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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 05:48

4 MOUCHESIl est « officiellement » établi que Dario Argento a signé ses chefs-d’œuvre pendant les premières années de sa carrière et que ses films tournés sur le tard sont tous désastreux. À bien y regarder, ces fameux premiers opus ne sont pas tous irréprochables. Loin de là ! « 4 MOUCHES DE VELOURS GRIS » par exemple est une sorte de ‘whodunit’ laborieux et au4 MOUCHES (2) scénario désarmant d’ingénuité, qui prend pour héros un vague rocker mâtiné de hippie, pris pour cible par un tueur masqué qui le fait d’abord chanter et s’attaque ensuite à son entourage.

L’histoire est squelettique, les péripéties sont plus que rares, les coups de théâtre involontairement hilarants et il est clair que le réalisateur n’a fait que se préparer de longues plages essentiellement visuelles où l’image prend le pas sur le récit, un peu comme le fera aussi le jeune Brian DePalma. Ce qui donne à l’écran 4 MOUCHES (1)d’interminables scènes de « suspense » où des personnages avancent à tâtons dans la pénombre, jusqu'à ce qu'ils se prennent un coup de massue ou de couteau.

Le casting est des plus bizarroïdes : l’Américain Michael Brandon – sorte d’avatar de Mike Brant – joue un protagoniste impavide et sans aucune personnalité, traversant les séquences comme une silhouette découpée dans le contreplaqué. À ses côtés, Jean-Pierre Marielle compose un personnage quelque peu absurde de « privé » gay tout vêtu de blanc, Mimsy Farmer fait ce qu'elle peut et sa scène finale est une telle bouillie psychanalytique, qu’on ne peut que la louer d’être allée jusqu'au bout. On a même droit à Bud Spencer dans un rôle mal défini d’ermite ange-gardien omniscient – ah, oui ! Il s’appelle… ‘Dieu’ – qui va et vient sans rime ni raison et croque tout cru un poisson qu'il vient de pêcher !

Il est certain que l’ami Dario a fait mieux. Il a aussi fait pire. Mais « 4 MOUCHES DE VELOURS GRIS » (un joli titre, ceci dit) vaut pour quelques images-choc comme l’exécution au cimeterre qui revient en rêve ou l’accident final. Pour le reste, il faut être très très fan du maestro ou indulgent de nature.

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Published by Fred Jay Walk - dans POLAR - FILM NOIR ET ACTION
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commentaires

Kinskiklaus 05/05/2013 21:48

Les gars, on avait demandé concis!!! Concernant ta critique envers les critiques seb, je ne suis d'accord. Et je ne sais pas pour vous, mais il y a une expression apparue il y a quelques années qui
revient sans cesse et qui me rebute au plus haut point: "un film coup de poing". Ouaip, mais encore?

Fred Jay Walk 06/05/2013 00:06



Il y a "déjanté" et "jubilatoire" aussi....



Seb 05/05/2013 17:49

Ah mais je vous suis totalement en ce qui concerne la pauvreté scénaristique de nombreux films de genre italiens de cette époque, Marc. Je mettrais toutefois un bémol à votre charge en précisant
que c'est surtout vers le début des 70's qu'on ressent ces faiblesses. À mon avis, les Freda, Bava, Margheriti et autre Cottafavi nous ont donné des oeuvres visuellement comme thématiquement très
intéressantes entre la fin des 50's et la fin des 60's. Des films encore très influencés par le modèle classique hollywoodien, lequel exigeait tout de même un minimum de cohésion et de solidité au
niveau de l'écriture. Ce n'est pas tant le fait que l'histoire soit banale - pour reprendre votre terme - qui pose problème à mon sens, mais plutôt le fait qu'elle soit traitée par-dessus la jambe,
comme c'est le cas de nombreux westerns spaghettis, gialli et films fantastiques réalisés grosso modo après 68. Un exemple concret: L'Oiseau au Plumage de Cristal, le premier Argento, se regarde
encore avec plaisir comme vous dites, et ce grâce à un scénario correct. C'est parce qu'il a été tourné à une époque où son auteur et la plupart de ses homologues n'avaient encore pas pris la
grosse tête !

