Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 10:57

Il fut un des plus grands comédiens italiens de sa génération, un acteur tous-terrains, n’ayant peur d’aucun excès, que ce soit dans le cabotinage débridé ou l’extrême sobriété. Il fut aussi à l’aise dans le péplum que dans le film politique, dans les rôles introspectifs (« LE CHRIST S’EST ARRÊTÉ À EBOLI », peut-être son plus beau rôle) que dans les personnages extravertis (le commissaire illuminé de « ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON »).

Gian Maria Volontè ne tourna que quatre westerns, ce qui est peu mais tout de même énorme compte tenu que tous ont marqué une date dans l’Histoire du western italien. C'est sous le pseudo de « Johnny Wells » qu'il apparaît dans « POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS ». Incarnant Ramón Rojo, un chef de clan mexicain sadique et à moitié fou, Volontè créa un parfait nemesis à Clint Eastwood, aussi sobre qu'il était déchaîné. Le duel final (« Au cœur, Ramón ! Au cœur ! ») est resté dans toutes les mémoires. Admiratif, Sergio Leone le réengage aussitôt dans « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS », où Gian Maria Volontè pousse le bouchon encore plus loin en incarnant El Indio, un hors-la-loi drogué jusqu'à la moelle, exécutant ses victimes au son d’un carillon qui ne le quitte jamais. Par la seule puissance de sa personnalité, l’acteur italien tient la dragée haute à Eastwood et Lee Van Cleef, pourtant au sommet de leur charisme.

Volontè reste dans un même registre pour le rôle-titre de « EL CHUNCHO », où il joue un bandit mexicain pseudo-révolutionnaire, truculent et généreux, manipulé par un « gringo » particulièrement retors. Dans cette allégorie haute en couleur des rapports des États-Unis avec les pays du Tiers-Monde, Volontè joue sur un registre plus subtil que chez Leone, laissant filtrer sous la couche de bêtise et d’ignorance de Chuncho, une flammèche de conscience.

« LE DERNIER FACE À FACE » est son ultime voyage au Far West et Volontè change complètement de style pour jouer un professeur souffreteux et pusillanime, se transformant peu à peu en machine à tuer, laissant s’exprimer des instincts qu'il avait toujours réprimés. Son duo avec Tómas Milian était magnifique, et Volontè atteignait là des cimes de son art.

Accaparé par un cinéma plus « sérieux », avec Francesco Rosi et autres réalisateurs-auteurs, Gian Maria Volontè aura tout de même fortement marqué un genre qu'il aura trop peu fréquenté.

 

À NOTER : Sergio Leone envisageait de reprendre Volontè, pour incarner Tuco dans « LE BON, LA BRUTE, LE TRUAND », à l’époque où Charles Bronson devait camper Sentenza.

Partager cet article

Repost 0
Published by Fred Jay Walk - dans LES ACTEURS WESTERN
commenter cet article

commentaires

Dino Barran 06/02/2011 21:32


Melville évoque l'incident des transparences dans ses entretiens avec Nogueira. Sa version :
JPM : Mais y avait-il des scènes de nuit comme ça ? Etiez-vous en voiture pendant qu'on filmait une scène de nuit qui devait être vue à travers les vitres ?
GMV : Ah non !
"Et il (G-MV) a semblé comprendre que nous ne faisions pas de transparence dans le but de l'amuser."
Un personnage curieux," conclut Melville. "Très fatigant. Je vous promets que je ne referai plus de film avec Gian-Maria Volonte."


Fred Jay Walk 07/02/2011 07:55



Sur qui cette anecdote en dit-elle le plus long ? Volontè ou Melville ?



Marc Provencher 06/02/2011 21:02


« Melville dit avoir eu beaucoup de problèmes avec lui et son comportement "non professionnel". »

Sur l'excellent site Dvdtoile.com, un internaute rapporte que pendant le tournage du 'Cercle rouge', Volontè se moquait ouvertement des séquences de voiture tournées en studio, avec des
transparences, et ne cessait de vanter cellea de 'Bandits à Milan' - une série B qu'il venait de tourner avec Carlo Lizzani - plans qui étaient filmés en "live" dans les rues de la ville.

