CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS

Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 08:52

« L’ASSASSIN » est le premier film d’Elio Petri, réalisateur majeur du cinéma italien, qui n’a tourné que 17 films et qui a disparu à l’aube de la cinquantaine. La plupart de ses films sont devenus des classiques d’un cinéma politique militant au ton volontiers satirique et abrasif. Ce premier opus est plus que prometteur et brosse le portrait de « l'homme moderne » desASSASSIN années 60.

Coécrit par le grand Tonino Guerra, le scénario est la grande force de « L’ASSASSIN » : placé en garde à vue pour le meurtre de sa maîtresse, l’antiquaire Marcello Mastroianni va pendant cette longue nuit, repenser à sa vie, à ce qu'il est. Il n’avouera pas le meurtre puisqu’il ne l’a pas commis, mais avouera tout le reste, que ce soit aux flics ou à lui-même. Son égoïsme, son indifférence aux autres, sa foncière malhonnêteté, son goût de la manipulation, son mépris pour ses frères humains. Comme c'est Mastroianni qui l’incarne, le personnage n’arrive pas à être complètement odieux. L’acteur lui prête sa languide séduction, son anxiété fébrile au point qu’on finit par croire que l’épreuve parviendra à le changer et lui servira de voie vers la rédemption. L’épilogue remettra heureusement les choses à leur place. Et le rire final de ce « beau dégueulasse » clôturera l’aventure par une note aussi drôle que noire. À l’Italienne, quoi !

La construction en flash-back est brillamment gérée, les personnages sont bien dessinés. À commencer par l’excellent Salvo Randone, dont le petit-flic-qui-ne-ressemble-à-rien fait plus qu’évoquer un célèbre enquêteur de télé. Il se nomme d'ailleurs – coïncidence ! – ‘Palumbo’ !

À voir absolument donc, car il est toujours bénéfique pour les neurones de profiter d’un cinéma intelligent, subtil, drôle et triste et qui fait longtemps gamberger après le mot « fin ». En espérant qu’on ne ressemble pas trop à ce répugnant mais si sympathique individu, à cette « ordure ordinaire » !

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 08:20

Attendre de « WWW » un avis objectif sur un film comme « POTICHE », c'est comme demander à un critique culinaire allergique aux fruits de mer d’écrire un guide sur les plateaux d’huîtres. Même pas la peine !

Bien sûr, sans goûter le plat, on peut reconnaître l’humour du point de départ : recycler un vieux « boulevard » de Jacqueline Maillan en comédie décalée et délibérément kitsch pleine de stars. François Ozon avait plutôt réussi son coup avec « 8 FEMMES ». Mais là, le scénarioPOTICHE arrive à bout de souffle au second tiers, les acteurs hésitent visiblement quant au ton à adopter et les allusions « sarkoziennes » ont déjà pris un méchant coup de vieux. Plutôt que de pester vainement donc, concentrons-nous sur le couple-vedette : Catherine Deneuve et Gérard Depardieu.

Depuis « LE DERNIER MÉTRO » il y a 32 ans, ils en sont tout de même à leur 9ème film ensemble ! Après le mélo rétro de Truffaut, ils ont été amants la même année dans le film à sketches de Claude Berri « JE VOUS AIME » où il jouait un rocker et elle une héroïne « moderne ». L’année d'après, ils se croisent dans « LE CHOIX DES ARMES » le beau mais inégal polar de Corneau : lui formidable en loubard incontrôlable, elle ‘guest star’ en épouse de Montand. C'est encore Corneau qui les réunit trois ans plus tard dans « FORT SAGANNE », fresque sentant bon le sable chaud, où ils sont à nouveau amants. Quatre années plus tard, ils s’affrontent dans « DRÔLE D’ENDROIT POUR UNE RENCONTRE » sur une aire d’autoroute, entièrement basé sur leur face à face. Ils sont au même générique de « LES 101 NUITS DE SIMON CINÉMA » sans jouer ensemble (elle partage son sketch avec De Niro).

