de foule (mélange de documents d’actu mêlés à des reconstitutions), du cynisme du dialogue à faire froid dans le dos, jusqu'au cran tout simplement de parler de sa propre Histoire récente avec une telle honnêteté… Et puis, pour qui n’avait pas tout compris du scandale du Watergate, il est ici décortiqué de façon tout à fait limpide.

Sorti récemment en zone 1, la minisérie « INTRIGUES À LA MAISON BLANCHE » mériterait vraiment une édition française, pour être redécouverte par un nouveau public, car elle a entretemps pris valeur de document historique. Et ce qui paraissait choquant à l’époque concernant les mœurs de nos dirigeants, a été largement rattrapé voire dépassé depuis, par la réalité. Et pas seulement aux États-Unis d’Amérique.

 

À NOTER : juste avant d’incarner (plus ou moins) Nixon, Robards avait joué le rédac-chef du ‘Washington Post’ qui contribua à faire sauter celui-ci, dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT ».

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS-CULTE DE "WWW"
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