Mais de façon plus générale, du peu que j'ai pu apprendre sur cet acteur, c'était un "confrontationnel" né, politisé jusqu'à la garde, qui adorait s'engueuler. Ce qu'on appelle en français du
Québec "un obstineux". Et les réalisateurs italiens comme Rosi (cinq films) ou Petri (trois films) passaient leur temps à se disputer avec Volontè, sauf qu'ils avaient compris, eux, que c'était
comme ça qu'il travaillait : son rituel, en quelque sorte...

Parmi les anecdotes qui circulent, celle-ci au sujet du tournage de 'Vent d'Est', un des pires films de Jean-Luc Godard. Là encore, engueulade sur engueulade pendant tournage. Godard : "Alors, qui
en a fait le plus contre le système: Staline ou Mao ?" Et Volontè : "C'est Arlequino ! Arlequino !" (Anecdote que j'aime bien car elle illustre symboliquement pourquoi je préfère le cinéma
politique italien à son équivalent français, alors que sur papier les positions sont les mêmes).

Et pour reprendre mon parallèle du début, le peu que j'ai pu apprendre sur Tatsuya Nakadai se situe à l'extrême opposé de Volontè : d'une obéissance totale, le mercurial comédien suivait au doigt
et à l'oeil les ordres du tyran Kurosawa, tel un Stradivarius entre les mains du violoniste.

Mais enfin, peu importe par quel versant de la montagne l'un et l'autre sont passés : l'important, c'est d'atteindre le sommet !


Fred Jay Walk 07/02/2011 07:55



Etonnant, le nombre de films "francophones" (français, belges, suisses) tournés par Volontè dans la seconde partie de sa carrière...


Et surprenant aussi de voir combien son jeu survolté à ses débuts est progressivement allé vers une sobriété de plus en plus minimaliste.



Dino Barran 06/02/2011 14:31


Presque d'accord avec toi pour Volonte et LE CERCLE ROUGE. Les séquences muettes Bourvil/Volonte dans le train, puis celles de l'évasion et de la course dans la forêt glaciale, et enfin celles du
face-à-face avec Delon dans la campagne boueuse me paraissent malgré tout particulièrement fortes...
Pour Boisset, je te réponds qu'il y a un peu des deux : il s'est ingénié à déformer et malmener des faits réels, notamment dans UN CONDÉ, L'ATTENTAT, LE JUGE FAYARD, LA FEMME-FLIC, pour les adapter
à son simpliste catéchisme de gauche. A l'abri derrière de pseudo-fictions, il pouvait ainsi s'attaquer sans risque juridique à ses bêtes noires : l'UDR, le SAC, les bourgeois, les flics,
l'extrême-droite, les patrons... Tout en ménageant avec habileté certains de ceux-ci : Bozzuffi, Léotard ne sont nullement antipathiques dans LE JUGE, ni Périer dans L'ATTENTAT, ni Fresson et
Bouquet dans UN CONDÉ, ni François Simon dans LA FEMME FLIC, etc.
Attention, ces constats n'enlèvent rien à ses qualités de réalisateur : L'ATTENTAT, LE JUGE FAYARD et ESPION LÈVE-TOI sont de bons films. Et CANICULE reste un nanard particulièrement attachant. En
revanche il a signé aussi de belles daubes comme RADIO CORBEAU ou LA TRIBU...


Fred Jay Walk 06/02/2011 17:47



Je n'ai pas une passion particulière pour son cinéma, mais "L'ATTENTAT" mérite quand même d'émerger des limbes, un de ces jours.



Dino Barran 06/02/2011 12:24


Peut-être pourrait-on rajouter LE CERCLE ROUGE à ces quatre films ? Melville, dans ses entretiens avec Nogueira, considère qu'il l'a écrit comme un western. L'homme qui sort de prison au début du
film "correspond assez exactement au cow-boy à cheval qui, à la fin du générique, pousse la porte d'un saloon".
Volonte avait repris le rôle de Vogel destiné initialement à Belmondo.
Melville dit avoir eu beaucoup de problèmes avec lui et son comportement "non professionnel". Il incrimine entre autres leurs positions politiques "qui n'ont rien fait pour les rapprocher". Cela
étant il tient pas mal son rang au côté de Delon et Montand, malgré ou grâce à un doublage qui accentue son côté détaché, voire distancié.
Observation pour Marc : Volonte n'a pas interprété Ben Barka; il a joué le rôle d'un dénommé Sadiel dans le film que Boisset a développé en brodant tout autour de l'affaire Ben Barka avec son
hypocrisie habituelle. Il fera pareil quelque temps plus tard avec LE JUGE FAYARD ou LA FEMME FLIC. Ce qui n'enlève rien cependant aux qualités de certains de ses films.