Je ne partage pas votre point de vue sur Opération Peur que je trouve très abouti et assez saisissant par son côté dédaléen (la scène où le personnage principal ouvre plusieurs fois une porte qui
le fait toujours entrer dans la même pièce, c'est tout bête dit comme ça mais l'effet est mis en scène de façon très efficace). Contrairement à vous, je me suis passablement ennuyé devant La Fille
qui en savait trop qui lorgne laborieusement vers Hitchcock. Enfin, je n'ai guère été plus convaincu par La Maison aux Fenêtres qui Rient dont la forme comme l'intrigue me paraissent maladroites,
voire bâclées, et à mille lieues de Polanski auquel vous comparez le film. Mais bon, tout ceci constitue une affaire de goût personnel, vous en conviendrez. Si je devais élire mon film de peur
préféré de cette mouvance, je choisirais sans doute Danse Macabre de Margheriti, un très beau film à l'ambiance gothique où le cauchemar éveillé du héros est très immersif - l'immersion, chose qui
manque cruellement à la plupart des "classiques" d'Argento & consorts. J'avoue aussi - ce qui va sembler quelque peu contradictoire - que certains Fulci comme L'Au-delà ou L'Enfer des Zombies
me plaisent énormément par leur côté jusqu'au-boutiste et leur ambiance morbide, même si là plus que jamais l'intrigue est reléguée au second plan.

Encore un mot sur les critiques: plus encore que celles des années 60-70 que vous mentionnez, c'est les actuels chroniqueurs de fanzines (et même souvent de la presse grand public) qui ont le don
de me taper sur les nerfs avec cette tendance de plus en plus avalisée qui consiste à encenser n'importe quel film contenant du gore ou de la violence sous prétexte que c'est "couillu", "fun" ou
"vénère". En début d'année, on ne lisait que ça de Django Unchained qui est du reste un (très) bon divertissement. On dirait que les délires geekoïdes d'Olivier Dahan et Mad Movies ont fini par
contaminer le tout-venant de la presse ciné. C'est fatigant.

Marc Provencher 05/05/2013 00:17

« Toute série B n'est pas obligée d'avoir un "message" bien sûr et on les aime souvent parce qu'ils n'en délivrent pas. Mais tant qu'à écrire des histoires simples, faites pour distraire et/ou
faire peur, autant le faire bien. »

Ah certes, délivrez-nous des films "à message" ! Non seulement une bonne histoire doit se suffire à elle-même, mais elle est même l'alternative idéale au malencontreux "message" que certains
éditorialistes ou sergents-recruteurs déguisés en artistes voudraient délivrer au spectateur.

Heureusement, ce n'est pas du tout mon propos. Mais plutôt que "fond" et "forme" - ce qu'on raconte / la façon dont on le raconte - sont censés avoir au moins un rapport l'une avec l'autre. L'une
est censée être à la hauteur de l'autre et vice-versa. Alors si la forme est très travaillée, audacieuse, flashy, je m'attends D'AUTANT PLUS à ce que l'histoire qu'on me raconte, et les personnages
qui portent et vivent cette histoire, le soient aussi. Que la narration soit subtile comme les éclairages sont subtils, quoi. Sinon ça ne va produire aucun effet.

Prends deux films de peur très efficaces dans leur genre respectif, et où la forme est à couper le souffle, où elle arrache des bravos : 'Le Locataire' de Polanski et 'The Shining' de Stanley
Kubrick. Dès les premières secondes, je commence à angoisser. C'est forcément la forme qui me fait ça : la musique de Carlos / de Sarde, la photo cinglée, le cadrage, les lentilles, etc, mais c'est
surtout parce que j'anticipe que ce qu'on m'apprête à me raconter va être à la hauteur de ce toit d'immeuble parisien angoissant (sic !), de cette route américaine terrifiante (re-sic !). Eh bien,
ce qu'on appelle le formalisme consiste à croire que ces films proposent de bonnes histoires à pétoche ingénieusement narrées uniquement comme prétexte à faire de belles images comme ça, des
mouvements de caméra très sophistiqués, etc. Mais si c'était ça, le film serait raté ! Si le ramage ne suit pas le plumage, on est à côté de la plaque. En leur temps, les formalistes thuriféraires
de Bava ou Argento dont je parle se foutaient carrément qu'un film de peur fasse peur ! Qu'une comédie fasse rire ! Qu'un mélodrame, snif... (ah zut ça y est, voilà que ça me reprend)... qu'un
mélodrame fasse pleurer.

Je me fais parfois reprocher d'être un cérébral quand je me lance dans ce genre de discussion, mais c'est au contraire ces types-là de la critique de cinéma spécialisée de l'époque qui étaient des
cérébraux carabinés, coupés de toute émotion (sauf la fameuse "émotion esthétique" bien sûr). Mais leur attitude enrageante n'a pas disparu, et pire, elle influence parfois les cinéastes encore
aujourd'hui. Je viens de voir, ou plutôt d'essayer de voir 'Babylon AD' : zut, encore un type qui croit que de la bonne SF, c'est juste une occasion de faire de l'imagerie, que ce qu'on raconte
n'est qu'un prétexte à la forme.