Ils se retrouvent en 2004 pour « LES TEMPS QUI CHANGENT » où ils se revoient après trente ans. « Gégé » a 56 ans, Mme Deneuve en affiche cinq de plus. En 2010 c'est donc « POTICHE » où ils apparaissent bien changés l’un et l’autre, ce qui est on ne peut plus normal. Puis dans la foulée, c'est « ASTÉRIX ET OBÉLIX : AU SERVICE DE SA MAJESTÉ », lui en Obélix, elle en reine d’Angleterre. Là, on n'a pas vu, on ne risque pas de voir un jour, donc ce sera No Comment... 

Toute une vie, comme dirait Lelouch…

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Lundi 31 décembre 2012 1 31 /12 /Déc /2012 17:44

12 HRS (2)Sur un sujet de Boileau & Narcejac, « 12 HEURES D’HORLOGE » est un très curieux produit, entre ‘film noir’ classique et love story particulièrement retorse, déséquilibré par un casting de coproduction mélangeant sans discernement acteurs allemands et français dans 12 HRSune histoire censée se passer dans le Midi entre fransozen.

Ça démarre plutôt bien, les personnages sont prestement dessinés, les enjeux clairement posés, mais tout étant basé sur l’attente d’une évasion en bateau, le scénario ne tarde pas à faire du sur-place et à piétiner gravement. Au bout d’une demi-heure, tout est à peu près dit et il ne reste plus qu’à passer d’un groupe de personnages à l’autre, d’une digression à la suivante, le tout agrémenté d’un dialogue parfois spirituel, parfois sentencieux.

C'est Hannes Messemer, le futur commandant du camp de prisonniers de « LA GRANDE ÉVASION », qui a le rôle principal, celui d’un évadé impassible tombé amoureux par procuration de la fiancée de son codétenu. Il est plutôt bien, mais comment juger sa prestation avec le doublage ? Même chose pour Gert Fröbe en vieux cochon libidineux ou Eva Bartok à la sinistrose contagieuse. Suzy Prim – également productrice – a un rôle très bizarre12 HRS (1) de patronne de café vieillissante à la cuisse légère. Quant à Laurent Terzieff, il apparaît sporadiquement, perdant son sang.

Reste que la photo d’Henri Alekan est belle et que malgré ses défauts, le film vaut d’être vu pour une seule raison, mais de taille : la relation entre Lino Ventura malfrat évadé et Guy Tréjan, gendarme mollasson, efféminé et collant qui ne le lâche pas d’une semelle, tombé quasiment amoureux de lui. C'est déjà drôle en soi, mais surtout cela annonce de façon hallucinante les rapports qu’entretiendra le même Ventura avec Jacques Brel dans « L’EMMERDEUR » ! Toutes leurs scènes ensemble forment un film dans le film, qui n’a rien à voir dans la tonalité avec tout le reste. Et tant mieux !

Le « linophile » appréciera donc « 12 HEURES D’HORLOGE » pour son côté prémonitoire, mais regrettera certainement qu’on ne voit pas davantage Ventura, un peu éclipsé par ses partenaires germaniques.

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Lundi 24 décembre 2012 1 24 /12 /Déc /2012 17:10

L’association des noms de Roberto Rossellini et Stefan Zweig laissait espérer quelque chose de plus ambitieux que ce roman-photo italo-allemand qu’est « LA PEUR », étrange copro bâtie autour d’un adultère bourgeois.

PEUR (2)

PDG d’une firme pharmaceutique, Ingrid Bergman a trompé son (vieux) mari avec un bellâtre inepte. Soudain, l’ex-maîtresse de celui-ci s’immisce dans la vie d’Ingrid et la fait chanter. Mais rien n’est aussi simple : le mollasson époux s’avère être dans le coup !

L’action se passe à Berlin sans qu’on n’en voie rien. Tout le monde s’exprime en italien et la nationalité des uns et des autres est rendue encore plus confuse par des patronymes PEUR (1)bizarroïdes. En fait, ce qui finit tout de même par accrocher l’attention, c'est l’actrice principale que la caméra ne lâche pas d’une semelle et qui ne cesse de fuir, de se cogner aux murs, de contenir sa panique, comme une biche aux abois. L’enjeu a beau être relativement faible (elle ne veut pas avouer sa faute à son mari), on ne peut que ressentir de l’empathie pour elle, grâce à l’intensité d’Ingrid Bergman et à sa sensibilité à fleur de peau. Autour d'elle, des partenaires beaucoup moins convaincants, surtout Mathias Wieman, incarnant le fameux mari cocu jouant des jeux pervers.

« LA PEUR » laisse donc sur sa faim, d’autant que sa conclusion en queue-de-poisson et en ‘happy end’ semble contredire tout ce qu’on vient de voir pendant 75 minutes. À voir pour l’admirateur inconditionnel de la star de « CASABLANCA », ce qui est après tout, une excellente raison de visionner un film !

À noter que dans la séquence où Bergman retrouve sa tourmenteuse dans un cabaret appelé le « Kleine Fisch », on aperçoit très brièvement dans un plan large (photo du bas), un jeune homme récitant des poèmes d’une voix reconnaissable entre mille : Klaus Kinski en personne. Mais il faut le savoir et avoir de très bons yeux !

PEUR

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 04:30

THERESE D (1)On se souvient surtout de Georges Franju pour ses films flirtant avec le fantastique, dont le culte « LES YEUX SANS VISAGE ». Mais il a également adapté des œuvres de Cocteau ou Zola. « THÉRÈSE DESQUEYROUX » est un roman de François Mauriac.

C'est un film glacial, austère, suffocant, à l’image de cette province étriquée et confite dansTHERESE D sa bourgeoise hypocrisie, dans laquelle l’héroïne s’étiole peu à peu. Le sujet a tout du faits-divers : l’épouse d’un notable empoisonne celui-ci pour échapper à la monotonie désespérante de son existence. Mais la voix ‘off’ très littéraire, l’interprétation totalement maîtrisée d’Emmanuelle Riva et le noir & blanc « bergmanien » donnent à l’histoire des accents universels de tragédie intime. C'est très lent, cela progresse par touches infimes, la construction en flash-back est adroitement conçue et l’écriture des personnages est d’une belle précision. Ainsi Philippe Noiret est-il à la fois ridicule, haïssable, humain et désespérant de médiocrité autosatisfaite, dans ce rôle de mari insensible. Edith Scob – actrice-fétiche du réalisateur – a également un joli rôle de séduisante sauvageonne romantique, que son milieu écrase jusqu'à lui faire perdre son éclat et sa fantaisie.

« THÉRÈSE DESQUEYROUX » n’est pas un spectacle facile ou agréable, mais par son extrême rigueur, par l’admirable intensité d’Emmanuelle Riva et par quelques symboles parlants (la palombe affolée, clouée au sol par un filet de chasse), il imprime durablement la mémoire. Sans oublier les belles envolées de la BO de Maurice Jarre…

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Dimanche 4 novembre 2012 7 04 /11 /Nov /2012 17:58

Inspiré de faits réels et d’un pan particulièrement honteux de l’Histoire américaine (il y en a d’autres !), « SACCO & VANZETTI » s’inscrit dans la mouvance du cinéma politique italien des années 70 et un des deux rôles principaux est d'ailleurs tenu par l’acteur porte-drapeau Gian Maria Volontè.

Le film est long, copieux, d’une sobriété confinant à l’austérité, d’une volonté de sérieuxSACCO très estimable. La belle musique d’Ennio Morricone et la chanson mythique de Joan Baez sont utilisées avec parcimonie et sans désir de surdramatiser les évènements. Il faut dire qu'ils se suffisent à eux-mêmes.

Le scénario suit pas à pas le procès de deux « radicaux » italiens arrêtés à Boston pour un hold-up qu'ils n’ont pas commis. La justice américaine va donc déguiser ce procès fondamentalement politique en une affaire criminelle falsifiée, pour éradiquer deux innocents devenus des symboles encombrants.

C'est révoltant comme ont pu l’être les meilleurs films de Costa-Gavras, soigneusement reconstitué malgré un abus du zoom et malgré des décors parfois un peu ‘cheap’.

Le film doit beaucoup à ses deux acteurs : Riccardo Cucciolla impressionnant de rigueur dans le rôle de Sacco, petit homme introverti et obstiné, enfermé dans son mutisme. À ses côtés, Volontè compose un magnifique Vanzetti bouillonnant intérieurement, un brin poseur, totalement crédible. Ils sont bien entourés par Cyril Cusack remarquable en procureur raciste et fielleux et William Prince en vieil avocat qui va perdre ses dernières illusions au cours des sept années de procédure.

Sans atteindre les hauteurs de certaines œuvres de Francesco Rosi, le film de Giuliano Montaldo est fort et digne, ne cède jamais au spectaculaire ou au pathos et laisse sur une sensation d’impuissance et de dégoût.

 

À NOTER : inédit en France (pourtant coproductrice du film) et aux U.S.A., le film vient de sortir dans un superbe Blu-ray en Italie avec une version italienne et une anglaise (excellente), mais sans sous-titre.

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Lundi 29 octobre 2012 1 29 /10 /Oct /2012 17:58

L’édition en Blu-ray de la version intégrale et restaurée de « LE QUAI DES BRUMES » va-t-elle permettre un regard nouveau, voire une réévaluation du film sept décennies après sa sortie en salles ?

Œuvre importante historiquement, le film fait partie de ces chefs-d’œuvre vénérés et intouchables qu'il serait fort mal élevé de critiquer voire de ne pas aimer. Heureusement – QUAIpour une fois ! – « WWW » ne trouve rien à redire à l’aura qui entoure « LE QUAI DES BRUMES » et ne va pas s’amuser à jouer les iconoclastes retardataires.

C'est indéniablement un beau film. Beau parce qu’étrange, poisseux comme un cauchemar, désespéré à l’extrême, poétique bien sûr, même si le dialogue appuie un peu trop ostensiblement sur cette corde-là. Marcel Carné est beaucoup plus doué pour décrire les laissés-pour-compte lyriques, les crapules visqueuses que pour filmer les scènes d’amour. C'était également le défaut de « HÔTEL DU NORD ».

Les répliques entre le beau déserteur et la jeune fille abusée (« T’as d’beaux yeux, tu sais ») font partie du patrimoine cinématographique hexagonal, mais pour être honnête, la plupart de leurs scènes sont bavardes, répétitives, larmoyantes. Que n’ont-elles le relief des moments anthologiques de Michel Simon, abject pervers pépère mélomane ou de Pierre Brasseur, prodigieux en demi-sel efféminé et fielleux !

Jean Gabin a une présence inimitable, à la fois terre-à-terre et héroïque. Il balance quelques baffes mémorables à Brasseur ! Michèle Morgan a la fraîcheur des débutantes, un peu comme Lauren Bacall dans « LE PORT DE L’ANGOISSE » (tiens, encore un port !).

L’aspect artificiel des décors, la présence constante de la mort qui plane au-dessus de tous les personnages, ce chien certes très mignon, mais qui finit par symboliser la poisse qui suit partout le pauvre ‘Jean’, l’ambiance suffocante de no man’s land, finissent par laisser imaginer un sous-texte fantastique au film. Comme si le soldat avait été tué au combat et qu'il errait à présent comme une âme en peine dans ce Havre improbable.

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Lundi 1 octobre 2012 1 01 /10 /Oct /2012 09:52

Dans la mouvance de ce renouveau du cinéma fantastique espagnol, « EVA » est une jolie fable irréelle dérivée du vieux mythe de Frankenstein créé par Mary Shelley. Le vieux rêve de fabriquer de toutes pièces un être humain, ici à base de métal, de circuits, de mémoire artificielle, détruit par l’ambition d’un savant qui a voulu le faire humain… Trop humain.

Agréable à regarder, « EVA » souffre un peu de n’être jamais ancré dans un univers concret EVAou bien défini. On devine que nous sommes dans un futur proche où les robots et cyborgs sont monnaie courante, mais on ne le ressent pas vraiment, ce qui ôte de la force au propos et ne laisse jamais oublier qu’on assiste à une plaisante et poétique historiette chargée de symboles.

