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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:19

Le vénérable nom de Joseph L. Mankiewicz au générique d’un western, cela peut surprendre, voire dérouter. Mais on se doute bien que l’auteur du génialissime « ÈVE » ne va pas signer un film commun ou respectueux de la tradition du genre. De fait, dès les premières images, le ton est donné : une servante noire dans une maison bourgeoise s'apprête à servir, le visage fatigué, dégoûté. Au moment de passer la porte avec le poulet frit, elle arbore soudain un bon gros sourire et se met à parler comme la Mamie de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT », prête à jouer son rôle pour les patrons blancs ! Le film est déjà résumé dans cette première séquence : tout n’est qu’apparence et celles-ci sont trompeuses.

« LE REPTILE » met face à face deux hommes diamétralement opposés, deux conceptions de l’existence : un ancien shérif humain, non-violent, plus prompt à tendre la main qu’à tirer (ce qui lui vaudra d'ailleurs d’être estropié) et un hors-la-loi escroc et manipulateur enfermé dans le bagne que l’autre dirige. Le directeur – Henry Fonda – veut effectuer des réformes pénitentiaires, prouver que les forçats ne sont pas des animaux, qu'il peut y avoir réhabilitation. La fripouille – Kirk Douglas – ne désire qu’une chose : sortir de là pour récupérer les 500.000 dollars qu'il a cachés dans une fosse à serpents. Et pour cela, il est prêt à tous les mensonges, toutes les trahisons, les ruses les plus viles. La question que pose Mankiewicz est simple : entre le Bien et le Mal, lequel est plus à même de déteindre sur l’autre ?

« LE REPTILE » est un film jubilatoire par sa foncière misanthropie, sa méchanceté grinçante et ricanante, son manque total de foi en l’être humain. Tout fonctionne parfaitement, jusqu'à la musique primesautière et la chanson de Trini López, d’une ironie adéquate. Tous les seconds rôles sont formidablement écrits, du couple de vieux homos, au bagnard à moitié sénile (délectable Burgess Meredith), jusqu'à cette « balance » abrutie jouée par Warren Oates qui croit avoir enfin trouvé un ami en Douglas. Big mistake

C'est probablement un des deux ou trois meilleurs rôles de Kirk Douglas, qui se délecte de ce personnage abject de crapule sans Dieu ni maître, rouquin, portant des lunettes factices. Difficile d’imaginer qui que ce soit d’autre en Paris Pittman, Jr. ! Quant à Fonda, impérial comme d'habitude, il s’est fait une belle tête de Mormon pour camper cet homme de loi sobre comme un chameau, psychorigide, mais croyant en l'homme. Du moins, jusqu'à un certain point…

Les deux comédiens ont des moments exceptionnels ensemble, comme cette première rencontre au mitard où ils font preuve d’une même intelligence, d’une même ruse.

« LE REPTILE » est un petit bijou qui semble se bonifier avec les années (peut-être parce que depuis, le monde s'est généreusement peuplé en Paris Pittman, Jr.?) et qui ne doit rien à aucun courant du western de l’époque. Mankiewicz a touché à presque tous les genres. Il a bien fait…

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Published by Fred Jay Walk - dans LES FILMS DE KIRK DOUGLAS
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