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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 18:29

N’ayons pas peur des superlatifs et affirmons d’emblée que « L’HOMME DE L’OUEST » est un des meilleurs westerns jamais sorti des usines hollywoodiennes, que c'est un film en avance sur son temps qui brasse tant de thèmes qu'il faudrait un livre entier pour les décortiquer.

Anthony Mann ouvre son film sur un ton de semi-comédie, avec un Gary Cooper légèrement « plouc » sur les bords, terrorisé par l’arrivée du train dans lequel il monte apparemment pour la première fois. L’acteur joue de sa gamme de mimiques timides et empruntées déjà vue et revue dans tant de films depuis trente ans et cela dure jusqu'à son arrivée dans la cabane de son père de substitution Dock Tobin, qu'il n’a pas vu depuis des années. Car Cooper qui fut un horrible tueur comme son mentor, est rangé des voitures, et a fondé une gentille famille.

Quand mû par la fatalité, il pousse la porte de la cabane, « L’HOMME DE L’OUEST » bascule brutalement dans un film de fantômes. On dirait que le temps s’est arrêté à son départ et que Dock n’est plus qu’un spectre shakespearien ruminant le passé, à la fois terrifiant et pitoyable, poussiéreux et constamment gelé jusqu'aux os, comme une âme damnée perdue dans les limbes. Quand il décide l’attaque d’une banque, c'est pour tomber dans une ville qui lui ressemble : une ville-fantôme !

« L’HOMME DE L’OUEST » est un film confiné, angoissant, d’une violence terriblement concrète. Ainsi, la bagarre entre Cooper et Jack Lord est-elle une des plus réalistes qu’on ait vue dans le genre. Le format Scope est magnifiquement utilisé par Mann, dont le style se rapproche ici du dépouillement d’un Boetticher. Dans le rôle de Dock, Lee J. Cobb n’a pas peur d’en faire des tonnes, des mégatonnes même, braillant chaque réplique, hurlant d'un rire paillard, enterré sous des postiches qui le rendent pratiquement méconnaissable, comme le spectre du père d’Hamlet devenu fou à lier. Julie London un peu fânée, est formidable en chanteuse désenchantée et Lord est un des méchants les plus bestiaux et irrécupérables qu'il soit donné de croiser dans un western. Est-ce vraiment lui qui deviendra le flic incorruptible de « HAWAII, POLICE D’ÉTAT » ?

À vrai dire, seul Cooper pose problème. Manifestement fatigué et malade, l’acteur a bien vingt-cinq ans de plus que son personnage, qui en toute logique n’aurait pas dû avoir plus de 30 ans. Cela déséquilibre sa relation avec Cobb (qui était plus jeune que lui !), et rend le personnage un peu flottant. D'autant qu'on a beaucoup de mal à s'imaginer que ce gentil monsieur ait pu être un assassin sanguinaire dans sa jeunesse. Cela ne correspond ni à l'image qu'en donne Cooper au début du film, ni au passé cinématographique de l'acteur, qu'il traîne qu'on le veuille ou non, derrière lui.

Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir qu’on a à revoir « L’HOMME DE L’OUEST », ce western flirtant avec le fantastique et le baroque. Et qui laisse sur un drôle de malaise, comme cet ultime hurlement d’un muet en train de mourir dans la grand-rue de Lassoo, la ville abandonnée, ou ce duel à mort entre Link et son cousin Claude, deux hommes blessés, couchés parterre, pour une confrontation sans gloire.

Pur chef-d’œuvre !

A NOTER :  Le film a connu deux éditions françaises en DVD, à un an d'intervalle : l'un chez Carlotta, avec des suppléments passionnants, mais... en 4/3, l'autre chez MGM tout simple, mais en 16/9. Cornélien !

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commentaires

claude 24/09/2010 16:57


Sur Direct 8 dimanche 26 septembre


claude 24/09/2010 16:54


Le personnage que joue Gary Cooper est celui d'un ex-garçon mal éduqué par un bandit, qui se rendant compte intuitivement du mal qu'est ce qu'on lui a toujours demandé de commettre, s'est éloigné
de cette famille volontairement pour sauver son âme, et peut-être sa vie (on sent qu'il était observé à l'oeuvre à l'époque par son oncle qui n'aurait pas hésité à s'en débarrasser). Cela, cela
concorde avec l'image de Cooper.
Son aspect usé peut s'expliquer par ce qu'il avait vécu et qui le ronge de repentir, repentir qui le conduit à révéler en des termes durs dans une confusion abusive ce qu'il avait commis (le
résultat) avec ce qu'il avait été (son for intérieur au moment de la commission des actes).


lemmy 13/01/2010 20:28


Merde, j'ai l'édition Carlotta ! Le format de l'image est réduit ?


Fred Jay Walk 13/01/2010 21:07


Hélas, oui. Elle est TOUTE petite, l'image...

Reste à acheter l'autre édition, et à voir les suppléments sur le Carlotta.

C'est dur, mais bon... C'est "L'HOMME DE L'OUEST" !


claude 13/01/2010 08:38


Sur RTL9 le 25 janvier à 20h35


lemmy 03/05/2015 11:02

Le Blu-ray de ce film vient de sortir chez Carlotta, corrigeant enfin le format de l'image (et gardant ses bonus). Je viens de le revoir car j'avais été frustré par le dvd, fichtre quel film désespéré, je plussoie entièrement à ta critique. Effectivement Cooper est trop âgé pour le rôle, mais il est assez indéfinissable dans cette lassitude. J'ai plus apprécié les énormités de Cobb que lors de mon dernier visionnage, il y donne une grande résonnance et son rôle schématique est très bien écrit dans cette tragédie. Julie London est également formidable.

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