La vision des suppléments dans le DVD, révèle l’existence d’un flash-back de plus de… vingt minutes, relatant les débuts des trois chercheurs à l’université, qui a été entièrement coupé. Et qui ne manque pas vraiment au film. Ce qui laisse supposer quelques petits soucis d’écriture, qu’on retrouve également dans un certain ronron général, un manque de surprise dans le déroulement, voire dans la chute finale (déjà vue en partie, au pré-générique !).

Mais les comédiens sont bons. Daniel Brühl fait énormément penser à un jeune Jacques Perrin, Marta Etura – découverte dans « MALVEILLANCE » – est très émouvante et on retrouve avec plaisir la belle Anne Canovas. Sans oublier le chat-robot en 3D, très sympathique.

Malgré les réticences, « EVA » reste un film prenant, parfois touchant, qui ne cède à aucune faute de goût. C'est une œuvre un peu trop désincarnée, mais après tout, cela colle au sujet. Et le tout laisse une plutôt bonne impression, teintée de frustration. Comme si tout n’avait pas été traité à fond…

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Mercredi 22 août 2012 3 22 /08 /Août /2012 07:27

Après les deux premiers films de la ‘franchise’ « [REC] », Jaume Balagueró laisse tomber le « found footage » pour revenir à une forme de narration plus traditionnelle, tout en gardant un élément-clé : le huis clos dans un immeuble.

« MALVEILLANCE » est le portrait intime d’un psychopathe absolu, incapable de trouver le MALVEILLANCEbonheur, à part dans le malheur des autres. Gardien d’immeuble à Barcelone, il entreprend donc de pourrir la vie d’une des locataires, une jeune femme souriante et solaire qu'il va détruire progressivement, étape par étape, dans un crescendo de perversion et de violence psychologique et même physique. Luis Tosar – qui accuse une lointaine ressemblance avec un jeune Sean Connery – incarne ce malade mental particulièrement nocif, avec une authenticité troublante. Le système narratif, nous oblige à l’identification avec lui, même si l’individu inquiète et répugne. Cette dualité donne tout son sel au film et plonge dans une vision schizophrénique très déstabilisante.

Sobrement filmé, très bien interprété, « MALVEILLANCE » manque un peu de rythme et de matière, pour transcender vraiment son matériau. C'est un suspense glauque et suffocant, mais sans réelle surprise. On pense parfois à la série B américaine « FOU À TUER », où un Klaus Kinski en roue-libre assurait le spectacle. Ici, point de second degré ou de mauvais goût assumé, Balagueró suit une implacable logique jusqu'au dénouement, avec sérieux et rigueur, quitte à laisser une partie du public sur le carreau. Car malgré les apparences, ce n’est pas un film d’horreur, mais un drame psychologique à la Joseph Losey, juste un peu plus extrême.

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Lundi 13 août 2012 1 13 /08 /Août /2012 08:17

NUITS BLANCHES (2)Luchino Visconti adaptant une nouvelle de Dostoïevski, cela peut intriguer mais aussi inquiéter : sorti des intouchables merveilles que sont « ROCCO ET SES FRÈRES » et « LE GUÉPARD », le cinéma viscontien (puisque c'est devenu un adjectif) a souvent tendance à être esthétisant, solennel et pour NUITS BLANCHES (1)tout dire, volontiers ennuyeux. Qu’en est-il de « NUITS BLANCHES » ? Il réunit en fait, tous les défauts et les qualités du ‘maestro’.

Si le scénario poétique et onirique, étire au-delà du raisonnable, une trame extrêmement ténue, les choix visuels sont époustouflants : des décors en studio fascinants, à la photo noir & blanc magique de Giuseppe Rotunno, c'est un enchantement pour l’œil. Hélas, plus on avance dans le film, plus on a le sentiment d’assister passivement à une expo photos sur papier glacé. Chaque plan, chaque composition est sublime, les noirs sont intenses, les contre-jours évocateurs, mais l’inertie guette à chaque détour de séquence à cause d’une dramaturgie répétitive, d’un dialogue trop abondant qui finit par tuer la rêverie dans l’œuf.

