Mardi 17 juillet 2012 2 17 /07 /Juil /2012 17:24

ALPHAVILLE (1)Il faut bien reconnaître que, même après un demi-siècle, l’association Jean-Luc Godard et Lemmy Caution, le héros de films policiers semi-parodiques qui faisaient la joie du grand public français, peut méduser.

« ALPHAVILLE » fut, est et restera un drôle de film. Une sorte de ‘film noir’ futuriste et verbeux, où planent les fantômes de « LA SOIF DU MAL » et « EN QUATRIÈME VITESSE », une version polar de « 1884 » d’Orwell, où l’humour noir le dispute à une poésie parfois délibérément naïve, où le discours politique enlise certaines séquences dans l’inertie la plus assommante, aidé par une voix ‘off’ monotone et excessivement soporifique.

Mais ce qui frappe aujourd'hui le plus en découvrant « ALPHAVILLE », c'est l’aveuglante influence qu'il a pu avoir sur une œuvre comme la série anglaise « LE PRISONNIER », tournée trois ans plus tard. Caution déclare : « Je suis un homme libre », lui aussi est un espion lâché dans un univers absurde et inconnu, les habitants d’Alphaville se saluent par un « Je vais très bien, merci, je vous en prie », qui annonce évidemment le « Bonjour chez vous » de Patrick McGoohan, sans parler du professeur Von Braun qui aurait pu s’appeler ‘N°2’ ou de l’ordinateur rendu fou par une question existentielle insoluble. Les pistes sont innombrables et les liens très forts entre Godard et McGoohan. Alphaville est une version géante du ALPHAVILLE« Village ».

À condition de s’accrocher un peu, on peut être fasciné : la photo magnifique de Raoul Coutard, l’étrange sensation provoquée par ces décors des sixties censés être futuristes, vus par nos yeux de 2012, la présence incongrue d’Eddie Constantine, sorte d’avatar de Mike Hammer ou Philip Marlowe, échangeant des poèmes avec une Anna Karina en État de Grâce, sans oublier Akim Tamiroff, échappé d’un film d’Orson Welles, ou même Howard Vernon qui fut l’ennemi de Caution dans ses premières aventures : « LA MÔME VERT DE GRIS ».

« ALPHAVILLE » est un film-rêve à voir sans a priori, en s’armant de patience, car si on s’y ennuie fréquemment, quelques instants fulgurants valent vraiment l’effort.

« Je vais très bien, merci, je vous en prie ».

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Commentaires

Mon cochon, tu m'as donné une irrésistible envie de le revoir. Je l'ai donc commandé de suite. Je n'ai pas revu ce film depuis plus de vingt ans à l'occasion d'une ressortie ciné : j'étais plus allé voir Lemmy Caution que Godard. En plus, een tant que grand admirateur de "Le prissonnier", tu as su ma parler ; j'avoue n'avoir jamais fait le rapprochement jusque là...

Pour mon anniversaire, je me suis offert un coffret 10 dvd Godard ; on ml'a offert le coffret histoire(s) du cinéma ; je me suis commandé "Alphaville" ; mon dernier film vu au ciné est "Holy Motors" de Carax. QUE SE PASSE-T-IL EN MOI ?
Commentaire n°1 posté par lemmy le 17/07/2012 à 21h40
Un coffret Godard ? HOLY MOTORS ?? Mon cher Lemmy, vous nous faites une petite cure d'hermétisme ???
J'ai vu ALPHAVILLE au ciné-club de mon lycée dans les années 60, je n'ai rien compris. J'ai vu PIERROT LE FOU et LE MÉPRIS, je me suis fais ch... J'ai vaguement apprécié A BOUT DE SOUFFLE, deuxième plongée de Bébel dans la nouvelle vague après À DOUBLE TOUR de Chabrol, qui est beaucoup plus intéressant. Je garde un bon souvenir de MASCULIN-FÉMININ et je reverrais avec curiosité WEEK-END.
Cependant Godard reste pour moi une espèce d'autiste révéré par les intellos de gauche et les bobos qui s'extasient devant des séquences interminables auxquelles ils ne comprennent rien.
Le plus con des maoïstes suisses, comme disait justement Montand.
Commentaire n°2 posté par Dino Barran le 17/07/2012 à 22h07
Et Montant savait de quoi il parlait : il a tourné pour Godard...

Le magnifique du cinéma, c'est sa diversité, voire son côté protéiforme. Godard en fait pleinement partie. J'ai récemment vu une de ses oeuvres tardives et ce fut brutal et abscons, mais pas gratuit :-)

Je me suis surpris à être pris par le dernier film de Carax, un film sur le cinéma... Ceci dit, j'ai revu un Punisher et j'en suis à un 3 ou 4 westerns par jour. Ceci dit, j'ai vraiment vu tout dernièrement des films de merde au cinéma (dont le dernier Spider-Man), donc il me fallait autre chose.
Commentaire n°3 posté par lemmy le 17/07/2012 à 22h27

Je pense avoir une cinéphilie "ouverte" et curieuse... Mais avec Carax, tu me bats à plate couture, cher Lemmy !

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 07h24
C'est depuis que j'ai lu que jeune il allait voir au ciné les films de Bronson, qu'il avait écrit en bien sur "La taverne de l'enfer" et avait été lecteur de comics. Et par curiosité, il est tellement détesté et encensé.

Pour "Alphaville", j'attends ! Et vais me choper les blu-ray de "Pierrot le fou" et de "Le mépris". J'ai envie de les voir.
Commentaire n°4 posté par lemmy le 18/07/2012 à 08h33

"LE MEPRIS" est un de mes films de chevet, je le vois une fois par an. Il est magique, ce film. La BO de Delerue, les décors, les couleurs...

 

Au fait alors, tu en penses quoi du Carax ?

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 08h42
Un coffret Godard???Mon dieu!!Idée étrange venue d un monde parallèle...Comme Dino,je n ai jamais rien compris a ses films(en meme temps je me suis arrété a deux pour ne pas etre dégouté a vie du cinéma si ce terme est approprié concernant Godard)mais je reve de voir un jour un doc consacré a "la formidable" carrière de Lee Van Cleef(clin d oeil a Val)commenté par Godard sur une musique des Sex Pistols...Un fantasme...
Commentaire n°5 posté par DANIEL le 18/07/2012 à 11h51

Pas mal, le fantasme... Mais on pourrait aussi y inclure quelques reconstitutions en docudrama, où un grand acteur sobre et intense reprendrait le rôle de Van Cleef.

Eric et Ramzy feraient ça bien, à tour de rôle.

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 12h04
Heu...Je n'ai jamais vu un seul film de Godard...et je n'ai jamais eu envie d'en voir (c'est grave, docteur ?) ; idem pour Carax, mais s'il fait un film sur Van Cleef avec un commentaire de J.Luc, je me laisserais tenter (clin d'oeil en retour à Daniel).

A propos, Daniel, ne soit pas timide : n'hésite pas à laisser tes commentaires plein d'humour et d'ésprit sur Ana'Blog ;-)
Commentaire n°6 posté par VAL le 18/07/2012 à 13h54

Si tu dois en voir un seul dans ta vie, vois "LE MEPRIS". Godard ou pas Godard, c'est un film magnifique. D'ailleurs, pour être tout à fait franc, on ne dirait pas vraiment un Godard !

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 14h07
Le Mepris : Godard et Bardot (je n'aime pas BB) ? Bon, si j'ai l'occasion un jour...Par curiosité, mais sans conviction...
Commentaire n°7 posté par VAL le 18/07/2012 à 14h15

Essaie...

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 18h20
« ...sans oublier Akim Tamiroff. »

Voilà de sages paroles. Un de ces quatre, un hommage à cet incontournable pilier du cinéma (qui d'après mes recherches aurait même tenu DEUX rôles principaux au cours de sa carrière !), ce serait sympa.
Commentaire n°8 posté par Marc Provencher le 18/07/2012 à 17h57

Je vois mal comment "WWW" pourrait ignorer l'immense Akim. Son cabotinage hallucinant dans "LA SOIF DU MAL" et "POUR QUI SONNE LE GLAS" est une joie pour tout amateur d'hénaurme.

Réponse de Fred Jay Walk le 18/07/2012 à 18h19
Mmmouais... Ce qui est magique dans LE MÉPRIS, c'est surtout les fesses de Bardot.
Commentaire n°9 posté par Dino Barran le 18/07/2012 à 18h31
Dino, oui, les fesses de Bardot seront toujours plus parlantes que tout. Mais ces fesses parlent aussi.

Je ne regarde pas 3 ou 4 westerns par jour, mais par semaine, contrairement à ce que j'écris plus haut ; je ne suis pas fou :-) Je continue ma crise cinématographique de la quarantaine avec la commande des blu-rays de "Le mépris" (tu m'as convaincu) et de "Pierrot le fou" histoire de remplacer des dvds anciens.

Son "A bout de souffle" m'a profondément marqué, et il me reste des images très fortes de "Alphaville" (cette scène des portes reprise notamment dans un des "Matrix"), mais j'avais oublié Vernon et Akim Tamiroff ;-) Godard est au départ un cinéphile, amoureux fou d'un certain cinéma américain, mais qui s'interroge sur les modèles du ciné, sur sa grammaire.

Fred, dans tes posts "Pourquoi ?", tu abordes quelquefois assez bien certains traits d'un certain cinéma, qui sont apparemment absurdes, mais pas innocents.

Godard va juste inventer une autre grammaire, en détournant/problématisant une grammaire majoritaire. Pour moi, Godard c'est un cinéma.


Et le dernier Carax est un labyrinthe fulgurant qui interloque :-)
Commentaire n°10 posté par lemmy le 18/07/2012 à 22h32
Rassurant de lire qu'il existe: "des films de merde"...je me sens moins seul à le dire quelquefois en déclenchant des réactions outrées... Ceux qui s'extasient sur Fareinheit 451 devraient voir que Godard, avant Truffaut, fit de la fiction réussie avec un environnement ordinaire, magistralement filmé, et un thême oppressant, intemporel. Plastiquement, narrativement, pour les prestations de ses acteurs et de la villa où il se déroule " Le mépris" est un chef d'oeuvre. (Espérons qu'il donne envie à quelqu'un de lire Curzio Malaparte.)
Commentaire n°11 posté par valcogne.over-blog.com le 19/07/2012 à 14h09
« (Godard) s'interroge sur les modèles du ciné, sur sa grammaire. »

Ce qui est plutôt le travail d'un critique de cinéma, d'un-e intellectuel qui analyse les films, ou encore bien évidemment d'un artiste AVANT de se lancer dans une création (et pas PENDANT, de grâce ! c'est d'un ennui !). C'est cette croyance qu'une fiction est censée servir à charrier de la théorie de l'art qui 1) rend les films de Godard irrémédiablement ennuyeux et 2) fait se pâmer la critique savante à n'en plus finir, puisque soudain la création artistique semble se rapprocher de sa propre activité (et du coup ils se sentent plus artistes eux-mêmes, ce que généralement ils ne sont pas) d'où bruyante approbation. Si les critiques intellectualisants façon "Cahiers" et consorts confondent depuis toujours "artiste" et "intellectuel", c'est que cette confusion leur procure l'impression grisante d'une moins grande distance entre l'activité créatrice et la leur.
Commentaire n°12 posté par Marc Provencher le 19/07/2012 à 14h51
Les connaisseurs auront rectifiés d'eux mêmes: j'ai accordé à Malaparte ce qui appartient à Alberto Moravia...Le mépris est tiré de son oeuvre et la villa du film était bien la sienne. Errare etc
Commentaire n°13 posté par valcogne.over-blog.com le 19/07/2012 à 15h59
C'est peut-être le Godard le plus intéressant mais ça reste du Godard donc ennueyeux.
Commentaire n°14 posté par Patrick le 21/07/2012 à 14h24

D'accord. Si on considère que "LE MEPRIS" est hors-concours.

Réponse de Fred Jay Walk le 21/07/2012 à 14h55
J'ai trouvé une sorte de citation-fétiche contre l'espèce de mentalité qui m'irrite tant, mais pour le coup, peut-être moins dans Godard que autour de Godard : les horripilants tresseurs de couronnes.

C'est d'un réalisateur européen, contemporain de Godard, et qui certes est aussi une sorte d'antidote à Godard pour sa conception du cinéma vraiment aux antipodes :

«La critique aime les films que le public ne comprend pas ou que, pour le moins, il n'est pas en mesure de saisir dans toutes leurs nuances.»

- Luigi Comencini
Commentaire n°15 posté par Marc Provencher le 24/11/2012 à 00h54

Bien vu, Luigi ! Il faut bien que les critiques justifient leur existence par une sorte d'élitisme intellectuel. Enfin, à une certaine époque. Aujourd'hui, tout le monde est critique...

Réponse de Fred Jay Walk le 24/11/2012 à 08h39
Excellente citation de Comencini, cher Marc. A retenir.
Ironie du cinéma godardien : les séquences où Bardot apparaît dans le plus simple appareil répondent à une exigence des producteurs. Godard a accepté de les tourner après coup, faisant ainsi une étonnante concession au "commercial" qu'il se vantait de mépriser...
Commentaire n°16 posté par Dino Barran le 24/11/2012 à 14h48
Bon, c'est aussi une citation putassière et pseudo anti-intello que Dany Boon aurait pu dire. Mais j'aime bien Comencini, il a fait un "Don Camillo en Russie", le moins bon de cette série que j'aime ; il n'a pas fait avec Don Camillo ce que Godard a fait avec les codes de Lemmy Caution et d'une culture populaire :-)
Commentaire n°17 posté par lemmy le 26/11/2012 à 00h45

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