Marc Provencher 04/05/2013 18:15

C'est vrai, j'exagère. Mais pas tant que ça : 'Opération peur' par exemple, un des premiers Bava que j'ai pu voir (en faisant venir le DVD de France à grands frais) m'a particulièrement déçu en
raisons des poncifs et clichés puérils du scénario. Pour moi Bava et Argento se ressemblent parce qu'ils ont une maîtrise formelle indéniable, voire tarabiscotée... au service d'un imaginaire d'une
pauvreté insigne, farci de lieux communs : une disproportion qui à mes yeux ne pardonne pas, surtout dans le domaine du fantastique. Les critiques dont je parle, qui sévissaient en France dans les
années 60-70 et qui ont fait en partie la réputation de Bava et Argento, je crois qu'ils dissociaient tellement la forme et le sens que non seulement ils ne comprenaient pas ce que c'est qu'un
imaginaire original, mais carrément ce que c'est qu'un imaginaire tout court - par exemple, la différence entre une bonne histoire et une histoire banale. Au fond, n'est-ce pas ce même primat
maladif de la forme pour elle-même que l'on retrouve chez les cinglés qui ont "réhabilité" les films nazis de Leni Riefensthal ? Mais bon, emporté par mon élan, voilà que j'exagère encore...

En tout cas dans les films de cette vague-là, de ce versant-là du cinéma italien, certes je préfère Bava à Argento ('La fille qui en savait trop' est vraiment bien, 'Le Corps et le fouet' vaut le
coup d'oeil), mais mon film de peur italien préféré de cette époque-là reste au fond 'La Maison aux fenêtres qui rient', série B fauchée du très inégal Pupi Avati où les clichés qui voisinent avec
les idées originales sont transformés en autre chose par un flair pour l'étrange, un sens du bizarre qui finit par être vraiment angoissant. Ça n'est pas encore Polanski, mais ça veut aller par
là...

Fred Jay Walk 04/05/2013 19:04



Marc, tu traduis bien ce que je pense de ces réalisateurs adulés et de ce genre.


La forme oui, bien sûr, mais... pour raconter quoi ? Toute série B n'est pas obligée d'avoir un "message" bien sûr et on les aime souvent parce qu'ils n'en délivrent pas. Mais tant qu'à écrire
des histoires simples, faites pour distraire et/ou faire peur, autant le faire bien. Les derniers giallos (gialli ?) que j'ai vu étaient consternants au niveau de l'intrigue, même le culte
"PROFUNDO ROSSO".


J'avoue avoir du mal à adhérer à ce genre de cinéma, qui a pourtant tout pour me plaire... Mais je ne me décourage pas !



Seb 03/05/2013 11:35

Vous exagérez, Marc, en plaçant Bava dans le même panier qu'Argento. La vogue du premier était tout à fait méritée, du moins lorsqu'on pense à des films comme Le Masque du Démon, Lisa et le Diable,
Danger: Diabolik, Le Corps et le Fouet ou encore Opération Peur qui sont des réussites majeures en leur genre.

Kinskiklaus 02/05/2013 22:29

Marc, quelle drôle d'idée que d'associer les univers de Mario Bava et de Dario Argento. Mais je comprends le fond de ta pensée, à savoir que pour certains critiques, la forme est davantage
importante que le fond. Perso, je considère Jean Rollin comme un immense poète de l'image, et dans son cas, je suis ébloui davantage par la beauté de ses plans que par ses scénario. Idem pour Bava
et pour d'autres.

Marc Provencher 02/05/2013 18:23

Après en avoir vu un certain nombre, je conclus que la vogue autour de Dargento (et Mario Bava itou) vient surtout du formalisme maladif de la critique pointue de la fin des sixties, qui justement
se fout avec ostentation des personnages, du scénario, du récit et même qu'un film de peur fasse peur ou non ! Si le côté puéril de 'L'Oiseau au plumage de cristal' "passe la rampe" malgré tout
grâce à un scénario plein de mystère, ses défauts ne feront qu'empirer dans les films subséquents. Jusqu'à 'La terza madre' vu récemment, qui est d'un ridicule embarrassant malgré le sérieux
imperturbable d'Asia Argento.

lemmy 30/04/2013 15:53

Fred, tu lis en moi comme dans un livre ouvert. Tu es un gourou.

Fred Jay Walk 30/04/2013 16:05







Patrick 30/04/2013 13:35

Apparemment les giallos ne sont pas votre tasse de thé.

Ce film est imparfait mais je l'ai bien aimé et sinon vous avez oublié de dire un mot sur le ridicule facteur.

Fred Jay Walk 30/04/2013 16:04



Oui, le facteur ! Sorti d'un Max Pécas ! Mon esprit l'a occulté...



lemmy 30/04/2013 09:53

Ta description des personnages me tente fortement.

Fred Jay Walk 30/04/2013 10:14



A mon avis, tu as été particulièrement sensibilisé par l'évocation de Bud Spencer s'appelant Dieu et mangeant des poissons crus...



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