Maria Schell doit choisir entre un amant fantasmé, sublimé par le souvenir (joué par un Jean Marais bizarrement maquillé, comme échappé du musée Grévin) et un jeune homme fraîchement débarqué enNUITS BLANCHES ville, qui serait un confident idéal, mais qui tombe fou amoureux d'elle. Que choisira-t-elle ? Le rêve ou la (tristounette) réalité ? Le romanesque ou la médiocrité quotidienne ? Étrangement dirigée – et probablement un peu trop âgée pour son rôle qu'on imagine à peine sortie de l'adolescence – l’actrice joue mécaniquement, entre rire et larmes sans susciter beaucoup d’empathie. Face à elle, Marcello Mastroianni a peu à faire. Il a heureusement une étonnante scène de bal, où il se ridiculise en dansant de façon grotesque, qui apporte un peu de vie et de pathétique drôlerie au film tout entier.

Pour le travail du signore Rotunno donc, pour la musique de Nino Rota, et – malgré tout – pour le radieux sourire de Maria Schell, on pourra s’attarder un instant sur « NUITS BLANCHES ». En prenant son mal en patience…

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Mardi 7 août 2012 2 07 /08 /Août /2012 09:35

À première vue, à la louche, en lisant le sujet de cette production australienne (un chasseur d’élite a pour mission de tuer le dernier tigre de Tasmanie vivant sur terre), « THE HUNTER » a tout l’air de ressembler au croisement de « RAMBO » et de « L’OMBRE ET LAHUNTER PROIE » (si cher à « WWW »). D’où joie, excitation et trépignements.

La déception n’en est que plus grande. Non pas que ce soit une catastrophe, mais c'est un film d’auteur sagement adapté d’un best-seller, une fable écolo tranquille et un tantinet sentencieuse, qui dilue son thème en sous-intrigues pas forcément palpitantes.

« THE HUNTER » est rythmé par les incessants allers-retours du chasseur entre la forêt et la cabane d’une famille à la dérive, dont il devient le père/époux de substitution. Ce qui fait qu’au bout du compte, on n’entre jamais complètement ni dans la partie « psychologisante », ni dans celle consacrée à la chasse elle-même. D’où une sensation grandissante de répétition, voire de stagnation. Le pire étant que lorsque enfin, apparaît la bête mythique, les F/X sont pauvrets, incroyablement décevants, comme dans ces émissions télé sur les dinosaures.

Tout n’est pas à jeter, malgré tout. Il y a d’abord le plaisir de revoir Willem Dafoe, barbichu et famélique, l’œil fiévreux, dans ce rôle de traqueur méthodique qui se laisse progressivement gagner par l’ambiance locale. Il porte le film sur les épaules. Et puis la douce Frances O’Connor a une ou deux bonnes scènes, ainsi que ce vieux Sam Neill dans un rôle ambigu, aux motivations obscures.

Il y avait certainement matière à faire un beau film avec ce scénario, mais peut-être aurait-il fallu élaguer, se concentrer sur le parcours initiatique du chasseur, sur son face à face avec l’animal et ne pas désamorcer tout espoir d’immersion du spectateur, par de trop fréquents retours à la civilisation (ou ce qui en tient lieu).

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Lundi 6 août 2012 1 06 /08 /Août /2012 08:35

3 MILLIARDSPas étonnant que « 3 MILLIARDS SANS ASCENSEUR » soit une coproduction italienne, tant il ressemble à un hommage à ce classique du cinéma transalpin qu’est « LE PIGEON ». Ici aussi, une bande de ‘losers’, de tocards, de baltringues, de laissés-pour-compte, organisent un braquage bien plus gros qu’eux et échouent (quoiqu’un peu moins piteusement que leurs aînés !).

Si le scénario tire un peu à la ligne et si l’esthétique a pas mal vieilli, le film a bien passé le cap des années grâce à sa très attachante galerie de personnages. Des vieux gamins velléitaires et pas bien doués, des paresseux congénitaux, de doux rêveurs, prêts à tous 3 MILLIARDS (1)les plans foireux pour se sortir de leur tristounette réalité. La grande idée est d’avoir distribué dans ces rôles, des figures emblématiques du polar hexagonal, peu enclines à l’humour ou à l’autodérision : Marcel Bozzuffi est irrésistible en macho frimeur toujours à côté de la plaque, Michel Bouquet étonne en vieux garçon, probablement puceau, qui vit avec sa môman et dort même dans sa chambre, Serge Reggiani est un traîne-savate émouvant, sans oublier Bernard Fresson et Amidou. Cette belle brochette trimbale dans son sillage les cinémas si différents de Gavras, Chabrol, Sautet ou Melville, dans un pot-pourri qui fait plaisir à voir malgré ses nombreuses maladresses. On a également droit à la ravissante Dany Carrel, Françoise Rosay égale à elle-même et Gabriele Ferzetti très classieux, même si peu crédible, en caïd de Courbevoie.

Longuet et inégal, « 3 MILLIARDS SANS ASCENSEUR » se laisse pourtant regarder avec émotion. Le décor de ces petites maisons perdues au milieu des chantiers de démolition, ce Paris pittoresque voué à la destruction imminente, symbolisent parfaitement la fin d’un certain cinoche populaire français, au même titre que ces grands comédiens déjà mûrissants, qui allaient bientôt changer d’emploi ou disparaître des radars. Humour et mélancolie sont donc étroitement liés dans ce film plein de charme, dont le manque de rythme est compensé par la tendresse et une formidable direction d’acteurs.

À noter que le fameux vol de bijoux filmé in extenso, comme un morceau de bravoure, connaît une « chute » directement inspirée de « UN HOLD-UP EXTRAORDINAIRE ».

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Samedi 21 juillet 2012 6 21 /07 /Juil /2012 17:04

Production espagnole, « BACKWOODS » plante ses racines dans des classiques comme « LES CHIENS DE PAILLE » et « DÉLIVRANCE » au point de friser par moments l’hommage pur et simple. Mais par la force de sa situation de départ et la sècheresse de sa mise en scène, il trouve son identité propre et maintient une tension assez éprouvante pendant 90 minutes.

Deux couples de citadins anglais se retrouvent confrontés dans la campagne espagnole, à une peuplade isolée, primitive, qui enferme ses enfants anormaux dans des étables. DeuxBACWOODS univers, deux formes d’humanité confrontées dans une situation qui ne peut qu’aller jusqu'au bout de la violence. C'est un mélange de ‘survival’ et de fable initiatique, même si le personnage central joué par Paddy Considine ne parvient jamais à s’imposer réellement comme celui auquel on devrait logiquement s’identifier.

Si le réalisateur parvient à faire magnifiquement exister le décor, à rendre palpables les intempéries, il pèche hélas, par une direction d’acteurs flottante et parfois insuffisante. Si Gary Oldman – d’une sobriété admirable – et les seconds rôles espagnols sont remarquables, le trio de vedettes anglo-hispano-françaises paraît mal à l'aise, unidimensionnel, sans grand intérêt en fait.

Grâce à quelques séquences magistrales comme celle dans la maison qui, après une tension qui va crescendo, s’achève par un viol sordide et un meurtre, ou la dernière scène d’Oldman, « BACKWOODS » parvient à faire oublier ses failles, pour ne laisser qu’un souvenir puissant et même brutal.

À noter que l’action se déroule en 1978. Pourquoi ? Pour justifier l’absence de téléphone portable, d’ordinateur, de GPS et rendre crédible l’isolement des protagonistes et le fait que les villageois soient coupés du monde ? Probablement, car il n’existe autrement aucune justification.

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Mardi 17 juillet 2012 2 17 /07 /Juil /2012 17:24

ALPHAVILLE (1)Il faut bien reconnaître que, même après un demi-siècle, l’association Jean-Luc Godard et Lemmy Caution, le héros de films policiers semi-parodiques qui faisaient la joie du grand public français, peut méduser.

« ALPHAVILLE » fut, est et restera un drôle de film. Une sorte de ‘film noir’ futuriste et verbeux, où planent les fantômes de « LA SOIF DU MAL » et « EN QUATRIÈME VITESSE », une version polar de « 1884 » d’Orwell, où l’humour noir le dispute à une poésie parfois délibérément naïve, où le discours politique enlise certaines séquences dans l’inertie la plus assommante, aidé par une voix ‘off’ monotone et excessivement soporifique.

Mais ce qui frappe aujourd'hui le plus en découvrant « ALPHAVILLE », c'est l’aveuglante influence qu'il a pu avoir sur une œuvre comme la série anglaise « LE PRISONNIER », tournée trois ans plus tard. Caution déclare : « Je suis un homme libre », lui aussi est un espion lâché dans un univers absurde et inconnu, les habitants d’Alphaville se saluent par un « Je vais très bien, merci, je vous en prie », qui annonce évidemment le « Bonjour chez vous » de Patrick McGoohan, sans parler du professeur Von Braun qui aurait pu s’appeler ‘N°2’ ou de l’ordinateur rendu fou par une question existentielle insoluble. Les pistes sont innombrables et les liens très forts entre Godard et McGoohan. Alphaville est une version géante du ALPHAVILLE« Village ».

À condition de s’accrocher un peu, on peut être fasciné : la photo magnifique de Raoul Coutard, l’étrange sensation provoquée par ces décors des sixties censés être futuristes, vus par nos yeux de 2012, la présence incongrue d’Eddie Constantine, sorte d’avatar de Mike Hammer ou Philip Marlowe, échangeant des poèmes avec une Anna Karina en État de Grâce, sans oublier Akim Tamiroff, échappé d’un film d’Orson Welles, ou même Howard Vernon qui fut l’ennemi de Caution dans ses premières aventures : « LA MÔME VERT DE GRIS ».

« ALPHAVILLE » est un film-rêve à voir sans a priori, en s’armant de patience, car si on s’y ennuie fréquemment, quelques instants fulgurants valent vraiment l’effort.

« Je vais très bien, merci, je vous en prie ».

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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Dimanche 8 juillet 2012 7 08 /07 /Juil /2012 17:30

BIG RACKET (1)« BIG RACKET » fait partie de cette vague de polars ultra-violents, inspirés du succès de « FRENCH CONNECTION » et qui parlaient, sous couvert d’histoires de flics et de voyous, de la pourriture de la société italienne, gangrénée par la mafia, la corruption et le nouveau BIG RACKETgangstérisme international. Enzo G. Castellari devait être un grand fan des films de Bronson, puisqu’on retrouve ici des réminiscences de quelques-uns des succès de l’acteur américain : « UN JUSTICIER DANS LA VILLE » d’abord, par le thème de l’ex-flic bafoué qui prend les choses en main et devient ‘vigilante’, un ou deux viols bienBIG RACKET (3) cradingues (sans parler de la présence au générique de Vincent Gardenia, covedette du film de Winner), « 12 SALOPARDS » pour le dernier quart montrant notre héros réunissant des gibiers de potence pour une mission-suicide, Renzo Palmer endossant le rôle de Telly Savalas et enfin « LE CERCLE NOIR » pour cette réunion de chefs de familles mafieuses qui s'achève en massacre.

Les références ne font pas les bons films, c'est bien connu. Et « BIG RACKET » n’est effectivement pas une franche réussite. Si certaines séquences sont surprenantes par leur violence crue et frontale, d’autres sont mal photographiées, hâtivement bâclées au zoom. Sans parler de la direction d’acteurs dont le plus aimable qu’on puisse dire est qu'elle est BIG RACKET (2)approximative. Heureusement, Fabio Testi a une belle présence dans son rôle de flic-justicier rageur et obstiné (il ne décroche pas un sourire de tout le film) et en ancien cascadeur assure lui-même – et fort bien – les scènes d’action. Gardenia cabotine paresseusement dans un rôle de pickpocket beau-parleur. Au sein d’un cast faiblard et bruyant, on peut s’amuser de la prestation hors-contrôle de Marcella Michelangeli jouant une racketteuse aussi féminine et séduisante qu’un pitbull enragé.

De la série B représentative de son époque et de son pays d’origine, à voir – comme tel fut le cas pour « WWW » un week-end gris et pluvieux.

Par Fred Jay Walk - Publié dans : CINEMAS DE PARTOUT ET D'AILLEURS
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