Fred Jay Walk 06/02/2011 12:34



"LE CERCLE ROUGE" fait indéniablement partie des grands films de Volontè, mais pas forcément de ses grands rôles. En fait,
il  n'a pas réellement de grande scène à défendre dans le film de Melville, contrairement à Montand par exemple.


Je reverrais bien "L'ATTENTAT" qui possède un casting absolument incroyable. Dino, est-ce vraiment l'hypocrisie qui poussait
Boisset à changer les noms des protagonistes de ses films politiques ou voulait-il seulement éviter les procès à répétition ?



Marc Provencher 06/02/2011 09:15


« Nakadai, Volontè... On est dans le très haut-de-gamme, là ! »

Indeed : sur les cimes, à s'emplir les poumons. Je suis un collectionneur sélectif, mais avec ces deux acteurs-là, je suis complétiste, je veux TOUT, même les trucs pour la télé. Aux antipodes
géographiquement, ils sont tout de même liés par le cinéma via deux films de légende : puisque Nakadai est la nemesis de Mifune dans 'Yojimbo' tandis que Volontè est celle d'Eastwood dans le
remake, 'Pour une poignée de dollars'. Les deux films bénéficient beaucoup de leur "bad guy" respectif : par leur forte personnalité, ils nous donnent à penser que le "héros", même si c'est un as
du sabre/du revolver, ne s'en sortira pas facilement...


Fred Jay Walk 06/02/2011 09:56



Aaaaaaah !!! J'aime beaucoup ce pont entre les deux comédiens, via Kurosawa et Leone ! Je ne l'avais jamais remarqué alors que c'est si aveuglant !



Marc Provencher 06/02/2011 00:12


C'est mon numéro 1 ex-aequo avec Tatsuya Nakadai pour le prix du Grand Caméléon Suprême, décerné à l'acteur le plus versatile que j'aie jamais vu. Sa création du capomafia Lucky Luciano dans le
film éponyme, par exemple, est d'une terrifiante plausibilité. Il a incarné plusieurs personnages historiques - Luciano, Bartolomeo Vanzetti, Ben Barka, Giordano Bruno, Enrico Mattei, Carlo Levi,
Aldo Moro - et à chaque fois, c'est vraiment l'acteur de compositîon ultime, l'homme qui fait revivre les morts. Parmi ses qualités inconnues ou mal comprises en France : le génie linguistique. Sa
maîtrise des dialectes italiens et des accents les plus divers était telle qu'il pouvait incarner avec le plus complet naturel un Turinois, un Romain, un Sarde, un Napolitain, un Sicilien...

Mon plus grand regret est qu'il ait refusé le rôle de Casanova dans le film de Fellini, pour lequel - tiens donc - il était le premier choix du réalisateur.

À ses quatre westerns, j'ajouterais pour votre rubrique aux frontières du genre le sanglant film de grève 'Actes de Marusia', à cause de l'ambiance historique de ce Chili de 1907 et de l'usage
qu'on y fait de la dynamite. Volontè y est électrisant en leader de la révolte sorti du rang.


FJ Walk 06/02/2011 08:29



Nakadai, Volontè... On est dans le très haut-de-gamme, là !


Je n'ai jamais vu "ACTES DE MARUSIA", mais c'est bien tentant.


Pour l'instant, concernant l'ami Gian-Maria, j'oscille entre deux compostiions opposées : "EBOLI" et "ENQUÊTE SUR UN CITOYEN..." (chroniqué ici).



Présentation

  • : Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • Le blog du West (l'Ouest, le vrai !)
  • : News, photos, critiques films et DVD, avis et commentaires sur le cinéma populaire, ses stars, ses mythes, mais aussi sur les séries TV et quelques à-côtés.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens